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MÉLENCHON, L'AVENTURIER DE LA GAUCHE PERDUE

22 Décembre 2021 17:29 (UTC+01:00)
MÉLENCHON, L'AVENTURIER DE LA GAUCHE PERDUE
MÉLENCHON, L'AVENTURIER DE LA GAUCHE PERDUE

La Gazette / Marie-Mathilde LAURENT

Face à la multitude de candidats de gauche, celle de Jean-Luc Mélenchon semble, pour l’heure, la mieux placée pour prétendre à la victoire lors du scrutin présidentiel français en 2022.

Incapable de s'unir derrière une candidature unique, la gauche risque à nouveau de se présenter en ordre dispersé dans la bataille, la majorité des candidats refusant même d’organiser une primaire pour choisir « le » candidat de la gauche.

Mélenchon fait partie de ceux qui refusent cette sélection par les militants de gauche, estimant qu’il est bien trop tard pour entreprendre une telle organisation à quelques mois des élections, rejetant ainsi les récents appels de deux autres candidats, Anne Hidalgo, actuelle maire de Paris, et Arnaud Montebourg, ancien ministre sous François Hollande.

Mélenchon, d’hier à aujourd’hui

Jean-Luc Mélenchon est bien connu des électeurs français. L’expérimenté politicien de l’extrême-gauche, âgé aujourd’hui de 70 ans, longtemps membre du Parti Socialiste (PS), a finalement choisi de tracer sa propre voix en quittant le PS en 2008 pour créer son propre mouvement politique, le Parti de Gauche.

En ralliant le Parti communiste français (PCF) à sa cause, il fonde la coalition « Front de Gauche » qui le fera élire député européen en 2009 puis à nouveau en 2014.

C’est sous cette étiquette que Mélenchon se lancera pour la première fois, en 2011, à la course à la présidentielle. Il enregistrera un score honorable, le plaçant 4ème au 1er tour avec 11% des suffrages, au printemps 2012.

En 2016, il crée son nouveau mouvement « la France Insoumise » (LFI).

À la présidentielle de 2017, Mélenchon réalise un impressionnant score pour un candidat de la gauche de la gauche : toujours 4ème au premier tour mais cette fois avec 19,58% des votes !

Il est élu député à l’Assemblée nationale lors du scrutin législatif de la même année.

Une des rares personnalités politiques à dénoncer le climat antimusulman dominant

Alors que le mouvement majoritaire dans la classe politique française consiste à stigmatiser les Musulman, accuser l’islam » et à dénoncer la « trop forte pression migratoire », Jean-Luc Mélenchon demeure l’une des rares personnalités majeures de la scène politique française à dénoncer ce climat.

Le 22 novembre dernier, le chef de LFI déclarait être « excédé de voir comment sont traités les musulmans dans notre pays sur toutes les tribunes».

Le 23 septembre, lors de son débat télévisé face au le candidat d’extrême-droite Eric Zemmour, sur BFM TV, Jean-Luc Mélenchon déclarait : « M. Zemmour, vous ne chasserez pas les musulmans, vous ne les obligerez pas à choisir entre l'islam et la France ».

Le 12 novembre, Mélenchon avait notamment dénoncé le dévoiement de la « laïcité » pour cibler les musulmans : « Il y a en France une haine des musulmans déguisée en laïcité ».

Le leader de la France Insoumise avait été interrogé sur son rapport à laïcité et sa participation, très critiquée à l'époque, à la "marche contre l'islamophobie" de novembre 2019. Le candidat à la présidentielle estime qu'en France, certains « deviennent fous quand ils voient des musulmans ou quand ils voient une mosquée ».

« Je parle de haine des musulmans, parce que c'est bien de cela dont il est question. Il y a dans ce pays, fabriquée, alimentée par tout un courant d'idées, une haine des musulmans déguisée en laïcité. La laïcité, ce n'est pas la haine d'une religion. L'État laïc, ce n'est pas un athéisme d'État », avait-il défendu.

Par cette approche, Mélenchon va à contre-sens de la majorité des politiciens et médias dominants en France.

Un soutien très controversé au YPG/PKK en Syrie

Sur la scène internationale, Jean-Luc Mélenchon adopte une posture pas toujours cohérente avec sa ligne de politique intérieure, notamment pour ses prises de position en faveur des groupes terroristes affiliés au PKK en Syrie, le YPG, le PYD et leurs diverses branches, en particulier quand il s’agit de critiquer les interventions turques contre ces groupes en Syrie.

Comme beaucoup de politiciens en France et en Europe, Mélenchon s’efforce d’alimenter la confusion entre les Kurdes et les groupes armés terroristes tels que le PKK/YPG/PYD, dont les politiques d'épuration ethnique et politique ainsi que le recrutement forcé d'enfants soldats a été dénoncé à maintes reprises par des ONG telles que Human Rights Watch et Amnesty International.

Mélenchon ira-t-il en Arménie, passage obligatoire pour tout candidat en France ?

Il ne s’agit pas là de la seule question internationale sur laquelle le candidat de La France Insoumise prend ouvertement position, sans se soucier du droit international par exemple.

Comme la grande majorité des politiciens français, Mélenchon a affiché un soutien clair et appuyé à l’Arménie lors de la guerre qui a permis à l’Azerbaïdjan de reprendre ses territoires occupés de manière illégale pendant près de 30 ans par les militaires et colons arméniens, dans le Karabagh et les régions avoisinantes.

En plein conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, en novembre 2020, Mélenchon avait partagé sur Twitter un message prônant « la paix », tout en reprenant un article dont le contenu affiche très ouvertement une prise de position pro-arménienne, sans tenir compte de l’occupation illégale des territoires azerbaïdjanais par l’Arménie, ni des six résolutions du Conseil de Sécurité de l'ONU et de l'Assemblée générale des Nations Unies, ni de la reconnaissance officielle par la République Française de « l'inviolaibité des frontières» et de la souveraineté azerbaïdjanaise sur ces territores jusqu'à lors occupés par l'Arménie.

À rappeler aussi que Mélenchon était l’un des signataires de la proposition de loi en 1999 visant à reconnaître ce qui est présenté comme « le génocide des Arméniens de 1915 ».

Quelle chance pour Mélenchon, que disent les sondages ?

Fort des 19,58% des voix recueillis au premier tour du scrutin présidentiel de 2017, Jean-Luc Mélenchon affirme être le mieux placé pour représenter la gauche à la présidentielle de 2022.

Que disent alors les sondages dans cette campagne largement marquée par les discours d’extrême-droite ?

Selon la dernière enquête d'opinion réalisée pour BFM/L’Express, le candidat de LFI,, obtiendrait 11% des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle prochaine, se plaçant à la 5ème place derrière Emmanuel Macron (26%), Valérie Pécresse (17%), Marine Le Pen (16%), et Eric Zemmour (13%).

D'après cette enquête d'opinion, Mélenchon est bien « le mieux placé » à gauche.

L’écologiste Yannick Jadot perd 2 points, à 5 %. La socialiste Anne Hidalgo reste à 3 %, et Arnaud Montebourg à 2 %.

En moyenne, selon les sondages, Mélenchon est crédité de 10 à 11% des intentions de vote au premier tour.

Mais dans ce contexte politico-médiatique concentré sur les questions d’identité française, d'islam et de migrants, Mélenchon saura-t-il faire entendre sa voix ? Rien n’est moins sûr.

D’autant plus que si la gauche se présente en ordre dispersé comme c’est le cas pour le moment, et qu’aucun candidat ne renonce à la course à l’Élysée, le candidat de La France Insoumise peinera à retrouver son score de 2017.

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