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"LES PAYS D'ASIE CENTRALE N'ONT PAS LES MOYENS DE RESISTER A UNE AGRESSION RUSSE"

14 Janvier 2026 11:52 (UTC+01:00)
"LES PAYS D'ASIE CENTRALE N'ONT PAS LES MOYENS DE RESISTER A UNE AGRESSION RUSSE"
"LES PAYS D'ASIE CENTRALE N'ONT PAS LES MOYENS DE RESISTER A UNE AGRESSION RUSSE"

Paris / La Gazette

C’est ce qu’a déclaré à Minval Politika le politologue kazakh Sharip Ishmoukhamedov, commentant une nouvelle sortie du sulfureux propagandiste russe Vladimir Soloviev.

Une telle rhétorique ne peut être ni ignorée ni mise sur le compte de l’émotivité d’un animateur de télévision. Cette déclaration est ouvertement agressive et unilatérale, et mérite le débat public et politique le plus sérieux.

Évaluant les propos de Vladimir Soloviev, Sharip Ishmoukhamedov a souligné que ni la communauté journalistique, ni la société civile, ni les institutions étatiques ne doivent rester indifférentes à de telles déclarations. Il précise qu’il ne s’agit pas simplement des paroles d’une figure médiatique, mais d’un appel public à une intervention par la force et à un rejet du droit international.

« Cette déclaration agressive, unilatérale et fascisante de Soloviev peut et doit être discutée — c’est la première chose, et la plus importante », insiste Ishmoukhamedov.

Selon lui, de tels propos ne doivent pas rester sans réaction de la part des journalistes, des responsables politiques et des dirigeants des pays de la région.

L’expert estime qu’il est essentiel de comprendre l’objectif poursuivi par ce type de déclarations. D’après lui, elles visent avant tout à détourner l’attention du public russe de la situation catastrophique de la politique étrangère de la Russie. Moscou perd rapidement du terrain sur pratiquement tous les fronts — du Moyen-Orient à l’Amérique latine, en passant par l’espace post-soviétique.

Comme l’explique le politologue, la Russie a été évincée ou a considérablement affaibli son influence dans des régions qu’elle considérait depuis des décennies comme sa « zone d’intérêts ». Il cite notamment la Syrie, les projets énergétiques, Cuba, le Venezuela, l’Iran, plusieurs pays africains, ainsi que les États du soi-disant « étranger proche » — l’Arménie, les pays d’Asie centrale, la Moldavie et d’autres.

Selon Ishmoukhamedov, ces déclarations imposent à l’opinion publique un nouveau thème de discussion : non plus les échecs de la politique étrangère et la perte du statut de superpuissance, mais des scénarios agressifs, souvent fantasmés, de nouvelles « victoires géopolitiques ».

« La Russie contemporaine se trouve, en réalité, à un pas de l’État failli — un failed state », affirme l’expert, soulignant que la rhétorique agressive à l’égard du Caucase et de l’Asie centrale vise à déplacer l’attention des problèmes réels vers des menaces extérieures illusoires et des rêves de revanche.

Le politologue considère comme deuxième élément clé la personnalité même de Soloviev. Il rappelle qu’il ne s’agit ni d’un blogueur indépendant ni d’un journaliste autonome, mais d’un individu bénéficiant directement de financements publics et remplissant une fonction politique bien définie.

« Il reçoit des milliards de roubles pour soulever précisément les sujets dont la direction de la Fédération de Russie a besoin », souligne Ishmoukhamedov.

Selon lui, cela indique que cette rhétorique n’est pas fortuite et reflète l’état d’esprit des plus hauts cercles du pouvoir. Dans le contexte de la perte de l’Ukraine, de l’affaiblissement des positions en Arménie et au Venezuela, ainsi que de possibles revers à Cuba et en Iran, une idée de revanche pourrait mûrir au sein de la direction russe. Ishmoukhamedov avertit que, dans cette logique, on mise sur une méthode historiquement éprouvée : une « petite guerre victorieuse » pour restaurer un prestige perdu.

Il note que cela est particulièrement dangereux en l’absence de véritables succès en politique étrangère. Dans de telles conditions, la recherche d’une « petite guerre » dans le Caucase ou en Asie centrale devient un scénario tout à fait plausible.

« Ce que beaucoup redoutaient dès le début de la guerre en Ukraine — que la défaite pousse à chercher une nouvelle guerre victorieuse en Asie centrale — commence aujourd’hui à prendre des contours bien réels », a déclaré le politologue.

Ishmoukhamedov a également souligné que les pays d’Asie centrale ne disposent objectivement pas des capacités nécessaires pour faire face à une agression de grande ampleur, comparable à celle subie par l’Ukraine. C’est pourquoi il considère ces déclarations non comme une simple rhétorique, mais comme une menace directe pour la sécurité régionale.

Selon lui, ce type de propos n’est pas inédit : des députés et des responsables russes s’y sont déjà livrés par le passé. Cependant, regrettablement, ils n’ont entraîné aucune conséquence.

« J’espère que, cette fois-ci, la réaction sera différente. De telles déclarations doivent avoir des conséquences juridiques et politiques, allant jusqu’à l’ouverture de poursuites pénales, à la déclaration de persona non grata et à la mise en cause de ceux qui soutiennent une telle rhétorique sur le territoire du Kazakhstan. Il ne s’agit pas seulement de liberté d’expression, mais d’appels directs à la guerre, d’incitation à la haine interethnique et de déstabilisation de l’État », a conclu l’expert.

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