DES DÉPUTÉS EUROPÉENS CONTESTENT LA LIGNE DU PARLEMENT EUROPÉEN VIS-À-VIS DE L’AZERBAÏDJAN

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22 Mai 2026 10:51
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DES DÉPUTÉS EUROPÉENS CONTESTENT LA LIGNE DU PARLEMENT EUROPÉEN VIS-À-VIS DE L’AZERBAÏDJAN

Lors d’une session plénière tenue à Strasbourg, la décision du Parlement azerbaïdjanais de suspendre sa coopération avec le Parlement européen et de se retirer du programme Euronest a été évoquée dans le débat. Plusieurs députés ont appelé Bakou à reconsidérer cette décision, tout en soulignant l’importance stratégique de l’Azerbaïdjan dans le dialogue régional, notamment dans les domaines de la stratégie de la mer Noire, de la connectivité des transports, de l’énergie et des infrastructures numériques.

Le président de la délégation du Parlement européen à Euronest, Sergey Lagodinsky, a insisté sur la nécessité de maintenir l’Azerbaïdjan dans les formats de coopération régionale du Partenariat oriental, estimant que sa participation reste essentielle aux discussions sur les grands projets régionaux.

Des critiques internes sur la politique de l’UE

Plusieurs députés ont toutefois estimé que les tensions actuelles résultaient également des choix politiques de l’Union européenne et du Parlement lui-même.

L’eurodéputé Christian Terhes (groupe des Conservateurs et réformistes européens) a adopté l’une des positions les plus critiques. Selon lui, la résolution adoptée par le Parlement sur l’Arménie aurait été utilisée comme un outil de pression contre Bakou, une approche qu’il juge « inutile, irrationnelle et contre-productive ».

Il a également souligné que l’Arménie et l’Azerbaïdjan sont aujourd’hui engagés dans un processus de rapprochement et de négociation d’un accord de paix, estimant que les tensions institutionnelles européennes allaient à contre-courant de cette dynamique.

Critiquant plus largement la politique extérieure de l’UE, il a dénoncé un excès de « moralisme » et d’approche idéologique, qu’il considère comme nuisibles à l’efficacité diplomatique européenne. Il a également mis en garde contre un risque d’isolement de l’Union européenne dans plusieurs régions, dont le Caucase du Sud.

Selon lui, l’Azerbaïdjan joue un rôle clé pour la sécurité énergétique de l’Europe et les infrastructures de transport, notamment dans le contexte de la diversification des sources d’approvisionnement en gaz.

La députée Angelina Fure (groupe Patriots for Europe) a également estimé que la crise avec Bakou reflète un échec stratégique de l’Union européenne dans la région. Elle a affirmé que le retrait de l’Azerbaïdjan d’Euronest constitue une réponse politique directe aux choix européens, évoquant un effet de « sanction stratégique ».

Elle a reproché à l’UE de vouloir maintenir simultanément des relations énergétiques avec Bakou tout en exerçant une pression politique croissante, estimant que cette double approche a affaibli la crédibilité européenne.

Des accusations de perte d’influence européenne

Plusieurs interventions ont souligné un déplacement des équilibres géopolitiques au détriment de l’Union européenne. Certains députés ont évoqué des initiatives de nouveaux corridors économiques en Eurasie, considérant que l’UE risque d’être marginalisée dans ces recompositions stratégiques.

Dans ce contexte, la députée a appelé l’UE à abandonner une posture jugée trop normative au profit d’une approche plus pragmatique des relations internationales.

Le député Thierry Mariani a pour sa part souligné que le Caucase du Sud se trouve dans une phase historique de rapprochement entre Bakou et Erevan, après des décennies de conflit. Selon lui, les initiatives européennes risquent de perturber ce processus, qui doit rester régional et fondé sur la négociation directe entre les parties.

Enfin, le député Thomas Froehlich a lié les tensions avec l’Azerbaïdjan à un affaiblissement plus général de la politique étrangère de l’Union européenne, estimant que celle-ci se trouve progressivement marginalisée sur la scène internationale.

Il a également averti que toute détérioration supplémentaire des relations avec Bakou pourrait avoir des conséquences sur la sécurité énergétique européenne, dans un contexte de dépendance accrue aux importations de gaz diversifiées.

Un débat sur la stratégie européenne

Au terme des échanges, plusieurs intervenants ont remis en question l’efficacité globale de la stratégie européenne dans le Caucase du Sud, s’interrogeant sur la capacité de l’Union à maintenir son influence dans une région en pleine recomposition géopolitique, alors même que des négociations de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie semblent progresser.