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20 JANVIER : UN MASSACRE QUI CONDUISIT À L'INDÉPENDANCE

20 Janvier 2022 15:00 (UTC+01:00)
20 JANVIER : UN MASSACRE QUI CONDUISIT À L'INDÉPENDANCE
20 JANVIER : UN MASSACRE QUI CONDUISIT À L'INDÉPENDANCE

Par Shahla Aghalarova
AZERTAC

La Perestroïka lancée par M. Gorbatchev afin de réformer et adapter le régime soviétique s‘est caractérisée par une politique d’ouverture et notamment d’écoute sur les questions ethniques, longtemps appelées la question des Nationalités. Dans le sillage de cette annonce des revendications se font jour et des désordres parfois violents se déclarent ici et là, notamment en Asie Centrale à la fin des années quatre-vingt et surtout dans le Caucase.

A partir de la fin 1987, les autorités arméniennes entamaient une politique systématique d’expulsion des importantes minorités azerbaïdjanaises de leur territoire avec l’assentiment tacite du pouvoir central à Moscou et couvert par une prudente discrétion. Mais une sourde émotion grandissait inévitablement du côté azerbaïdjanais, contraint par les autorités d’assister, impuissants, aux mauvais traitements infligés à leurs compatriotes. Parallèlement dans la région du Haut-Karabagh, en Azerbaïdjan, la majorité arménienne fait entendre sa volonté de faire sécession de Bakou. Le Soviet Suprême de l’Urss le refuse en mars 1988. Le radicalisme habituel du Parti arménien Dachnak trouve à s’exprimer, d’un côté, et un « Comité Karabagh » se forme pour porter les exigences indépendantistes du côté arménien. L’afflux de populations déportées d’Arménie conduit en retour à la formation d’un parti politique influent qui centralise les différentes attentes et porte tous les mécontentements. Les positions se raidissent donc et Moscou décide d’imposer une administration directe dans le Haut-Karabagh. Un parti-pris pro-arménien apparait en filigrane dans les actions ou les tergiversations du pouvoir central soviétique à Moscou tandis qu’une politique d’échange de populations se met maladroitement en place sans l’avis des populations concernées.

C’est dans ce contexte d’échauffement extrême que le pouvoir soviétique décidera d’envoyer des forces armées pour semer l’effroi à Bakou et tenter d’étouffer les voies indépendantistes qui se font de plus en plus sonores dans la capitale de l’Azerbaïdjan. Une brutalité aveugle et démesurée viendra s’abattre sur la population civile, innocente de tout crime autre que de celui d’espérer faire entendre sa voix face aux injustices qui ont frappé et humilié ses compatriotes en Arménie et dans le Haut-Karabagh (Azerbaïdjan) à majorité arménienne. Avec le recul, on comprend que l‘objectif aura été de frapper de stupeur la population et d’intimider ses responsables politiques de tous bords. Le sang a coulé sous les balles des forces du ministère de l’Intérieur moscovite, beaucoup de sang de civils désarmés, éperdus, courant en tous sens dans une ville soudainement plongée dans l’obscurité.

Les 19 et 20 janvier 1990, des colonnes de véhicules blindés des forces de l’ordre soviétiques investissaient la ville de Bakou et commençaient à tirer à l’aveugle sur tout ce qui bouge, courre ou reste immobile. Une sorte de grande fête barbare s’engage dans les rues de la ville et se conclut par un véritable massacre de populations civiles, un carnage insensé, une politique délibérée de choc et d’effroi. Mais la recherche de cette stupeur traumatique si recherchée, paralysante et incapacitante, n’aura pas l’effet escompté par les spécialistes de la guerre psychologique de Moscou. Deux jours plus tard, un appel à protester réunira la plus importante manifestation jamais vue à Bakou, dépassant le million de citoyens sur place devant le palais du gouvernement, face à la mer Caspienne.

La répression inouïe exercée contre l’Azerbaïdjan, à l’inverse de celle accomplie par l’Armée Rouge à Budapest en 1956, aura été un fait fondateur, soudant la population en lui ayant fait prendre une conscience aigüe de sa communauté de destin. La farce du factice patriotisme soviétique laissait soudainement place à un fort sentiment d’unité nationale azerbaïdjanais, par lequel en un instant il avait renoué les liens avec un passé immémorial, vivant et vibrant dans l’âme de chaque Azerbaïdjanais. Soixante-dix ans de pouvoir soviétique, précédés de plus de cent ans de domination russe se liquéfiaient en quelques heures. Le gigantesque sacrifice de sang aura été comme le choc électrique qui ramène le patient à la vie.

Les victimes du 20 janvier 1990 font l’objet, depuis, de cérémonies annuelles d’hommage à ceux qui sont tombés pour la Nation, dans la fameuse Allée des Martyrs à Bakou, où ils sont honorés comme de justes héros morts sur le seuil de l’Indépendance retrouvée.

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