DES IMAGES SATELLITES AUX ACCUSATIONS DE « GÉNOCIDE CULTUREL » AU KARABAGH : DOSSIER EXTENSIF DES AGENCES DE CARTOGRAPHIE SATELLITAIRE ET DE LEURS DONATEURS

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16 Septembre 2026 14:16
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DES IMAGES SATELLITES AUX ACCUSATIONS DE « GÉNOCIDE CULTUREL » AU KARABAGH : DOSSIER EXTENSIF DES AGENCES DE CARTOGRAPHIE SATELLITAIRE ET DE LEURS DONATEURS

« Destruction systématique du patrimoine chrétien arménien » au Karabagh, « effacement des traces arméniennes », « nettoyage culturel », et même « génocide culturel »…

Ces dernières années, ces expressions ont été largement relayées dans un vaste espace informationnel allant des médias arméniens aux grandes publications américaines et européennes, des organisations religieuses aux plateformes de défense juridique, puis de celles-ci aux documents et aux environnements informationnels des institutions internationales.

À première vue, on pourrait penser que des universitaires, des journalistes, des juristes et des organisations religieuses établis dans différents pays et travaillant indépendamment les uns des autres sont parvenus séparément à des conclusions similaires.

Cependant, lorsqu’on remonte la piste disponible dans les sources ouvertes, une image plus complexe apparaît.

Les noms des mêmes organisations reviennent régulièrement. Les mêmes dispositifs de surveillance satellitaire deviennent la principale source de différents rapports. Les mêmes organisations d’archives et d’expertise coopèrent avec les projets de surveillance. Certaines organisations de la diaspora arménienne financent cette infrastructure. L’information passe ensuite dans les médias arméniens, puis de ceux-ci dans les médias internationaux. À l’étape suivante, des organisations de défense juridique et religieuse transmettent ces documents aux mécanismes de l’ONU et aux institutions politiques américaines.

Ainsi, après avoir franchi plusieurs étapes, une image satellite peut cesser d’être simplement une information sur l’état physique d’une structure particulière et devenir une accusation politique grave concernant la politique de l’État azerbaïdjanais.

L’objectif de cette enquête n’est pas de rendre un verdict sur le sort d’un monument particulier au Karabagh.

La question centrale est différente :

Comment le récit selon lequel l’Azerbaïdjan « détruit le patrimoine culturel arménien » est-il produit dans l’espace informationnel international, qui le finance, quelles structures le diffusent et à quel moment l’information technique initiale se transforme-t-elle en accusation de « génocide culturel » ?

Les sources ouvertes permettent de retracer des éléments importants de cette chaîne.

Première étape : les satellites

L’un des noms qui apparaît le plus fréquemment au début de cette piste est Caucasus Heritage Watch, ou CHW.

Ce projet, affilié aux universités américaines de Cornell et Purdue, surveille les sites du patrimoine culturel au Karabagh et dans d’autres régions de la zone au moyen d’images satellites et de sources ouvertes.

Les cartes, comparaisons satellitaires et rapports produits par CHW sont ensuite présentés dans différents articles de presse comme relevant d’une « surveillance universitaire indépendante ».

Ce statut est particulièrement important.

Une organisation politique affirmant que « l’Azerbaïdjan détruit le patrimoine arménien » n’a pas le même poids auprès d’un public international qu’une image satellite présentée par un projet de surveillance universitaire affilié à des universités américaines.

Dans le second cas, l’affirmation acquiert une légitimité académique.

Mais s’arrêter à ce stade ne permet de voir que la moitié du tableau.

Il faut également examiner le réseau de partenaires et de donateurs que CHW rend public.

CHW n’est pas seul

Les activités de CHW ne sont pas soutenues uniquement par des universités américaines.

Les informations disponibles publiquement montrent que le projet coopère avec Monument Watch, Research on Armenian Architecture (RAA) et l’Institut d’archéologie et d’ethnographie d’Arménie.

L’importance de cette coopération apparaît lorsqu’on examine la manière dont l’information est produite.

Une image satellite ne montre qu’une évolution physique.

Par exemple, un bâtiment peut être présent à une certaine date et avoir disparu ou avoir été modifié à une autre.

Mais déterminer le caractère historique de cette structure, la rattacher à une tradition religieuse ou culturelle particulière, établir son état antérieur et interpréter ses inscriptions et ses archives nécessite d’autres sources d’information.

C’est là qu’interviennent des organisations telles que Monument Watch et RAA.

RAA est l’une des principales organisations arméniennes consacrées au patrimoine et fournit des photographies historiques, des données architecturales, des inscriptions et des inventaires.

Monument Watch, de son côté, ne se contente pas de décrire l’état physique des sites. Ses documents utilisent également une terminologie à caractère politique, comme « appropriation », « azerbaïdjanisation » et « élimination de la visibilité ».

Ainsi, la première transformation importante de la chaîne informationnelle se produit :

imagerie satellite → identification historique → interprétation politique.

Il est important de distinguer ces trois étapes.

Une image satellite est une donnée technique. En revanche, « azerbaïdjanisation » n’est pas quelque chose qu’un satellite peut observer. Il s’agit d’une interprétation attribuée aux faits sous-jacents par leur auteur.

Qui finance ce système ?

L’une des pistes d’enquête les plus importantes concerne le financement.

CHW ne dissimule pas ses donateurs.

Sa liste de donateurs rendue publique comprend l’Armenian General Benevolent Union (AGBU), l’Aragats Foundation, l’université Cornell, l’université Purdue, la Zaruhy Sara Chitjian Foundation et l’USC Institute of Armenian Studies.

L’AGBU se distingue particulièrement.

L’AGBU est l’une des organisations les plus importantes et les plus influentes de la diaspora arménienne internationale.

Le lien ici n’est pas hypothétique.

CHW cite l’AGBU parmi ses donateurs, tandis que les propres rapports de l’AGBU documentent son soutien à des activités liées à la surveillance du patrimoine culturel.

La relation avec l’Aragats Foundation est encore plus concrète.

Les informations de CHW indiquent que des dons peuvent être acheminés par l’intermédiaire de cette fondation.

L’USC Institute of Armenian Studies est également identifié par CHW comme l’un de ses financeurs.

Un fait important apparaît donc :

des institutions de la diaspora arménienne et des institutions consacrées aux études arméniennes participent à l’écosystème financier de la surveillance satellitaire qui est ensuite utilisé dans les médias internationaux et les institutions politiques dans le cadre d’accusations visant l’Azerbaïdjan.

Ce seul fait ne prouve pas que toutes les conclusions de CHW sont erronées.

De même, une relation avec un donateur ne prouve pas automatiquement que celui-ci contrôle les conclusions éditoriales ou universitaires.

Cependant, lorsqu’un travail portant sur un conflit politiquement sensible est évalué, il est nécessaire de prendre en considération qui finance la recherche, quels partenaires fournissent les informations historiques initiales et dans quel environnement institutionnel les interprétations sont élaborées.

Cela devient particulièrement pertinent lorsque ces rapports sont ensuite utilisés contre l’Azerbaïdjan dans des contextes juridiques et politiques internationaux.

La métamorphose d’une information

Examinons maintenant comment l’information peut se transformer dans la pratique.

Le matériel diffusé en septembre 2026 concernant un cimetière à Choucha fournit un exemple utile.

La chaîne commence avec le StoryMap de CHW et des données satellitaires.

L’information passe ensuite dans les médias arméniens :

  • NEWS.am

  • Panorama

  • PAN.am

Des représentants d’organisations de défense interviennent ensuite dans le débat.

Dans les déclarations de personnalités telles que Hovik Avanesov, présenté comme « médiateur du patrimoine culturel de l’Artsakh », la description technique initiale est exprimée dans des termes politiques de plus en plus graves.

Puis viennent :

  • ArmInfo

  • la couverture en langue russe de Panorama

  • Armenia Today RU

  • Dialogorg

À mesure que l’information passe d’une plateforme à l’autre, la terminologie évolue également.

D’abord, « destruction ».

Puis, « vandalisme ».

Ensuite, « effacement des traces arméniennes ».

Et enfin, dans certaines déclarations d’organisations de défense, « génocide culturel ».

Il s’agit de l’une des principales conclusions de cette enquête journalistique.

L’imagerie satellite peut montrer qu’un site particulier a été physiquement modifié ou a disparu.

Mais l’imagerie satellite ne peut pas déterminer un « génocide ».

Elle ne peut pas lire les intentions politiques.

Elle ne peut pas déterminer la raison juridique d’une démolition.

Elle ne peut pas expliquer l’état structurel d’un bâtiment.

Elle ne peut pas trancher un différend concernant l’appartenance historique d’un monument.

Par conséquent, passer du fait que « le site n’existe plus » à la conclusion que « l’Azerbaïdjan efface systématiquement les traces arméniennes » nécessite une couche d’interprétation supplémentaire.

Ce sont précisément les acteurs qui produisent cette interprétation qu’il convient d’examiner.

Les médias arméniens : le premier relais d’amplification

La première étape par laquelle les informations produites par des plateformes telles que CHW et Monument Watch atteignent un large public est constituée par les médias arméniens.

Des plateformes telles que NEWS.am, Panorama.am, PAN.am et ArmInfo diffusent rapidement les résultats de la surveillance et les déclarations des représentants d’organisations de défense.

À ce stade, l’information initiale est transformée en contenu journalistique.

Des plateformes régionales en langue russe reprennent ensuite ces articles.

Après plusieurs cycles de circulation, un lecteur qui n’a jamais consulté la source originale peut avoir l’impression que de nombreux sites ont indépendamment « confirmé » le même fait.

Pourtant, dans les enquêtes OSINT, ce qui importe n’est pas seulement le nombre de sources, mais leur généalogie.

Si dix sites s’appuient sur le même rapport original, cela ne constitue pas dix confirmations indépendantes.

Il peut simplement s’agir d’une seule information répétée dix fois.

Puis les médias occidentaux entrent en scène

À l’étape suivante, l’information franchit les frontières de l’espace informationnel arménien et régional russophone.

  • Le Monde

  • Deutschlandfunk

  • The Art Newspaper

  • The Guardian

  • Hyperallergic

  • Christianity Today

  • National Catholic Register

  • EWTN

Il serait inexact de traiter toutes ces publications de la même manière.

Certaines utilisent les documents de CHW, certaines présentent également la position de l’Azerbaïdjan, et d’autres effectuent leurs propres vérifications.

Par exemple, après l’apparition en 2026 de rapports concernant la démolition d’églises à Khankendi, RFE/RL a effectué sa propre vérification à partir d’images satellites distinctes.

Dans ce cas, il serait factuellement inexact de présenter RFE/RL simplement comme un relais de sources arméniennes.

D’autres exemples montrent toutefois que les liens financiers et de défense au sein de l’écosystème informationnel peuvent s’étendre jusqu’à la couverture médiatique.

De l’AGBU à une enquête médiatique

En 2021, la publication internationale basée au Royaume-Uni The Art Newspaper a publié une enquête spéciale approfondie sur le patrimoine arménien au Nakhitchevan.

Le reportage s’appuyait sur les recherches de Simon Maghakyan, sur des images satellites, sur des chercheurs de CHW et sur l’expertise de RAA.

Le détail le plus intéressant apparaissait dans la déclaration accompagnant l’article :

l’enquête avait bénéficié d’une subvention de l’AGBU.

Le nom de l’AGBU apparaît donc une nouvelle fois au sein du même écosystème.

D’un côté, l’AGBU figure parmi les donateurs de CHW.

De l’autre, une enquête journalistique précise a bénéficié d’une subvention de l’AGBU.

Cela ne signifie pas que The Art Newspaper est contrôlé par l’AGBU.

Mais, au niveau de cet article particulier, le lien financier n’est plus hypothétique : il est documenté.

Les lecteurs devraient en tenir compte lorsqu’ils évaluent le contenu.

Qui organise les voyages des journalistes ?

Un autre élément notable est apparu en mai 2026.

La publication catholique américaine National Catholic Register a publié un long reportage sur la démolition d’une église arménienne à Khankendi.

L’article réunissait des responsables de l’Église arménienne, des informations de CHW/Monument Watch et la réaction du Parlement européen.

Mais une importante mention éditoriale apparaissait à la fin de l’article.

Son auteure, Solène Tadié, avait participé, du 20 au 26 septembre 2025, à une délégation de médias en Arménie organisée par Save Armenia.

Autrement dit, une organisation de défense avait participé à la mise en place de l’environnement dans lequel la journaliste avait eu accès à des informations concernant l’Arménie.

Là encore, cela ne signifie pas que l’ensemble du travail de la journaliste est inexact.

Au contraire, le fait que National Catholic Register ait indiqué ce voyage constitue un exemple de transparence éditoriale.

Mais cela soulève une question importante pour une enquête journalistique :

Qui donne aux journalistes internationaux l’accès aux informations, qui organise leurs voyages, qui les met en relation avec des experts et qui contribue à façonner l’agenda à travers lequel les publics internationaux construisent leur perception du patrimoine chrétien au Karabagh ?

Du « patrimoine arménien » au « patrimoine chrétien »

L’une des transformations les plus efficaces du récit pour un public international consiste à passer d’un cadre ethnique à un cadre religieux.

L’affirmation selon laquelle « un monument arménien a été détruit » est perçue dans le contexte d’un conflit régional.

En revanche, le message selon lequel « le patrimoine chrétien est menacé dans un Azerbaïdjan à majorité musulmane » peut mobiliser des publics complètement différents.

C’est ici qu’interviennent le Saint-Siège d’Etchmiadzin, l’Armenian Bar Association, Save Armenian Monuments et d’autres organisations.

Les documents publiés par l’Armenian Bar Association montrent que, dans des communications internationales concernant le patrimoine religieux et culturel arménien, l’organisation a coopéré avec le Saint-Siège, la Society for Armenian Studies, la NAASR, RAA, Save Armenian Monuments et d’autres acteurs.

Ainsi, une information qui commence comme une surveillance académique acquiert une légitimité religieuse et juridique.

Le récit entre ensuite dans les médias catholiques et évangéliques :

  • National Catholic Register

  • EWTN

  • Christianity Today

Le public n’est plus limité à la diaspora arménienne ou aux spécialistes du Caucase du Sud.

La question peut désormais être présentée à des millions de chrétiens sous l’angle d’un « patrimoine chrétien menacé ».

Étape suivante : Washington

L’étape la plus importante de la chaîne informationnelle n’est pas constituée par les médias.

Ce sont les institutions politiques.

Les documents de CHW ont pénétré l’environnement informationnel de la US Commission on International Religious Freedom (USCIRF).

Un représentant de CHW a apporté un témoignage d’expert devant l’USCIRF.

Ainsi, une information qui avait commencé par une image satellite devient un élément utilisé lors d’une audition d’experts devant une institution fédérale américaine.

Son statut change.

Un rapport en ligne devient un élément d’expertise présenté à des responsables politiques.

L’ONU et la défense juridique

Une autre branche de la chaîne passe par le domaine juridique.

L’Armenian Bar Association, avec le Saint-Siège et d’autres partenaires, a soumis des communications aux rapporteurs spéciaux de l’ONU concernant le patrimoine culturel et religieux arménien.

Il existe également des informations publiques indiquant que les documents de CHW ont été utilisés dans l’environnement informationnel et probatoire entourant les procédures judiciaires internationales entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

Les contours de la chaîne deviennent donc plus clairs :

soutien financier de la diaspora et du monde universitaire

surveillance satellitaire

documents d’archives et interprétation par des organisations arméniennes du patrimoine

médias arméniens

médias internationaux

défense religieuse et juridique

environnement informationnel des institutions américaines et de l’ONU

Une précision importante est nécessaire ici : les sources ouvertes ne prouvent pas que tous ces acteurs sont contrôlés depuis un centre unique.

Mais prétendre qu’ils fonctionnent totalement indépendamment les uns des autres reviendrait également à ignorer les partenariats, relations avec les donateurs et références croisées qui sont documentés.

À tout le moins, il existe un véritable écosystème dans lequel différents acteurs se complètent et permettent à une même information de traverser plusieurs niveaux institutionnels.

Que s’est-il passé au Karabagh pendant 30 ans ?

Au milieu de tout ce flux d’informations, l’une des principales objections de l’Azerbaïdjan porte sur une autre question :

Pourquoi l’histoire du patrimoine culturel du Karabagh commence-t-elle en 2020 ?

Les dommages infligés au patrimoine culturel et religieux azerbaïdjanais à Aghdam, Fuzuli, Jabrayil, Zangilan, Gubadli et dans d’autres districts pendant les près de trente années où les territoires azerbaïdjanais sont restés sous occupation arménienne constituent depuis longtemps une question soulevée par Bakou auprès des organisations internationales.

  • Mosquées

  • Cimetières

  • Musées

  • Maisons historiques

  • Bibliothèques

  • Institutions culturelles

Selon les données officielles de l’Azerbaïdjan, des centaines de sites historiques et religieux, des centaines de cimetières et de nombreuses institutions culturelles ont été détruits ou pillés.

Le paysage urbain dévasté d’Aghdam est devenu l’un des symboles les plus visibles de cette destruction.

L’état de la mosquée Juma d’Aghdam pendant l’occupation figure également parmi les principaux exemples présentés par l’Azerbaïdjan au public international.

Pourtant, une asymétrie apparaît souvent dans le discours international sur le patrimoine :

les dommages causés au patrimoine azerbaïdjanais sont décrits comme une « conséquence de la guerre », tandis que chaque modification physique concernant le patrimoine arménien est plus facilement présentée comme une « politique systématique », un « effacement » ou un « génocide culturel ».

Cette différence de traitement constitue l’un des principaux défis auxquels est confrontée la politique informationnelle de l’Azerbaïdjan.

Toute église du Karabagh est-elle automatiquement un monument arménien ?

Un autre front majeur de la lutte informationnelle concerne le patrimoine de l’Albanie du Caucase.

Sur les plateformes arméniennes, l’identification par l’Azerbaïdjan de certains monuments chrétiens du Karabagh comme relevant du patrimoine de l’Albanie du Caucase est décrite comme une « azerbaïdjanisation » et une « appropriation ».

L’Azerbaïdjan soutient l’inverse.

Selon la position de Bakou, présenter l’ensemble du patrimoine chrétien du Karabagh et du Zanguezour oriental comme un patrimoine arménien revient à effacer l’histoire plus ancienne de l’Albanie du Caucase dans la région.

Ce différend est particulièrement aigu concernant l’appartenance historique de complexes tels que Gandzasar et Dadivank.

Un problème méthodologique fondamental apparaît ici.

Si l’origine d’un monument fait elle-même l’objet d’un débat historiographique, présenter automatiquement la position d’un camp comme un « fait scientifique » tout en qualifiant à l’avance la position de l’Azerbaïdjan d’« appropriation culturelle » ne peut être considéré comme une surveillance neutre.

La solution n’est pas une déclaration politique.

Elle réside dans une expertise multidisciplinaire indépendante impliquant l’analyse paléographique des inscriptions, les données archéologiques, les sources primaires, les inventaires de l’époque soviétique et des chercheurs issus de différents pays.

Ce que les satellites peuvent - et ne peuvent pas - montrer

À la fin de cette enquête, il faut à nouveau souligner la distinction la plus importante.

L’imagerie satellite constitue une forme de preuve puissante.

Elle peut montrer si un bâtiment existe.

Elle peut montrer si une zone a été modifiée.

Elle peut montrer qu’une structure a été démolie au cours d’un intervalle temporel donné.

Mais une image satellite ne peut pas montrer l’intention humaine.

Un satellite ne voit pas la « haine ethnique ».

Un satellite ne détermine pas un « génocide culturel ».

Un satellite ne tranche pas les controverses historiques.

Il s’agit d’interprétations ensuite attribuées aux images par des personnes et des institutions.

Les publics internationaux doivent donc distinguer clairement deux catégories différentes :

ce qui s’est produit et la manière dont ce qui s’est produit est interprété.

Dans l’écosystème informationnel actuel, cette frontière semble parfois devenir floue.

De multiples « confirmations » provenant de la même source

Le mécanisme le plus important révélé par cette enquête concerne non pas le nombre de sources, mais leur origine.

CHW produit une information.

Monument Watch l’interprète.

Les médias arméniens la rapportent.

Un autre média cite cet article.

Un représentant d’une organisation de défense publie une déclaration.

Un site russophone rapporte cette déclaration.

Des médias internationaux utilisent les documents antérieurs comme sources.

Une organisation juridique soumet les articles de presse et les documents de CHW à une institution internationale.

Après un certain temps, l’image satellite originale peut sembler être devenue un récit international « confirmé » par de nombreuses sources.

Mais lorsque la généalogie de ces sources est examinée, un nombre important d’entre elles peut finalement remonter à la même base informationnelle initiale.

L’un des principes fondamentaux de l’OSINT est précisément celui-ci :

cinq citations ne signifient pas toujours cinq sources indépendantes.

Il existe un réseau - mais il faut le décrire avec précision

Les informations rassemblées démontrent plusieurs points avec une certaine clarté.

Il existe des liens documentés en matière d’information et de recherche entre CHW, Monument Watch et RAA.

L’AGBU, l’Aragats Foundation, l’USC Institute of Armenian Studies, Cornell, Purdue et d’autres organisations ont rendu publiques des relations financières ou institutionnelles avec CHW.

Il existe des exemples documentés de coopération internationale en matière de défense entre l’Armenian Bar Association, le Saint-Siège, RAA, Save Armenian Monuments et d’autres organisations.

Les sources ouvertes permettent également de suivre les informations de CHW depuis les médias arméniens vers les médias occidentaux, les plateformes religieuses et l’environnement informationnel d’institutions telles que l’USCIRF.

Cependant, les éléments disponibles ne prouvent pas que tous ces acteurs participent à une opération secrète unique contrôlée depuis un seul centre.

Une telle affirmation affaiblirait l’enquête elle-même.

Ce qui peut être démontré est plus précis et, en même temps, plus significatif :

un écosystème international à plusieurs niveaux s’est développé autour de la question du patrimoine arménien au Karabagh, réunissant des acteurs liés par des relations institutionnelles, financières, expertes et informationnelles.

Différents acteurs remplissent différentes fonctions au sein de cet écosystème.

L’un fournit le financement.

Un autre analyse les images satellites.

Un autre fournit les documents historiques.

Un autre les interprète.

Un autre les transforme en informations journalistiques.

Un autre les transmet au public religieux.

Un autre les intègre dans des documents juridiques.

Un autre les présente aux institutions internationales.

Même si aucun maillon ne contrôle l’ensemble du processus, le résultat final est un système capable de faire circuler le même récit à l’échelle mondiale.

Le principal défi pour l’Azerbaïdjan

La réponse de l’Azerbaïdjan ne peut pas simplement consister à rejeter tout cela comme de la « propagande arménienne ».

Une telle réponse est insuffisante pour un public international.

Si l’autre camp présente des images satellites, l’Azerbaïdjan devrait présenter des données satellitaires plus précises.

Si des photographies historiques sont produites, Bakou devrait mettre sur la table les documents d’archives.

Si l’origine d’un monument est contestée, la réponse ne devrait pas être une déclaration politique, mais une expertise scientifique internationale associant paléographes, archéologues, architectes et historiens.

Si la destruction du patrimoine azerbaïdjanais pendant l’occupation est évoquée, chaque site devrait être transformé en dossier numérique individuel comprenant ses coordonnées, des images satellites avant/après, les inventaires soviétiques, des photographies et des preuves vidéo.

Surtout, l’Azerbaïdjan ne devrait pas rester un acteur qui ne réagit qu’après qu’une accusation a déjà émergé.

L’avantage principal du réseau étudié dans cette enquête réside précisément dans le fait que l’information est d’abord produite, puis interprétée, ensuite présentée sous une forme accessible aux médias et enfin transmise aux institutions internationales.

Il ne s’agit pas d’un modèle de communication réactif.

Il est systématique.

La principale phase de la confrontation militaro-politique autour du Karabagh est terminée.

Mais une autre lutte se poursuit.

Cette fois, le différend ne porte pas sur le territoire.

Il porte sur l’histoire.

Il porte sur ceux qui ont le pouvoir de définir l’identité des monuments.

Il porte sur les noms sous lesquels le monde connaîtra ces monuments.

Il porte sur les destructions qui seront décrites comme une « conséquence de la guerre » et celles qui seront qualifiées de « génocide culturel ».

Et, en définitive, il porte sur les sources à partir desquelles les générations futures apprendront l’histoire du Karabagh.

En suivant la piste des sources ouvertes, cette enquête montre que le camp arménien et diverses structures liées à la diaspora ont, au fil des années, développé une infrastructure durable pour cette lutte informationnelle - allant de la surveillance universitaire aux médias, du financement à la défense religieuse, et des soumissions juridiques aux institutions internationales.

La réponse de l’Azerbaïdjan ne peut pas se limiter à qualifier cette infrastructure de « propagande ».

La réponse la plus efficace réside dans les preuves elles-mêmes - des preuves qui peuvent être vérifiées, cartographiées, observées par satellite, comparées aux documents d’archives et défendues devant des experts internationaux.

Car le prochain grand affrontement autour du Karabagh ne porte pas sur la question de savoir à qui appartient le territoire sur une carte.

Cette question est résolue.

La lutte porte désormais sur l’information à laquelle le monde se fiera pour lire l’histoire du Karabagh.

News.Az

Par Faig Mahmudov