UNE RÉVOLUTİON SİLENCİEUSE DANS LES RELATİONS ENTRE L’AZERBAÏDJAN ET ISRAËL
Parmi les événements récents, l’un des plus importants est sans doute aussi l’un des moins médiatisés : la tenue de la quatrième réunion de la commission intergouvernementale Azerbaïdjan–Israël pour la coopération économique. Bien qu’il s’agisse de la quatrième session du genre, celle-ci revêt un caractère inédit : c’est la première organisée depuis l’ouverture de l’ambassade d’Azerbaïdjan en Israël et elle intervient quelques semaines seulement après la fin officielle du conflit à Gaza — autant d’éléments qui témoignent du passage des relations bilatérales à un niveau qualitativement nouveau.
La dimension économique de ce partenariat devient d’ailleurs de plus en plus déterminante. Certes, les échanges commerciaux restent volatils — ils atteignaient environ 1,7 milliard de dollars en 2022, avant de chuter de moitié en 2024, à 765 millions de dollars — mais les flux d’investissement, eux, changent d’échelle. Rien que pour les six premiers mois de 2025, les investissements directs de l’Azerbaïdjan en Israël ont atteint 542,5 millions de dollars, ce qui souligne leur caractère stratégique. L’essentiel de cette dynamique provient de la prise de participation d’environ 10 % par SOCAR dans le champ gazier Tamar, en Méditerranée orientale.
Parallèlement, SOCAR et ses partenaires israéliens ont obtenu une licence d’exploration gazière dans la zone économique exclusive israélienne — notamment sur le bloc I (Zone I), d’une superficie d’environ 1 700 km², où SOCAR opère un consortium aux côtés de BP et de NewMed Energy.
Ce rapprochement offre à l’Azerbaïdjan de nouvelles perspectives en Méditerranée orientale et l’intègre plus étroitement à la chaîne régionale de l’énergie gazière. Outre la diversification des routes logistiques, ce partenariat ouvre l’accès à des technologies israéliennes clés et permet d’influer indirectement sur les équilibres gaziers régionaux.
Dans le cadre de la reconstruction des territoires libérés, y compris dans la région du Karabakh, la présence de sociétés israéliennes prend un tour très concret. Elles sont désormais considérées comme des partenaires essentiels pour les projets de relance agro-industrielle, de modernisation des infrastructures et d’administration cadastrale numérique. L’Azerbaïdjan s’intéresse étroitement à l’expérience israélienne en matière de « smart cities », de technologies hydriques et agricoles, faisant d’Israël un potentiel donateur technologique dans la phase post-conflit du Karabakh. Il ne s’agit plus simplement d’un supplément au commerce existant, mais d’un volet structurant de la stratégie de reconstruction et de transformation numérique visant à intégrer pleinement ces territoires à l’économie nationale.
En parallèle, Bakou mise sur une vaste transformation numérique. La stratégie de l’État met l’accent sur l’e-gouvernement, les big data, l’intelligence artificielle, l’Internet des objets, la cybersécurité et la modernisation des infrastructures TIC. L’expertise israélienne dans ces domaines constitue une ressource précieuse. Ainsi, la coopération se concrétise déjà par des investissements dans des start-up et des plateformes technologiques. L’accord de 15 millions de dollars signé entre l’Azerbaijan Investment Company (AIC) et la plateforme israélienne OurCrowd en est un exemple révélateur. Ces technologies jouent un rôle clé tant pour le développement régional du pays que pour la reconstruction des territoires libérés.
Plus largement, le partenariat technologique entre Bakou et Tel-Aviv dépasse désormais les simples échanges commerciaux ou énergétiques. Il prend la forme d’une coopération approfondie dans les hautes technologies, les start-up, la science, la digitalisation et l’innovation. Le mémorandum signé en avril 2025 dans le domaine scientifique constitue une étape majeure : par l’intermédiaire de l’Agence pour l’innovation et le développement numérique (IDDA), l’Azerbaïdjan s’engage à faciliter l’implantation d’entreprises israéliennes, la création de centres de R&D, d’ateliers de production high-tech, de hubs informatiques et d’un Centre d’excellence technologique.
Ainsi, sur fond de croissance des flux commerciaux et d’investissement, la coopération entre l’Azerbaïdjan et Israël se diversifie en profondeur — des liens énergétiques traditionnels vers des projets technologiques, infrastructurels et numériques. La réunion de la commission a confirmé une série d’accords antérieurement conclus, tout en marquant un déplacement de priorité : du simple commerce vers un véritable partenariat entrepreneurial, des transactions ponctuelles vers des projets à forte valeur ajoutée, des flux unilatéraux vers des chaînes mutuellement bénéfiques.
Pour l’Azerbaïdjan, l’enjeu central demeure la transition d’un modèle économique fondé sur l’exportation de matières premières vers une économie du savoir et de haute technologie, intégrant pleinement les territoires libérés. Dans ce contexte, Israël n’est pas seulement un acheteur ou un consommateur, mais un partenaire stratégique dans les domaines technologique et infrastructurel. Les prochaines étapes devraient renforcer la présence israélienne dans les parcs agro-industriels, les zones industrielles multifonctionnelles, la gestion numérique des terres et les projets d’énergie durable sur les territoires libérés de l’Azerbaïdjan.