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SULTAN ZAKHIDOV: LE FACTEUR-CLE EST LE CONTROLE DU PETROLE VENEZUELIEN

6 Janvier 2026 12:58 (UTC+01:00)
SULTAN ZAKHIDOV: LE FACTEUR-CLE EST LE CONTROLE DU PETROLE VENEZUELIEN
SULTAN ZAKHIDOV: LE FACTEUR-CLE EST LE CONTROLE DU PETROLE VENEZUELIEN

Paris / La Gazette

Et une des finalités en serait de peser sur le marché mondial et sur les prix du marché

Sultan Zakhidov : le facteur clé est le contrôle du pétrole vénézuélien

L’aggravation de la situation autour du Venezuela et les nouvelles informations faisant état d’actions américaines à l’encontre des dirigeants du pays ont de nouveau placé Nicolás Maduro au centre de l’agenda international. L’affrontement de longue date entre Caracas et Washington, la pression des sanctions, la démonstration de force dans la région des Caraïbes et l’implication d’acteurs extérieurs font de la crise vénézuélienne l’un des principaux nœuds géopolitiques de notre époque.

Sultan Zakhidov, expert en sécurité internationale et conseiller principal du Centre d’analyse des relations internationales, a livré sa lecture des événements.

Selon lui, les faits survenus autour du Venezuela en ce début du mois de janvier n’ont rien de surprenant et s’inscrivent dans la logique d’une politique américaine de long terme à l’égard de ce pays. D’après les informations disponibles, le 3 janvier, les États-Unis auraient mené une opération décisive au cours de laquelle Nicolás Maduro et son épouse ont été interpellés pendant une trentaine de minutes, puis transférés d’abord sur le territoire américain, avant d’être conduits à New York pour y être jugés.

Pour l’expert, ce scénario est l’aboutissement d’une campagne de « pression maximale » menée de manière constante par Washington contre Caracas.
« Les États-Unis préparaient depuis longtemps le terrain à une option de force. Depuis août, nous observions une concentration de navires de guerre américains dans le bassin caribéen, ce qui constitue une manifestation classique de la “gunboat diplomacy”, la diplomatie de la canonnière », explique-t-il.

Zakhidov rappelle que cette approche a déjà été utilisée par les États-Unis à l’encontre de pays considérés comme des adversaires ou des régimes indésirables.
« L’objectif est de faire pression, d’imposer sa volonté et d’obtenir des changements politiques sans déclaration de guerre formelle », souligne-t-il.

Il rappelle qu’avant même ces événements, les forces américaines interceptaient des navires liés à l’infrastructure pétrolière vénézuélienne, autant d’indices, selon lui, de la préparation d’un scénario de changement de régime. La politique de sanctions contre le Venezuela avait d’ailleurs été lancée dès le premier mandat présidentiel de Donald Trump, entre 2017 et 2019.

Replaçant la crise dans une perspective historique, l’expert note que le Venezuela a longtemps figuré parmi les pays d’Amérique latine perçus par les États-Unis comme hostiles.
« Au début du XXᵉ siècle, des entreprises américaines contrôlaient de facto l’exploitation des ressources pétrolières vénézuéliennes. Le pays était profondément intégré aux intérêts économiques des États-Unis », rappelle-t-il.

La situation commence toutefois à évoluer dans les années 1970, et avec l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez, les relations entre Caracas et Washington atteignent un niveau de tension extrême. Après la mort de Chávez et sous la présidence de Maduro, aucune inflexion majeure n’est intervenue, estime Zakhidov. Les États-Unis ont continué de considérer le Venezuela comme une menace, et sous Trump, la politique de neutralisation est devenue plus dure et plus directe.
« Le renforcement de la présence navale américaine dans la région montrait clairement que Washington envisageait des options militaires », affirme-t-il.

L’expert insiste également sur la dimension idéologique de cette politique.
« Nous assistons en réalité à une résurrection de la doctrine Monroe dans sa version la plus rigide. L’hémisphère occidental est perçu comme une zone d’influence exclusive des États-Unis, où il ne doit pas y avoir de place pour la Russie, la Chine ou d’autres grandes puissances », explique-t-il.

Selon Zakhidov, Donald Trump l’a affirmé ouvertement après l’arrestation de Maduro, qualifiant le Venezuela de menace pour la sécurité nationale américaine. Officiellement, Washington a justifié ses actions par la lutte contre le narcotrafic, le narcoterrorisme et l’immigration illégale.
« Trump déclarait explicitement que des drogues en provenance du Venezuela entraient aux États-Unis et avaient causé la mort de centaines de milliers d’Américains », rappelle l’expert.

Ces arguments lui paraissent toutefois largement secondaires.
« Si l’on évalue objectivement les routes du narcotrafic, les principaux flux passent par la Colombie et le Mexique. Le Venezuela n’est pas un maillon central », observe-t-il.

Derrière la rhétorique officielle se cachent, selon lui, des motivations géopolitiques et géoéconomiques bien plus profondes, au premier rang desquelles figure le pétrole.
« Le Venezuela dispose des plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, plus de 300 milliards de barils. C’est une ressource stratégique d’importance mondiale », souligne Zakhidov.

Il met également en avant les liens étroits de Caracas avec la Russie et la Chine : jusqu’à 80 % des exportations pétrolières vénézuéliennes étaient destinées à la Chine, tandis que la Russie avait investi des dizaines de milliards de dollars dans le pays.
« Pour les États-Unis, c’est une menace directe pour leurs intérêts régionaux. C’est précisément pour cela que la décision a été prise d’éliminer ce facteur », estime-t-il.

Zakhidov attire aussi l’attention sur les conséquences potentielles du contrôle du pétrole vénézuélien.
« Il ne s’agit pas seulement d’accéder aux ressources, mais aussi d’influencer le marché pétrolier mondial et les prix. Une augmentation de la production pourrait entraîner une baisse des cours et renforcer la position des États-Unis », explique-t-il.

Quant à l’avenir du Venezuela, l’expert souligne que la nomination de Delcy Rodríguez comme présidente par intérim et les déclarations américaines sur une période de transition ne garantissent en rien la stabilisation du pays.
« En pratique, il s’agit d’un processus extrêmement complexe et dangereux. Le pouvoir au Venezuela était fortement personnalisé, et le pays abrite diverses structures armées et criminelles », avertit-il.

Il établit un parallèle avec l’Irak après 2003, rappelant que l’élimination d’un dirigeant peut ne pas conduire à l’ordre mais mener au chaos.
« Personne ne peut garantir que le Venezuela ne répétera pas ce scénario, avec un vide du pouvoir, un conflit civil et une montée du radicalisme », prévient-il.

Selon lui, une éventuelle déstabilisation toucherait non seulement le Venezuela, mais l’ensemble de la région : intensification des flux migratoires, du narcotrafic et risques accrus pour la sécurité énergétique.

En conclusion, Zakhidov estime que la question de l’autonomie réelle de la nouvelle autorité et de sa capacité à contrôler la situation reste ouverte.
« Delcy Rodríguez affirme être prête à mener une politique équilibrée, mais cela peut être le résultat d’une forte pression extérieure. Les États-Unis ont clairement fait passer le message : soit la coopération, soit des mesures encore plus sévères », résume-t-il.

L’expert souligne enfin qu’il ne faut pas s’attendre à un redressement rapide ni à une stabilisation à court terme du Venezuela. Les réponses aux questions essentielles ne pourront qu’émerger avec le temps.

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