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Gouba et Krasnaya Sloboda, le face à face de la tolérance

Voyage 5 Mai 2020 18:03 (UTC+04:00) 884
Gouba et Krasnaya Sloboda, le face à face de la tolérance
Gouba et Krasnaya Sloboda, le face à face de la tolérance

Bakou, 5 mai 2020 (par Nazrin Mammadova, correspondante de lagazette.fr)

À quelque 170 km de Bakou, dans les contreforts du Grand Caucase, la petite ville de Gouba se perche à 600 m d’altitude, surplombant la rivière Goudyalchay. Lui faisant face, sur l’autre rive, la bourgade de Qirmizi Qasaba, plus connue sous le nom de Krasnaya Sloboda (Colonie Rouge), est le centre névralgique culturel et religieux des Juifs des montagnes…

Gouba, sous ses airs de petite ville de province "à la russe"

Le toponyme Gouba (Quba) connaît différentes versions quant à son origine. Les Arabes, par exemple, l’associent à la première mosquée construite par le prophète Mahomet près de la Mecque, la mosquée "Gubba", ou bien comme dérivé de "gubbe" signifiant "coupole", ou encore comme issu du nom de la forteresse Bab-Firuz Goubad. Les scientifiques, quant à eux, réfutent l’étymologie arabe de Gouba et en attribuent l’origine à l’ancienne tribu turque du même nom.

Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, Gouba n’était qu’un petit village, connu sous le nom de Gudyal. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle, sous les auspices du Hussein Ali Khan, que la ville de Gouba a pris de l’importance, succédant à celle de Khudat en tant que capitale du petit, mais ambitieux, khanat de Gouba. Fatali Khan, le plus célèbre dirigeant du khanat Gouba, a tenté de créer un "État azerbaïdjanais unifié" en annexant les khanats voisins. Cependant, en 1806, le khanat fut occupé par la Russie tsariste, et cédé par la Perse à l’Empire russe en 1813 (Traité de Gulistan).

De son passé, sous ses airs de petite ville de province "à la russe", Gouba a conservé quelques monuments intéressants. Comme la très pittoresque et singulière mosquée Djuma, érigée en 1802, en briques rouges, octogonale avec un dôme en zinc. Ou la mosquée Sakina-Khanum (XIXe siècle) construite par la veuve d’A. Bakikhanov (écrivain, philosophe et scientifique) pour perpétuer la mémoire de son défunt époux. Cylindre à facette, recouvert d’une vaste coupole et dépourvu de minaret, cette mosquée aurait été construite sans ciment, mais avec une mixture à base d’œufs de poule utilisée comme liant… Ou encore la mosquée Ardabil, qui présente la particularité d’être une ancienne église et sans oublier les bains, le Hammam Chukhur (XVIIIe siècle), une bâtisse de forme traditionnelle (nid-d’abeilles) en briques rouge et couronnée d’un vaste dôme. Pour la petite histoire, Alexandre Dumas s’y est lavé pendant son séjour à Gouba !

C’est au musée Bakikhanov (musée d’Histoire de la ville), installé dans la résidence de l’écrivain, que l’on peut découvrir d’autres trésors… Comme ceux de l’artisanat local, et plus particulièrement le tissage de tapis, qui a fait la réputation des lieux. Certains spécimens de "Gimil" ou encore de "Sirt Chichi" y sont fièrement exposés.

En 2007, lors de la construction du nouveau stade de Gouba, une fosse commune a été mise au jour, datant du génocide commis par les Arméniens en 1918. Un mémorial a été érigé sur les lieux du charnier...

En flânant dans la ville, au détour du Parc Nizami, le pont piéton (ouvrage d’art en briques de terre cuite datant de 1910) enjambe la Goudyalchay pour couvrir les quelques 275 m qui séparent Gouba de Krasnaya-Sloboda…

Krasnaya Sloboda, la "Jérusalem du Caucase"

Alors que les Juifs des montagnes étaient déjà présents dans la région de Gouba depuis le XIIIe siècle, c’est au XVIIIe siècle qu’ils ont été autorisés, par Hussein Ali Khan, à créer une communauté sans persécution. Ils ont ainsi fondé Yevreiskaya Sloboda (Colonie Juive), village à l’image de leur croyance et de leurs coutumes. Paysans, ils sont ensuite devenus artisans. La colonie a pris de l’importance et attiré d’autres Juifs du Caucase, en raison de sa tranquillité. Sous la domination soviétique, elle est rebaptisée Krasnaya Sloboda. La ville compte alors 18 000 habitants et quelque onze synagogues. Aujourd’hui, il n’en reste que sept, notamment en raison de la décroissance de la population (il reste moins de 4 000 habitants), certains ayant rejoint Israël ou les États-Unis au lendemain de l’indépendance de 1991.

Cependant, aujourd’hui encore, Krasnaya Sloboda (Qirmizi Qasaba en azerbaïdjanais) est considérée comme la "capitale" des Juifs des montagnes. Avec ses maisons cossues, souvent à étage et aux toitures ferblantées et ciselées en rives. Aux abords du vieux pont, la grande synagogue (Kusari) est une bâtisse imposante, en brique avec de très hautes fenêtres cintrées et six dômes ferblantés. La plus ancienne (Gilah) est, quant à elle, une petite construction en bois avec de petites tours octogonales. Mais aussi, entre autres synagogues plus récentes, celle d’Hilaki. Et il est également intéressant de faire un tour du côté du cimetière juif, dont les imposantes tombes réservent des surprises…

Le district de Gouba, un écrin de verdure

Le district de Gouba est l’une des zones agricoles les plus développées d’Azerbaïdjan. Cultures maraîchères, fruitières et vignobles y sont légion, notamment les vergers de pommiers connus au-delà des frontières. Par ailleurs, la riche flore environnante, offre une large palette de plantes médicinales qui ont permis de développer l’herboristerie.

De plus, la région de Gouba est célèbre pour ses paysages naturels exceptionnels.

Des coins pittoresques de la nature tels que Balbulag ou les gorges de Tengialty (d’une profondeur de 400 à 600 m) sont particulièrement appréciés des touristes. Tout comme la célèbre cascade Afurdja (75 m, la plus haute d’Azerbaïdjan), zone aujourd’hui protégée.…

Venir à Gouba et Krasnaya Sloboda :

De la gare routière internationale de Bakou de nombreuses liaisons quotidiennes sont disponibles. Il faut compter 3h00 pour couvrir les quelque 170 km qui séparent Gouba de la capitale, pour un tarif de l’ordre de 3 EUR.

La course Bakou-Gouba en taxi, coûte de 60 à 75 EUR.

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