LE GLAS SONNE POUR GAREGİN
Paris / La Gazette
L’Église apostolique arménienne choisit le changement
La confrontation acharnée entre la direction politique arménienne et le Catholicos Garegin II semble arriver à son terme — et ce dénouement s’annonce favorable aux autorités en place. Un indice révélateur en est la récente déclaration, aussi inattendue que retentissante, d’un groupe d’évêques arméniens exigeant que le Saint-Siège d’Etchmiadzin soit « purifié » de Garegin II.
« Une expertise a confirmé l’authenticité des vidéos impliquant Arshak Khachatryan. Ktrich Nersisyan (nom civil de Garegin II — ndlr) tente par tous les moyens de dissimuler l’acte sacrilège commis par Arshak. Ktrich Nersisyan s’est montré infidèle au serment qu’il avait prêté lors de son intronisation, celui de conduire l’Église arménienne par un “enseignement droit”. Nous appelons les fidèles et les enfants dévoués de l’Église à purifier le" lieu des lieux" — le Saint-Siège d’Etchmiadzin — de ce clerc sacrilège et de ceux qui partagent sa faute, condamnant fermement la voie erronée empruntée par Ktrich Nersisyan », peut-on lire dans la déclaration.
Rappelons que des vidéos compromettantes impliquant le chef de la chancellerie du Catholicos, l’archevêque Arshak Khachatryan, ont circulé en ligne. En conséquence, le Comité d’enquête d’Arménie a ouvert une procédure pénale concernant leur diffusion.
Il convient d’abord de souligner que cette prise de position — par laquelle des ecclésiastiques appellent, même indirectement, le Catholicos de tous les Arméniens à quitter Etchmiadzin — sert clairement les intérêts des autorités actuelles. Le premier objectif du Premier ministre Nikol Pashinian est en effet de pousser Garegin II à la démission, ce dernier s’étant engagé de manière excessive dans la vie politique. Et à cet égard, les inquiétudes du chef du gouvernement ne sont pas totalement infondées : un Catholicos politiquement actif constitue un défi direct à la gouvernance séculière. Garegin II, de son côté, a franchi toutes les limites imaginables. Après la défaite de l’Arménie lors de la seconde guerre du Karabakh, il avait vivement critiqué Pashinian et répété à plusieurs reprises que celui-ci devait démissionner.
L’affrontement a atteint son apogée en 2024, lorsque l’archevêque Bagrat (nom civil : Vazgen Galstanyan), avec la bénédiction du Catholicos, a dirigé des manifestations de masse contre la démarcation frontalière avec l’Azerbaïdjan.
Cette ingérence flagrante dans les affaires de l’État a fini par lasser le gouvernement, qui a alors utilisé la seule arme dont il disposait : N. Pashinian a accusé le Catholicos d’avoir violé ses vœux ecclésiastiques, en particulier celui de célibat, et l’a appelé à renoncer volontairement à son poste.
« Garegin II a un enfant, ce qui contredit les canons de l’Église. Une personne qui a rompu le vœu de célibat ne peut occuper le poste de Catholicos », a écrit le Premier ministre sur sa page Facebook.
À partir de là, le conflit entre Garegin et Pashinian est entré dans une phase ouverte. Fin juin, des agents du Service de sécurité nationale se sont présentés à la résidence du Catholicos à Etchmiadzin pour arrêter l’archevêque Mikael Adjapahyan, visé par une enquête pour appels au renversement de l’ordre constitutionnel. En octobre, les autorités ont arrêté le responsable du diocèse d’Aragatsotn, l’évêque Mkrtich Proshyan — neveu de Garegin II — accusé de coercition à la participation à des rassemblements. Et ce ne sont là que quelques exemples.
Pour revenir à la déclaration des ecclésiastiques, une telle unanimité autour de mesures radicales contre Garegin II révèle une profonde fracture au sein de l’Église et met en lumière les problèmes structurels auxquels elle est confrontée. Le journal Zhoghovurd a d’ailleurs rapporté qu’un groupe de clercs s’était constitué au sein de l’Église pour afficher son soutien au Premier ministre Pashinian.
Ainsi, on peut en conclure que Pashinian est parvenu à rallier une partie du clergé à sa cause, accentuant les divisions internes. La publication de cette déclaration intervient peu après que le Premier ministre a déclaré devant la presse : « Ktrich Nersisyan a épuisé toute possibilité de participer au processus de réforme ; il doit simplement quitter le Saint-Siège d’Etchmiadzin », ajoutant que tout fidèle peut prendre part à ce processus.
« Nous devons suivre la voie de la réforme ; sans cela, aucun problème ne pourra être résolu. Je salue la volonté de quiconque de s’engager sur cette voie », a-t-il affirmé.
En résumé, on peut supposer qu’avant les événements décisifs attendus l’été prochain en Arménie, Nikol Pashinian parviendra à débarrasser l’Église des revanchards en soutane — avec le soutien de ces clercs qui ont compris que la mission de l’Église est d’apporter la lumière du bien à la société, et non d’attiser un nouveau foyer de guerre. Et l’on peut espérer que, peu à peu, le nombre de figures religieuses prônant la paix, l’harmonie et le bon voisinage continuera de croître en Arménie.