PACHINIAN DE NOUVEAU AU SEUIL DU »MAÎTRE » : UN APPEL À POUTINE APRÈS LA FROIDEUR DE EKATERINBOURG

Analyses
29 Juillet 2026 09:52
38
PACHINIAN DE NOUVEAU AU SEUIL DU »MAÎTRE » : UN APPEL À POUTINE APRÈS LA FROIDEUR DE EKATERINBOURG

Le 27 juillet, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a pris l'initiative de téléphoner au président russe Vladimir Poutine. Le sujet de leur entretien était à la fois concret et révélateur : les restrictions imposées aux exportations de produits arméniens vers le marché russe. Pachinian s'est plaint que ces mesures étaient contraires au cadre juridique bilatéral ainsi qu'aux règles de l'Union économique eurasiatique (UEEA), demandant à Moscou de « prendre des mesures » afin de résoudre cette situation.

Les deux dirigeants ont également évoqué la perspective d'un éventuel référendum sur l'adhésion de l'Arménie à l'Union européenne. Selon le Kremlin, Vladimir Poutine a insisté sur la nécessité d'organiser rapidement une telle consultation populaire afin que l'Arménie clarifie son choix : rejoindre l'Union européenne ou rester au sein de l'UEEA. Nikol Pachinian a, comme à son habitude, éludé la question en rappelant qu'un référendum ne pourrait être organisé qu'après le dépôt d'une demande officielle d'adhésion auprès de Bruxelles.

Au début du mois de juillet, Nikol Pachinian avait déjà tenté de « prendre le pouls » de ses relations avec Moscou à Ekaterinbourg. Il s'agissait de son premier déplacement en Russie après les élections législatives, à l'occasion du salon industriel Innoprom, où il avait rencontré le Premier ministre russe Mikhaïl Michoustine. Selon des sources arméniennes, les discussions avaient été « ouvertes et amicales ». En revanche, au vu des appréciations russes et des développements ultérieurs, l'entretien s'est déroulé dans un climat nettement plus tendu.

Mikhaïl Michoustine aurait clairement indiqué que Moscou attendait du nouveau gouvernement arménien des actes concrets plutôt que de nouvelles déclarations sur le « développement des relations » bilatérales. Les résultats seraient, selon lui, sans équivoque : non seulement les restrictions imposées par le service phytosanitaire russe (Rosselkhoznadzor) n'ont pas été levées, mais elles ont été élargies. Depuis le 27 juillet, les produits laitiers arméniens figurent également parmi les produits concernés, alors qu'ils constituaient l'un des rares secteurs encore relativement compétitifs de l'économie arménienne. Les fleurs, les fruits, les légumes, l'eau minérale Jermuk, les boissons alcoolisées et les produits de la pisciculture faisaient déjà l'objet de restrictions.

Trois semaines plus tard, Pachinian a donc choisi d'appeler directement le Kremlin. Ni Bruxelles, ni Washington, ni Paris, mais Moscou. Cette décision s'explique par le fait que le marché russe demeure essentiel pour l'économie arménienne, tandis que le soutien européen se serait révélé davantage symbolique que capable de remplacer les débouchés économiques offerts par la Russie.

Depuis plusieurs années, l'Arménie cherche à afficher une politique étrangère multidirectionnelle. Il évoque les annonces d'un « nouveau chapitre » dans les relations avec l'Union européenne, les promesses de référendum, ainsi que les déclarations sur la « souveraineté » et la « diversification » des partenariats. Dans les faits, Erevan continuerait à critiquer ouvertement Moscou, à bénéficier de soutiens financiers et politiques occidentaux, puis à se tourner vers la Russie dès que surgissent des difficultés économiques concrètes.

Malgré ses déclarations en faveur des réformes et de la démocratie, l'Union européenne n'a pas ouvert de débouchés significatifs aux producteurs arméniens. Les entreprises et les agriculteurs du pays seraient, selon lui, incapables de rivaliser avec leurs homologues européens. En revanche, le marché russe resterait proche, familier et encore largement accessible. C'est, toujours selon cette analyse, la véritable raison de l'appel de Pachinian à Vladimir Poutine : non pas un regain d'attachement à l'UEEA, mais l'absence d'alternative crédible.

Vladimir Poutine n'a pas cherché à afficher une attitude particulièrement chaleureuse lors de cette conversation et qu'il n'a une nouvelle fois pas félicité Nikol Pachinian pour sa reconduction au poste de Premier ministre. Le président russe a posé la question de manière directe, invitant Erevan à clarifier définitivement son orientation stratégique. Moscou paraît déterminée à poursuivre une politique de pression économique.

La situation de l'Arménie apparaît aujourd'hui presque paradoxale. Après avoir perdu une grande partie de ses anciennes illusions géopolitiques, le pays ne parviendrait toujours pas à déterminer clairement son principal partenaire. L'Occident offrirait un soutien politique et des aides financières limitées, tandis que Pachinian tenterait de concilier des orientations incompatibles. À chaque fois que sont en jeu les investissements, les emplois ou les exportations, les promesses européennes se révéleraient insuffisantes.

L'appel téléphonique adressé au Kremlin ne constitue pas une simple démarche diplomatique, mais un aveu : celui que le « vecteur européen » n'est pas encore en mesure de remplacer la Russie. Il conclut en affirmant que, quels que soient les efforts déployés pour rebaptiser ce « maître » en simple « partenaire », Erevan demeure contraint de s'adresser à Moscou lorsque les difficultés économiques deviennent trop importantes.

L'Arménie continue ainsi de payer le prix de son incapacité chronique à définir une orientation stratégique claire. Et, à en juger par le ton de ce dernier échange entre les deux dirigeants, Moscou serait désormais décidé à augmenter progressivement le coût de cette indécision.

Par Maksoud Salimov