ARMENIE ENTRE MOSCOU ET BRUXELLES : EAEU, SANCTIONS ET PROJET TRIPP
Paris / La Gazette
Alors que l’Arménie intensifie ses liens avec l’Occident, la Russie rappelle régulièrement à Erevan ses priorités dans le cadre du partenariat arméno-russe. Dans un entretien accordé récemment aux médias arméniens, l’ambassadeur russe en Arménie, Sergey Kopyrkin, a réaffirmé la position de Moscou sur le Caucase du Sud et souligné que la Russie ne peut se retirer physiquement de la région.
Selon Kopyrkin, le message s’adresse en priorité à l’Occident, accusé de vouloir renforcer sa présence dans le Caucase du Sud via l’Arménie afin d’en évincer la Russie. Le diplomate a également indiqué que les relations arméno-russes traversent « une phase difficile » et sont mises à l’épreuve dans un contexte de turbulences géopolitiques.
Moscou insiste sur le fait que l’adhésion simultanée de l’Arménie à l’Union économique eurasiatique (EAEU) et à l’Union européenne (UE) est impossible. L’ambassadeur a rappelé les avantages économiques de l’EAEU pour l’Arménie : la Russie demeure le principal partenaire commercial et investisseur, contribuant à la sécurité énergétique et alimentaire du pays. Le commerce bilatéral a atteint près de 5 milliards de dollars au cours des neuf premiers mois de 2025.
La Russie utilise ainsi le facteur EAEU pour exercer une pression sur Erevan, notamment concernant les sanctions antirusses exigées par l’UE. Kopyrkin a averti que la participation de l’Arménie à ces sanctions pourrait gravement nuire à son économie. Des responsables russes, dont le vice-Premier ministre Alexeï Overtchouk, ont répété que toute intégration de l’Arménie à l’UE entraînerait sa sortie de l’EAEU et la fermeture du marché eurasiatique.
Un autre point stratégique concerne le projet TRIPP (« Route Trump pour la paix et la prospérité »), qui prévoit un corridor passant par le territoire arménien. La Russie a exprimé sa volonté de participer au projet, tout en liant sa coopération à l’adhésion de l’Arménie à l’EAEU. Selon Kopyrkin, le transit des marchandises sur ce corridor relève du droit de l’Union eurasiatique, soulignant le rôle clé des infrastructures ferroviaires russes dans le pays.
En conclusion, Moscou semble déterminée à maintenir son influence en Arménie et à obtenir qu’Erevan tienne compte de ses intérêts régionaux, tandis que l’Arménie, face à l’attrait européen, tente de retarder ses décisions. La tension entre les deux capitales pourrait évoluer vers une crise systémique si le pays caucasien choisit de s’aligner sur Bruxelles.