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DE CONFLITS EN CONFLITS: OU CELA VA-T-IL ENCORE EXPLOSER EN 2026?

6 Janvier 2026 13:44 (UTC+01:00)
DE CONFLITS EN CONFLITS: OU CELA VA-T-IL ENCORE EXPLOSER EN 2026?
DE CONFLITS EN CONFLITS: OU CELA VA-T-IL ENCORE EXPLOSER EN 2026?

Paris / La Gazette

1450 conflits de gravité variable en 2025. 89 conflits dans 31 pays qualifiés de guerre. Ce constat inquiète.

De conflits en conflits : où cela va-t-il encore exploser en 2026 ?

Le monde est entré dans la nouvelle année avec une interminable traîne de guerres et de confrontations et, dès les premiers jours, s’est retrouvé plongé dans un nouveau conflit armé : le Venezuela. Quel pays deviendra la prochaine « zone chaude » — dans les Caraïbes, en Europe, en Asie ou ailleurs — en cette année du Cheval de Feu ?

L’année 2025 a légué à la planète un héritage extrêmement lourd : 1 450 conflits de gravité variable y ont été recensés, soit 70 de plus que l’année précédente. Dix-huit ont, d’une manière ou d’une autre, été réglés. Selon le rapport de la société de géoinformation Michael Bauer International consacré à la sécurité en 2025, 89 conflits dans 31 pays ont été qualifiés de guerres — onze de plus qu’en 2024.

Tous n’ont pas attiré l’attention comme la guerre en Ukraine ou la situation dans la bande de Gaza. Les statistiques des conflits armés prolongés incluent des pays éloignés de l’Eurasie, notamment en Afrique, où les affrontements les plus graves ont eu lieu au Burkina Faso, en Somalie et en République démocratique du Congo. Mais au-delà des guerres sanglantes, le monde est aussi traversé par de nombreux conflits à la lisière de l’affrontement armé — au Mexique, en Indonésie, en Serbie, entre autres — autant de foyers potentiels.

En somme, la géopolitique mondiale marche sur la tête et, comme on s’y attendait, l’explosion est survenue dès les premiers jours de l’année au Venezuela, même si peu imaginaient un scénario aussi sophistiqué. À en juger par le renforcement militaire américain, d’une ampleur sans précédent, au large de Cuba, l’« île de la Liberté » pourrait bien tomber à son tour après le Venezuela dans le bassin caribéen. À l’appui de cette hypothèse, citons une déclaration du président américain Donald Trump, faite après le bombardement du Venezuela et l’enlèvement de Nicolás Maduro :
« Cuba est un cas intéressant. Le pays ne va pas très bien en ce moment. Le système ne fonctionne pas correctement et les gens y souffrent. Je pense que nous finirons par parler de l’île de Cuba, parce qu’elle échoue en tant qu’État. »

Si Trump a décidé de « venir en aide » au « peuple cubain qui souffre », il ira au bout de sa logique, et le lancement de ce processus pourrait bien intervenir dès cette année. Mais la Colombie a également refait surface. Là encore, citons Trump : « La Colombie est aussi très malade, elle est dirigée par un homme malade qui aime produire de la cocaïne et la vendre aux États-Unis, et il ne pourra pas continuer longtemps. » Selon lui, l’objectif des États-Unis est « d’avoir autour d’eux des pays viables et prospères, où le pétrole peut être extrait librement… Cela fait baisser les prix. C’est bon pour notre pays ». Interrogé sur la possibilité d’une opération contre la Colombie, le président américain a répondu : « Ça sonne plutôt bien. »

Autre « libération » potentielle menée par Washington : l’Iran. Pour Téhéran, 2025 a été une année désastreuse, et 2026 pourrait s’avérer catastrophique, que les soupçons de tentative de reconstitution de capacités nucléaires et balistiques — gravement entamées — soient fondés ou non. Un régime iranien renversé pourrait même s’avérer plus dangereux qu’un régime en place, via ses forces supplétives, surtout pour Israël. Le terrorisme pourrait alors fleurir dans la région sur fond de luttes politiques internes et d’élections législatives prévues en Israël en 2026. Personne ne peut aujourd’hui garantir que les forces ultradroites de Benyamin Netanyahou conserveront la victoire.

À l’autre bout du monde, à Taïwan, l’année n’annonce rien de rassurant non plus. Preuve en est : Donald Trump a récemment autorisé des livraisons d’armes très diverses à l’île — des missiles aux systèmes de défense antiaérienne les plus modernes — pour près de 11 milliards de dollars. La Chine, bien sûr, ne reste pas les bras croisés. Et comme il est impossible de la traiter comme l’Iran ou le Venezuela, le Pacifique risque de ne plus mériter son nom. Cela dit, Washington pourrait temporiser avant une confrontation frontale avec Pékin : mener plusieurs fronts simultanément, malgré la puissance américaine, reste difficile, surtout si l’Empire du Milieu est soutenu par ses antagonistes géopolitiques.

Pendant ce temps, dans un peu plus d’un mois, la guerre en Ukraine entrera dans sa cinquième année. Prédire quand et comment elle s’achèvera — par la paix ou par des destructions colossales pour les deux camps — relève quasiment de l’impossible.

L’Europe joue un rôle majeur dans l’évolution de la situation ukrainienne et, par conséquent, dans le cours de la guerre. Mais saura-t-elle faire preuve de la même audace qu’il y a encore quatre ans ? Le consensus européen a disparu, ce que l’on attribue volontiers à la réélection de Trump à la présidence des États-Unis, intervenue au début de l’an dernier. En réalité, l’Europe se fragilise elle-même. Peut-on reprocher à Washington le fait que la France ait connu cinq Premiers ministres en deux ans, que des mouvements de protestation de masse éclatent périodiquement, et que la cote de popularité du président Emmanuel Macron soit tombée à 11 % ?

Il s’agit pourtant de la seule puissance nucléaire de l’Union européenne, acteur clé aux côtés de l’Allemagne. Or la « mission » de cette dernière, proclamée lors de l’élection du chancelier Friedrich Merz l’an passé — « sauver l’Europe » — a échoué. Le continent se disperse en « appartements séparés », les divergences entre États se multiplient, y compris sur l’Ukraine, les livraisons d’armes, l’aide financière, l’utilisation des avoirs russes gelés, etc. L’espoir de voir se renforcer le tandem franco-allemand, pilier de l’UE, s’est révélé vain : les contradictions entre Merz et Macron s’aggravent, tout comme celles entre les complexes militaro-industriels et les constructeurs automobiles des deux pays.

À la fin de l’année dernière, les relations entre Berlin et Paris se sont encore tendues en raison de l’« initiative personnelle » du président français, qui a évoqué une reprise du dialogue européen avec le président russe Vladimir Poutine. Mais l’enjeu dépasse cette question : il s’agit d’une lutte pour le leadership, au minimum au sein de l’UE, face à trois puissances — États-Unis, Russie, Chine — qui ne s’entendent pas entre elles et rivalisent, chacune à sa manière, pour la domination mondiale, tandis que cette dernière, y compris dans plusieurs pays européens, tend vers un ordre multipolaire.

En clair, le duo Merz-Macron peut être considéré comme brisé, alors même que l’Europe ne cesse d’alerter sur les menaces pesant sur sa sécurité, venant tour à tour de Moscou, de Washington ou de Pékin.

Mais une menace très concrète — pour l’instant locale — pourrait se matérialiser dès 2026 : les États-Unis ne cachent pas leur intention de « s’approprier » le Groenland, territoire autonome au sein du Danemark. Rappelons que Trump avait déjà exprimé, lors de son premier mandat, le souhait d’acheter l’île au royaume, et qu’il a réitéré cette intention après son retour à la Maison-Blanche, « pour des raisons de sécurité des États-Unis ».

Faut-il y voir un hasard si, au lendemain de l’attaque américaine contre le Venezuela, l’épouse du chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche a publié sur les réseaux sociaux une carte du Groenland aux couleurs du drapeau américain, accompagnée de la mention « Bientôt » ? Copenhague a réagi en appelant au respect de l’intégrité territoriale du Danemark. Mais après ? Si Trump le veut, il le prendra. Reste à savoir si cela se fera pacifiquement et si le royaume ne deviendra pas une nouvelle « zone chaude » sur la carte du monde — cette fois en Europe.

Très probablement, le Danemark devra « conclure un accord » avec Washington : le marchandage territorial est à la mode. L’Union européenne ne protégera pas l’un de ses membres — elle est elle-même sur la corde raide — et seuls le Premier ministre norvégien et le président finlandais ont timidement soutenu Copenhague. Quant à l’OTAN, elle n’osera pas s’opposer aux États-Unis. Le scénario du « qui veut vivre doit se rendre » — ou se vendre, ce qui revient au même — n’est donc pas à exclure.

Ironie de l’histoire : le Danemark figurait, aux côtés des États-Unis, parmi les fondateurs de l’Alliance atlantique. Aujourd’hui, les services de renseignement militaires danois ont inscrit les États-Unis sur la liste des menaces à la sécurité nationale. Ce « précédent danois », encore hypothétique, annonce-t-il pour l’UE et l’OTAN un avenir de peau de chagrin ?

L’image « d’acier » de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est elle aussi fissurée. La poussée des forces d’extrême droite et d’extrême gauche a conduit à trois motions de censure contre elle — qu’elle a pour l’instant surmontées. Pour combien de temps ? Le virage à droite de l’Europe et la dégradation des relations UE-États-Unis, qui affectent le climat au sein de l’OTAN, n’offrent aucune garantie que ses adversaires politiques ne finiront pas par l’emporter cette année.

Enfin, en 2026, au vu de l’intensité des événements évoqués — et de leur arrière-plan durable, marqué par un « à suivre » permanent —, les organisations terroristes et les groupes extrémistes nationaux-religieux gagneront en influence. L’Union européenne reconnaît déjà que le terrorisme est devenu sa menace la plus grave. Mais est-il possible d’y faire face dans un monde aussi profondément fragmenté, y compris au sein de blocs politico-militaires et économiques, dans un contexte d’escalade des menaces militaires — autrement dit, de chaos maîtrisé et de permissivité de la force dominante envers la plus faible ?

Ce texte n’aborde pas les menaces pesant sur le Caucase du Sud et l’Asie centrale voisine — un sujet à part entière. Notons simplement que le haut niveau de turbulence mondiale ne peut qu’affecter ces deux régions, dont les pays concentrent, à des degrés divers, d’importantes ressources naturelles et des nœuds de transport stratégiques. Le Caucase du Sud et l’Asie centrale sont confrontés à une tâche extrêmement complexe : éviter autant que possible, et collectivement, d’être entraînés dans ce dangereux chaos planétaire et résister à des menaces existentielles qui ne se limiteront pas à l’année 2026.

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