LE "WUF13" A BAKOU SERA L'OCCASION DE BATIR UN CONSENSUS POLITIQUE AUTOUR DU "NOUVEL AGENDA URBAIN"

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16 Mai 2026 14:09
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LE "WUF13" A BAKOU SERA L'OCCASION DE BATIR UN CONSENSUS POLITIQUE AUTOUR DU "NOUVEL AGENDA URBAIN"

La 13e session du Forum urbain mondial (WUF13), qui se tiendra à Bakou du 17 au 22 mai, constituera une étape clé pour construire le consensus politique nécessaire à la poursuite du Nouvel Agenda urbain, a déclaré la directrice exécutive d’ONU-Habitat, Ana-claudia Rossbach, dans un entretien accordé à Trend en marge du Sommet de l’ITF à Leipzig.

« Les ministres se réunissent et un résumé de leurs discussions sera élaboré. Nous espérons qu’il alimentera les débats politiques à New York. Les différentes parties prenantes seront également réunies, et un appel à l’action lancé depuis Bakou devrait lui aussi nourrir ces discussions », a-t-elle indiqué.

Ana-claudia Rossbach a présenté le prochain Forum urbain mondial de Bakou comme une étape politique décisive avant l’examen à mi-parcours du Nouvel Agenda urbain prévu en juillet au siège des Nations unies à New York. Elle a souligné que les co-facilitateurs de ce processus d’évaluation feraient le déplacement à Bakou, signe de l’importance croissante de cette rencontre dans le calendrier mondial des politiques urbaines.

« Le président de l’Assemblée générale a désigné la Pologne et la Norvège comme co-facilitateurs - ils seront avec nous à Bakou. Je pense également que les contributions des ministres seront largement prises en compte dans cette réflexion sur les priorités des dix prochaines années : que devons-nous faire au cours de cette prochaine décennie ? », a-t-elle expliqué.

Elle a rappelé que le Nouvel Agenda urbain, qui célèbre aujourd’hui son dixième anniversaire, dispose encore de dix années de mise en œuvre, et que Bakou représentera un moment charnière pour consolider l’élan politique nécessaire à sa poursuite.

« Nous devons construire un consensus et une coalition forte afin de relever les défis du Nouvel Agenda urbain pour les dix prochaines années. C’est précisément le rôle de cette conférence », a-t-elle insisté.

Concernant l’Azerbaïdjan, Rossbach a confirmé qu’ONU-Habitat travaillait déjà activement avec le pays. Une équipe et un bureau installés à Bakou accompagnent le gouvernement dans ses projets d’urbanisme, notamment dans le cadre de la reconstruction à grande échelle des territoires récupérés.

« Nous avons une équipe, un bureau à Bakou, et nous collaborons avec le gouvernement pour accompagner la planification urbaine et cette transformation des villes. Il existe d’ailleurs des exemples intéressants à Bakou même, notamment le projet de transformation urbaine du quartier de la Ville Blanche », a-t-elle révélé.

Rossbach a également expliqué le format particulier du Forum urbain mondial. Conçu par l’Assemblée générale comme un mécanisme de concertation avec les parties prenantes, l’événement est devenu la deuxième plus grande conférence du système onusien, avec quelque 400 manifestations organisées par des partenaires.

« C’est un espace où les acteurs viennent apporter leur contribution à notre travail et à notre agenda. La majorité des événements sont pilotés par des partenaires. Toutes les discussions porteront sur des pratiques concrètes : partage d’expériences, formations, renforcement des capacités, expositions… Tout tourne autour du logement », a-t-elle déclaré.

Selon elle, le choix du logement comme thème central n’a rien d’anodin. Le nouveau plan stratégique d’ONU-Habitat pour la période 2026-2029 repose sur le constat d’une crise mondiale du logement, qui touche à la fois l’accès au logement et au foncier, les services de base et la transformation des quartiers informels. Ce plan a été approuvé par 105 États membres.

« Les villes sont en première ligne face à une multitude de défis. L’Afrique et l’Asie du Sud-Est continuent de s’urbaniser à un rythme extrêmement rapide. Deux milliards de personnes rejoignent des villes qui manquent encore cruellement d’infrastructures. »

Interrogée sur sa présence à un sommet consacré aux transports, Rossbach a défendu l’idée que mobilité urbaine et logement sont des systèmes indissociables, et qu’un manque de coordination dans leur planification entraîne des dysfonctionnements majeurs.

« Les transports et la mobilité urbaine font intrinsèquement partie de cette problématique. Parfois, les transports se développent avant le logement, parfois c’est l’inverse - et cela ne fonctionne pas. Nous ne pouvons pas espérer une mobilité durable sans une planification adéquate », a-t-elle ajouté.

Elle a réservé une attention particulière aux quartiers informels, où vivent près d’un milliard de personnes dans le monde, jugeant leur persistance « inacceptable » alors même que les solutions techniques pour les réhabiliter existent déjà.

« Il est inacceptable qu’avec les connaissances dont nous disposons pour améliorer les bidonvilles et les intégrer à la ville, nous continuions à voir des conditions de vie extrêmement précaires à travers le monde. Nous considérons cela comme une urgence dans le cadre de la crise mondiale du logement », a déclaré Rossbach.

Elle a également établi un lien direct entre habitat informel et vulnérabilité climatique, soulignant que les habitants de ces quartiers sont les premiers touchés par les catastrophes liées au climat, tout en étant souvent absents des politiques urbaines - parfois même des cartes officielles.

« Ils sont généralement exclus des projections et des visions urbaines, notamment parce qu’ils ne sont même pas cartographiés dans de nombreux cas. Des efforts considérables sont donc nécessaires sur ce front également », a-t-elle souligné.

À propos des transports informels - évoqués par un participant citant l’exemple de villes comme Manille - Rossbach a observé une tendance croissante, notamment en Amérique latine, à la reconnaissance institutionnelle de solutions de mobilité développées localement par les communautés.

« Il existe de nombreux exemples de villes ou de communautés ayant créé leurs propres moyens de transport, ensuite reconnus par les maires comme relevant de politiques publiques. On voit émerger une tendance consistant à élaborer des politiques, des plans directeurs et des stratégies de transport qui s’appuient sur les systèmes existants, en reliant les transports informels aux réseaux formels », a-t-elle expliqué.

Concernant l’étalement urbain, elle a désigné le logement comme principal moteur du phénomène : hausse des prix du foncier repoussant le logement social vers les périphéries, auto-construction dans les zones périurbaines, résidences fermées fragmentant le tissu urbain. Elle a plaidé pour une évolution culturelle en faveur de la densification.

« Si l’on observe l’étalement urbain, le logement en est en réalité la principale cause. Le Nouvel Agenda urbain prône des villes compactes, et de nombreuses villes ainsi que plusieurs pays intègrent désormais la densification dans leurs politiques urbaines nationales - à travers des modèles orientés vers les transports, comme dans l’État du Massachusetts, au Japon ou dans certaines villes d’Amérique latine. C’est un défi, car cela exige aussi une acceptation culturelle : nous devons intensifier et maximiser la réutilisation de l’environnement bâti », a-t-elle souligné.

Elle a conclu en présentant la crise du logement comme une crise mondiale de l’accessibilité financière, appelant à des stratégies nationales globales, adaptées à toutes les catégories de population.

« Il s’agit avant tout d’une crise de l’accessibilité financière, et les pays développent différentes stratégies pour y répondre. Les stratégies nationales ne peuvent pas être universelles, car les ressources sont limitées, mais elles doivent au moins être globales et conçues pour tous les segments de la société », a conclu Rossbach.