SECURITE ENERGETIQUE: L'AZERBAIDJAN DEVIENT UN PARTENAIRE INCONTOURNABLE DE L'EUROPE
Paris / La Gazette
Le pays s'affirme comme une plateforme énergétique en augmentant ses productions et en diversifiant les sources d'énergie
Le rôle de l’Azerbaïdjan dans la sécurité énergétique de l’Europe a connu ces dernières années une transformation qualitative majeure. D’abord perçu comme une source et un itinéraire alternatifs d’approvisionnement en énergie, le pays est aujourd’hui devenu l’un des partenaires énergétiques clés, voire indispensable, du continent européen.
Lors de la mise en place du Corridor gazier méridional, l’Azerbaïdjan était avant tout considéré comme un outil de diversification, destiné à réduire la dépendance de l’Europe à un nombre limité de fournisseurs et de routes d’acheminement. Mais dès cette étape, Bakou a assumé une responsabilité bien plus large, se positionnant non seulement comme fournisseur de gaz, mais aussi comme initiateur et garant d’une infrastructure énergétique transrégionale durable reliant la région de la mer Caspienne à l’Europe. La concrétisation du Corridor gazier méridional a démontré la capacité de l’Azerbaïdjan à honorer des engagements d’envergure sur le long terme et à assurer la stabilité des livraisons, même dans un contexte de fortes turbulences mondiales.
Cette nouvelle dimension du rôle azerbaïdjanais s’est pleinement révélée après février 2022, lorsque l’Europe a été confrontée à une crise énergétique sans précédent. Face à une pénurie aiguë de gaz et à la flambée des prix, l’Azerbaïdjan a apporté un soutien rapide aux pays soudainement menacés d’instabilité énergétique. Bakou a non seulement respecté l’ensemble de ses contrats en vigueur, mais s’est également dit prêt à augmenter ses livraisons si nécessaire, confirmant une fois de plus sa réputation de partenaire fiable et responsable.
Comme l’a déclaré le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev lors d’une interview accordée à des chaînes de télévision locales le 5 janvier, les exportations de gaz du pays progressent tant en volume qu’en étendue géographique.
« À ce jour, nous fournissons du gaz à 14 pays, dont 11 de manière régulière. Certains pays ont importé du gaz azerbaïdjanais en 2024, puis ont suspendu leurs achats en raison de la disponibilité d’autres sources. Il s’agit de livraisons à la demande : lorsqu’ils en ont besoin, nous commençons à livrer ; lorsqu’ils n’en ont plus besoin, nous arrêtons. Mais globalement, le gaz acheminé par gazoduc depuis l’Azerbaïdjan couvre 14 pays, et deux autres pays européens viendront s’y ajouter cette année. Le total atteindra ainsi 16 pays, ce qui constitue le chiffre le plus élevé au monde pour les livraisons de gaz par gazoduc. Aucun autre pays ne fournit du gaz par gazoduc à autant de destinations que l’Azerbaïdjan », a souligné le chef de l’État.
Ces chiffres illustrent clairement le caractère unique de la position de l’Azerbaïdjan sur le marché énergétique mondial et confirment son passage du statut de fournisseur alternatif à celui d’acteur structurant du système énergétique. Le pays dispose par ailleurs de toutes les ressources nécessaires pour poursuivre l’expansion de ses exportations. Le démarrage prochain de la production de gaz dans la partie en eaux profondes du gisement « Azeri–Chirag–Guneshli », la mise en œuvre du projet Shah Deniz Compression, ainsi que le développement des gisements « Babek » et « Absheron » sont attendus.
Le projet Shah Deniz Compression, d’un coût de 2,9 milliards de dollars, constitue la prochaine étape du développement du gigantesque gisement de Shah Deniz. Il vise principalement à permettre l’extraction de gaz à partir de réservoirs à faible pression, en les rendant exploitables et en maximisant le taux de récupération. Sa réalisation devrait permettre de produire et d’exporter environ 50 milliards de mètres cubes supplémentaires de gaz, ainsi que près de 25 millions de barils de condensat.
Dans le cadre de la deuxième phase de développement du gisement « Absheron », la production atteindra, à son pic, 12,7 millions de mètres cubes de gaz par jour, soit l’équivalent de 4,5 milliards de mètres cubes par an, ainsi que 37 000 barils de condensat par jour. Le lancement de cette phase est prévu entre la fin de 2028 et le début de 2029.
Selon des estimations préliminaires, les réserves de la structure prometteuse « Babek » pourraient atteindre 400 milliards de mètres cubes de gaz et 80 millions de tonnes de condensat, renforçant considérablement le potentiel d’exportation à long terme de l’Azerbaïdjan.
Parallèlement, le pays développe activement les énergies « vertes », ce qui permet d’optimiser l’équilibre énergétique intérieur et de libérer des volumes supplémentaires de gaz naturel destinés à l’exportation. L’Azerbaïdjan adopte à cet égard une approche réaliste et pragmatique de la transition énergétique, conscient qu’un abandon total des combustibles fossiles à court terme comporte de sérieux risques pour la sécurité énergétique. Les investissements dans l’énergie traditionnelle, parallèlement au développement des sources renouvelables, sont considérés comme une condition essentielle de la stabilité, tant au niveau national que régional.
Comme l’a souligné le président Ilham Aliyev, la responsabilité des pays riches en hydrocarbures est illustrée par des États tels que l’Azerbaïdjan, qui disposent d’importantes réserves de pétrole et de gaz tout en investissant activement dans les énergies vertes.
« Je pense donc qu’au sein des institutions européennes aussi, on comprend désormais que cette obsession contre les combustibles fossiles doit prendre fin. Le pragmatisme et le réalisme doivent l’emporter », a déclaré le chef de l’État.
Dans ce contexte, la révision des approches des institutions financières internationales revêt une importance particulière. Ces dernières années, elles ont activement promu l’arrêt du financement des projets liés aux combustibles fossiles. Or, l’expérience montre que sans investissements dans les infrastructures gazières, il est impossible de garantir la stabilité de l’approvisionnement énergétique ni d’assurer une transition cohérente vers une énergie « propre ». De telles décisions ne doivent donc pas se faire au détriment de la sécurité énergétique.
Le développement de corridors énergétiques « verts » constitue également un axe stratégique majeur. Complémentaires aux infrastructures gazières existantes, ils posent les bases de l’exportation d’énergie propre. Parmi ces itinéraires figurent les axes « Caspienne – mer Noire – Europe », « Asie centrale – Azerbaïdjan », « Azerbaïdjan – Turquie – Europe » et « Azerbaïdjan – Géorgie – Turquie – Bulgarie ». Ces projets renforcent le rôle de l’Azerbaïdjan en tant que maillon essentiel reliant régions et marchés.
Ainsi, l’Azerbaïdjan, initialement perçu comme un simple outil de diversification des routes et des sources d’approvisionnement énergétique, est déjà aujourd’hui un partenaire incontournable pour l’Europe et au-delà. À l’avenir, ce rôle ne fera que se renforcer, prenant une dimension de plus en plus globale grâce à la combinaison de livraisons de gaz fiables, du développement des infrastructures et de l’exportation d’énergie propre.