Une visite « historique » et un tournant dans les relations bilatérales
Kotchinyan qualifie la visite de la délégation arménienne à Bakou, ainsi que celle de la délégation azerbaïdjanaise à Erevan, d’« événements historiques ». Pour la première fois depuis près de 35 ans, ces échanges se déroulent avec la participation directe d’institutions étatiques, marquant une rupture avec l’isolement politique et social qui a caractérisé les décennies précédentes.
Selon lui, ces rencontres ont permis de définir les premiers projets conjoints, dont les détails seront bientôt rendus publics. L’objectif est d’installer un dialogue large et structuré impliquant société civile, médias, experts et organisations sociales, afin de suivre le rythme d’un processus politique déjà très avancé entre les gouvernements.
Une société prête au changement, malgré une minorité hostile
Interrogé sur l’état d’esprit de la société arménienne, Koçinyan affirme que la majorité silencieuse est prête à accepter de nouvelles dynamiques de paix. Les années de conflit ont laissé des traumatismes profonds, mais l’aspiration à la stabilité prime désormais.
Il identifie toutefois deux catégories d’opposants :
Un groupe émotionnel, composé de personnes encore profondément blessées par les événements récents ;
Un groupe politisé, dont l’opposition au dialogue repose davantage sur des intérêts partisans que sur des considérations sociales.
Pour Kotchinyan, le travail de pédagogie, de communication et de rapprochement doit se poursuivre, car « il n’existe pas d’alternative à la paix ».
Une scène politique arménienne en pleine turbulence pré-électorale
La situation politique intérieure en Arménie est marquée par une forte tension : le pays entre dans une phase pré-électorale, ce qui influence tous les discours. Le Premier ministre Nikol Pachinian mise sur une plateforme articulée autour de la paix et de la normalisation avec Bakou et Ankara. L’opposition, elle, rejette fermement toute concession perçue comme un compromis excessif, sans présenter d’alternative cohérente, selon Kotchinyan.
Il note que cette polarisation « exagère » les réactions publiques, mais ne reflète pas nécessairement un rejet généralisé du processus de paix au sein de la société arménienne.
Quelles forces extérieures cherchent à freiner le rapprochement ?
Kotchinyan se montre catégorique : contrairement à certaines accusations relayées dans le débat public, l’Occident n’a aucun intérêt à saboter la normalisation arméno-azerbaïdjanaise. Au contraire, les acteurs européens et américains soutiennent le processus.
Selon lui, le principal acteur extérieur opposé à la paix est la Russie, dont l’influence régionale serait affaiblie par un rapprochement durable entre Bakou et Erevan. Koçinyan estime que Moscou pourrait continuer à pratiquer :
des tentatives d’ingérence dans les élections arméniennes,
des actions destinées à maintenir une instabilité régionale,
des stratégies visant à bloquer l’ouverture des communications et la signature d’un traité de paix.
Arménie–Turquie : vers une normalisation conditionnée ?
Concernant le dialogue arméno-turc, Kotchinyan observe une dynamique positive, marquée par l’absence de préconditions majeures, à l’exception de l’exigence d’Ankara : que Bakou ne s’oppose pas au processus.
Selon son analyse, l’Azerbaïdjan considère l’ouverture de la frontière arméno-turque comme un levier stratégique et pourrait donner son accord une fois le traité de paix signé et les communications régionales débloquées.
Pour Kotchinyan, la crainte selon laquelle l’ouverture de cette frontière affaiblirait le rapprochement arméno-azerbaïdjanais est infondée. Au contraire, une normalisation avec Ankara renforcerait la confiance de la société arménienne dans la possibilité d’un règlement global, réduisant les peurs et les résistances internes.
Une fenêtre d’opportunité fragile mais réelle
L’analyse de Kotchinyan met en évidence un moment charnière :
Le dialogue s’intensifie.
Les sociétés, bien que fragilisées, commencent à s’ouvrir.
Les obstacles existent, notamment géopolitiques, mais ne sont pas insurmontables.
Pour le politologue, l’avenir du processus dépendra de la capacité des deux pays à poursuivre ces efforts, à institutionnaliser les contacts, et à résister aux influences extérieures qui cherchent à empêcher un règlement historique.