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HISTOIRE D'ETCHMIADZINE - QUATRIEME PARTIE

13 Janvier 2026 12:43 (UTC+01:00)
HISTOIRE D'ETCHMIADZINE - QUATRIEME PARTIE
HISTOIRE D'ETCHMIADZINE - QUATRIEME PARTIE

Partie IV

Plus tard, en 1612, le chah séfévide Abbas Ier [212, 322], puis en 1620, par décret du beglerbeg (gouverneur) d’Erevan Amir-Gouné Khan, confirmèrent et élargirent les droits de l’Église d’Etchmiadzin [212, 326-329].

L’Église arménienne recourut à toutes sortes de stratagèmes et de falsifications pour se maintenir dans une situation politique complexe et souvent changeante. Il convient de citer certains documents falsifiés découverts par A. D. Papazian dans les archives des catholicos arméniens de la période de domination ottomane sur la région. Un exemple frappant de cette « activité » est constitué par des lettres inventées au XVIᵉ siècle, prétendument délivrées personnellement par le prophète Mahomet ! aux catholicos arméniens au VIIᵉ siècle. Ces « lettres » parvinrent à Etchmiadzin depuis le monastère d’Akhtamar en Turquie, d’où elles furent emportées par des ecclésiastiques arméniens, apparemment installés alors au monastère d’Etchmiadzin [211, 190-194].

Certaines copies de ces faux ont été découvertes par A. D. Papazian dans des documents ecclésiastiques conservés aux archives du Maténadaran. À propos des lettres prétendument écrites au nom du prophète de l’Islam, A. D. Papazian écrit que « le texte du document est altéré et rédigé avec des fautes grammaticales et orthographiques flagrantes ». Le savant arménien note qu’au Maténadaran est conservée une autre copie du même document, rédigée de manière tout aussi illettrée et avec une écriture mêlée [211, 218].
A. D. Papazian constate : « <…> en réalité, il s’agit d’un faux document de nature compilatoire qui, bien que lié par son contenu à ce type de “traités” des siècles précédents, s’en est tellement écarté sous la plume de copistes ultérieurs – rédacteurs – en multipliant les ajouts et en les adaptant aux besoins du moment <…> ». L’auteur arménien écrit que de nombreuses copies de tels traités, au XVIᵉ siècle, « étaient répandues dans les centres arméniens densément peuplés » [211, 218-220].

En 1604-1610, les Séfévides reconquirent sur les Ottomans les territoires occidentaux de l’Azerbaïdjan, après quoi le patriarcat d’Etchmiadzine fut placé sous le patronage du khan d’Érivan, lequel assurait le règlement de la procédure d’élection des catholicos arméniens. Les résultats des élections étaient confirmés par le chah séfévide et le sultan ottoman. La confirmation du fait que l’Église d’Ararat avait une influence limitée et servait de relais à la politique des Séfévides ou des Ottomans (selon l’autorité à laquelle elle était subordonnée) peut être trouvée dans le « Divan catholicosal », conservé au Maténadaran [144 ; 210, 209-217].

Cette procédure changea après l’arrivée de l’Empire russe dans la région, lequel prit seul le contrôle de l’Église arménienne, élargit ses prérogatives, puis, dans le cadre du projet d’installation des « chrétiens orientaux » sur les terres caucasiennes nouvellement conquises, favorisa l’établissement dans la région de centaines de milliers d’Arméniens venus d’Iran, de Turquie et du Moyen-Orient. Selon le témoignage du savant russe N. Chavrov, qui participa directement aux mesures de colonisation du Caucase, au début du XXᵉ siècle « … sur 1 million 300 mille âmes arméniennes vivant en Transcaucasie, plus d’un million n’appartiennent pas aux populations autochtones du pays et ont été installées par nous ». Parmi les localités où furent placés les colons arméniens, l’historien mentionne « la partie montagneuse du gouvernement d’Elisavetpol », c’est-à-dire la partie montagneuse du Karabakh [141, 59-61].

Notons que, près d’un siècle après le début de cette installation d’Arméniens dans le Caucase, à la fin du XIXᵉ siècle, selon les données du premier recensement général de l’Empire russe de 1897, le district d’Etchmiadzine comptait 1 111 nobles héréditaires parmi les Tatars azerbaïdjanais (plus de 99 %) et 7 parmi les Arméniens (moins de 1 %) [218, 176]. Ces chiffres montrent clairement qui vivait depuis une période immémoriale sur ces terres et qui en était le propriétaire héréditaire. Dans l’ensemble du gouvernement d’Érivan, selon le recensement, les Tatars azerbaïdjanais représentaient également la plus grande part des nobles héréditaires – 44,13 %, contre 15,17 % parmi les Arméniens [218, XX].

Le patrimoine culturel et historique albanien du Karabakh fut également presque entièrement détruit et arménisé, surtout après l’abolition de l’Église albanaise au début du XIXᵉ siècle. Le processus d’arménisation de la population chrétienne turcique du Karabakh, que l’on commença à appeler « arménienne », est cité par l’historien Kh. Khalili sur la base de sources russes [280, 29-31].

L’autocratie menait un double jeu : d’un côté, elle aidait de toutes les manières l’Église d’Etchmiadzine à s’imposer sur les temples et les fidèles albaniens ; de l’autre, elle donnait à ces derniers l’espoir de conserver l’indépendance de leur Église. Par exemple, dès 1802, durant la lutte entre les catholicos David et Daniel pour le trône d’Etchmiadzine, un avis fut diffusé à l’ensemble de la communauté chrétienne des khanats azerbaïdjanais. Il y était notamment affirmé que les fidèles albanais continueraient à dépendre de leur catholicos et de leur Église albanienne jusqu’à l’installation sur le trône d’Etchmiadzine du protégé de la Russie, le catholicos Daniel. Il était précisé qu’après l’accession de Daniel au siège d’Etchmiadzine, il lui appartiendrait de décider de maintenir ou non cette situation concernant les droits de l’Église albanienne :

« 532. Avis aux meliks, ketkhoudas, moines, prêtres et habitants, grands et petits, des khamsats du Karabakh, de Chemakha, de Noukha, de Bakou et de Derbent. » [20, 272]

L’écrivain arménien Raffi écrivait au XIXᵉ siècle à propos des chrétiens du Karabakh : « Ce peuple était habitué à vivre indépendamment d’Etchmiadzine, à avoir sa propre administration spirituelle, telle qu’elle fut pendant des siècles le catholicosat d’Aghvank. » [244, 74-75]

Fin de la quatrième partie

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