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LE CONSEIL DE L'EUROPE RETIRE UNE CAMPAGNE SUR LE HIJAB

4 Novembre 2021 16:42 (UTC+01:00)
LE CONSEIL DE L'EUROPE RETIRE UNE CAMPAGNE SUR LE HIJAB
LE CONSEIL DE L'EUROPE RETIRE UNE CAMPAGNE SUR LE HIJAB

Paris / Lagazetteaz

Le 28 octobre dernier, le Conseil de l'Europe lançait une campagne célébrant la diversité et la liberté des femmes de décider de la façon de s’habiller.
Face aux problèmes de discriminations qui touchent en priorité des femmes, le Programme pour l'inclusion et la lutte contre les discriminations du Conseil avait précisément choisi ce symbole pour affirmer que ce n’était pas ni aux hommes ni aux gouvernements d’obliger ou d’interdire aux femmes de s’habiller de telle ou telle façon.

"La beauté est dans la diversité, comme la liberté est dans le hijab … Célébrez la diversité et respectez le hijab » tel était le slogan de cette campagne qui cette campagne qui présentait des portraits de plusieurs jeunes femmes, voilées sur une seule moitié de l’image.
Si l’affichage n’a suscité, dans le public, aucune réaction particulière, en revanche, au sein de la classe politique française, ce fut le tollé. Sous la pression conjuguée des leaders politiques et des medias français, le Conseil de l’Europe a préféré retirer sa campagne dès le mardi 2 novembre.

« Cette communication européenne en faveur du voile islamiste est scandaleuse et indécente, alors que des millions de femmes se battent avec courage contre cet asservissement », avait notamment réagi Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national.

Eric Zemmour renchérit en fustigeant « un jihad publicitaire, une campagne ennemie de la vérité », avant d’estimer que « l’islam [était] l’ennemi de la liberté ».

Michel Barnier, candidat à l’investiture LR pour la Présidentielle, évoque une initiative « absolument inappropriée ». : « J’aurais souhaité que les gens qui ont eu cette mauvaise idée de campagne aillent interroger, s’ils avaient pu, les femmes de Kaboul qui, elles, se battent précisément pour ne pas porter ce voile. Le voile n’est pas un instrument de liberté des femmes, c’est le contraire. »

La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, autre candidate potentielle, fait part de sa "stupeur", estimant que le voile n'était "pas un symbole de liberté mais de soumission ».

L'ancien Premier ministre socialiste Manuel Valls l'a lui jugée "choquante, ahurissante et dangereuse".

Autre prétendant à l’Elysée, le maire de Nice Éric Ciotti a dénonce une "promotion du voile islamique" et une "négation de nos racines judéo-chrétiennes, de notre civilisation, de l'esprit des Lumières".

Quant au chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau, il a estimé que le Conseil de l'Europe promouvait "désormais ouvertement la soumission aux mœurs islamistes ».


Marianne "découvre" un complot

L'hebdomadaire souverainiste Marianne prend les rênes de la polémique, à travers une « enquête » où deux journalistes « tirent le fil de la conception de la campagne » comme le dit Natacha Polony, rédactrice en chef du magazine pour « découvrir » que sous cette campagne, se cache en réalité… les Frères Musulmans. Pour preuve, la présence dans certains ateliers populaires où se débattait la future campagne, de jeunes appartenant à organisation étudiante qui avait invité Tariq Ramadan en 2002 ! L'hebdomadaire ne relevant pas qu'étaient aussi présents des juifs, des catholiques, des indous, des athées…
Nous voilà revenu au temps d’Edouard Drumont qui « découvrait » que les institutions françaises étaient noyautées pr les juifs et les francs-maçons.

« Remarquez bien le slogan » prévient Natacha Polony dans une vidéo : "Le hijab, c’est la liberté. Cela ne veut pas dire que l’on doit être libre de porter le voile ou, non, cela veut bien dire que le hijab EST la liberté"

En réalité, il s’agit d’un simple raccourci publicitaire qui signifie que, puisque certains veut interdire le hijab, le porter devient un signe de liberté. Lorsque les manifestants de 1968 criaient dans les rues de Paris « Nous sommes tous des juifs allemands », ils n’étaient ni tous juifs, ni tous allemands. Par ce slogan ils exprimaient simplement leur solidarité au jeune Daniel Cohn Bendit qu’un ministre avait traité de « juif allemand »


La liberté, c’est de pouvoir choisir

Les tweets qui relayaient la campagne ont donc été retirés : « Ces tweets ont été retirés et nous allons réfléchir à une meilleure présentation de ce projet", a confirmé dans un communiqué transmis à l'AFP le Conseil de l'Europe, organisation paneuropéenne basée à Strasbourg.
Ils "faisaient partie d'un projet conjoint" du Conseil et de l'Union européenne "contre la discrimination, dont l'objectif était de sensibiliser à la nécessité de respecter la diversité et l'inclusion et de combattre tout type de discours de haine", a encore justifié le Conseil.

Le sophisme qui consiste à vouloir interdire le port du hijab pour permettre aux femmes de le refuser a été encore une nouvelle fois avancé.
Oui, il y a des femmes qui se battent pour ôter leur voile, parce qu’on les oblige à le porter, et il y en a encore plus qui se battent pour avoir le droit de le porter, parce qu’on le leur interdit.
Quand arrêtera-t-on de commander aux femmes ce qu’elles doivent ou ne doivent pas mettre sur leur tête ? Pourquoi certaines associations féministes se laissent-elles entraîner dans cette rhétorique de servitude volontaire, selon l’expression de La Boétie ?

On peut regretter que la France compte au nombre des pays qui estiment que le vêtement des femmes est une affaire d'Etat. Peut-être y a-t-il là un enjeu de liberté que pourrait trancher le futur Président de la République.

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