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LE SÉNAT EN FRANCE S’INQUIÈTE DE LA MAINMISE DES MÉDIAS FRANÇAIS PAR UNE MINORITÉ

20 Janvier 2022 16:32 (UTC+01:00)
LE SÉNAT EN FRANCE S’INQUIÈTE DE LA MAINMISE DES MÉDIAS FRANÇAIS PAR UNE MINORITÉ
LE SÉNAT EN FRANCE S’INQUIÈTE DE LA MAINMISE DES MÉDIAS FRANÇAIS PAR UNE MINORITÉ

Le Sénat doit rendre en mars prochain un rapport sur les conséquences économiques et démocratiques de la concentration des médias français dans les mains d’une poignée oligarques. Leur mainmise sur la plupart des médias en France suscite des inquiétudes. A compter de cette semaine, plusieurs grands industriels seront convoqués au Sénat. Celui-ci doit rendre fin mars son rapport pour faire la lumière sur les conséquences économiques et démocratiques d’une telle concentration.

Jamais une minorité d’homme d’affaires français n’a concentré autant de médias entre ses mains. Certes, la concentration des médias n’est pas un phénomène nouveau, ni l’apanage d’un homme. Par le passé, le groupe Hersant, ancien propriétaire du Figaro, a contrôlé 40 % de la presse papier en France. Cependant, « Jamais dans l’histoire de l’Hexagone une poignée de milliardaires n’a eu une emprise aussi forte sur les chaînes de télévision, radio, journaux et magazines et, ce en pleine campagne présidentielle », note Alexis Lévrier, historien des médias et maître de conférences à l’université de Reims, auprès de l’AFP. Ce qui est nouveau, c’est l’hyper-concentration des médias français entre les mains de quelques milliardaires, Vincent Bolloré, mais aussi Bernard Arnault, Patrick Drahi, Xavier Niel [actionnaire du Monde à titre individuel], Daniel Kretinsky [actionnaire indirect du Monde], et des groupes financiers comme le Crédit mutuel.

Aujourd’hui, un seul et même groupe (Vivendi), piloté par un seul et même industriel (Vincent Bolloré), contrôle de nombreuses chaînes de télévision (Canal+, CNews, C8, CStar, Planète+, Télétoon+, Infosport+, etc.), une radio (Europe 1), des journaux (Le Journal du dimanche, Paris Match), un éditeur de jeux vidéo (Gameloft), une plate-forme de vidéos (Dailymotion), des salles de spectacle (CanalOlympia), des maisons d’édition (Editis et, potentiellement, Hachette) ainsi que Prisma, le premier groupe français de presse magazine (Capital, Femme actuelle, Geo, Ça m’intéresse, Télé-Loisirs, Voici, etc.). et C’est également sur sa chaîne d’information CNews, que Eric Zemmour, polémiste d’extrême-droite, a pris son envol pour devenir candidat à la présidentielle.

Le Sénat compte donc auditionner l’ensemble de ces grands patrons français. Vincent Bolloré sera auditionné aujourd’hui mercredi 19 janvier. Bernard Arnault, PDG de LVMH à la tête des quotidiens Les Echos, Le Parisien et de Radio Classique sera quant à lui auditionné jeudi, Patrick Drahi, patron du groupe de télécoms Altice (BFMTV, RMC) le 2 février et Martin Bouygues (dont le groupe de télévisions TF1 projette de fusionner avec M6), le 9 février.

Reste à savoir ce que celui ou celle qui remportera l’élection présidentielle en avril fera du rapport du Sénat. Beaucoup jugent obsolète la loi de 1986 relative à la liberté de communication. Les enjeux sont notamment ceux d'une homogénéisation (on parle parfois de pensée unique) et d'une perte du pluralisme de l'information (qui implique d'apporter un éventail de points de vue et que personne ne détienne trop d'influence ouverte ou cachée). Des enjeux proches sont ceux de la transparence de l'information, ou encore son indépendance par rapport à la politique, à l'industrie, à la publicité ou à certains lobbys.

Dans une tribune du Monde publiée à la mi-décembre, plus de 250 journalistes et professionnels des médias, dont Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières, appelaient les candidats à la présidentielle à prendre des engagements pour s’opposer au « fléau » de l’hyper-concentration dans les médias.

Ils réclamaient une « réforme en profondeur » de la loi de 1986, assortie de la création d’un « statut juridique » spécifique pour les rédactions et d’un « délit de trafic d’influence en matière de presse » pour « limiter tout interventionnisme des actionnaires » et « garantir la participation active des rédactions à la gouvernance de leurs médias ».

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