LES IMPUISSANTS POLITIQUES SUR LES TROTTOIRS D’EREVAN: L'OPPOSITION DESEMPAREE

Analyses
29 Juin 2026 10:03
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LES IMPUISSANTS POLITIQUES SUR LES TROTTOIRS D’EREVAN:  L'OPPOSITION DESEMPAREE

Il s’agit, bien entendu, du rassemblement organisé par l’opposition arménienne devant le siège de la Cour constitutionnelle. C’est là qu’était examinée une requête demandant l’annulation des résultats des élections législatives du 7 juin. Les « revanchards » battus tentaient ainsi de réécrire une réalité déjà entérinée. Cette tentative s’est finalement transformée en véritable épreuve.

Rappelons quelques chiffres, têtus par nature. Le parti au pouvoir, "Contrat civique", dirigé par Nikol Pachinian, a obtenu 49,74 % des voix. Le bloc "Arménie forte", associé à Samvel Karapetian, a recueilli 23,27 %. Le bloc "Arménie" de Robert Kotcharian a obtenu 9,92 %. Les autres formations n’ont soit pas atteint le seuil électoral, soit ont été totalement écartées du paysage parlementaire. C’est notamment le cas de "Arménie prospère", le parti de Gagik Tsaroukian, qui n’est pas parvenu à entrer au Parlement.

En apparence, l’arithmétique politique est pourtant limpide : il y a un vainqueur et des vaincus. Mais l’opposition arménienne semble avoir décidé que les chiffres relevaient davantage de l’opinion que d’une réalité objective. D’où la réaction classique dans ce type de situation : de bruyantes accusations de « fraude », de « vol des suffrages » et d’« usurpation du pouvoir ».

Le problème est que ces accusations se sont mal accordées avec les faits. Les observateurs internationaux, y compris les missions les plus reconnues, ont souligné le bon niveau d’organisation du scrutin, sa transparence et sa conformité aux standards démocratiques. En d’autres termes, la communauté internationale n’a pas vu ce que les perdants dénonçaient avec tant de véhémence.

Dans ce contexte, il ne restait à l’opposition qu’un seul véritable levier : la rue. Il convient ici de rappeler une proposition particulièrement révélatrice de Nikol Pachinian : si vous êtes convaincus de bénéficier d’un large soutien populaire, montrez-le en faisant descendre vos partisans dans la rue. Car la politique ne se résume pas aux déclarations ; elle se mesure aussi à la capacité de mobiliser.

Le jour de vérité est donc arrivé. Au centre d’Erevan se sont rassemblées… quelques centaines de personnes. Un tableau, pour le moins, modeste. Surtout si l’on tient compte du nombre de partis, de blocs et de mouvements officiellement associés à cette mobilisation. Une question s’impose alors : où sont les électeurs dont les voix auraient prétendument été « volées » ? Où sont les dizaines de milliers de mécontents dont parlaient les dirigeants de l’opposition arménienne ? Pourquoi cette rue, sur laquelle ils fondaient tant d’espoirs, est-elle restée presque vide ?

La réponse, comme souvent, saute aux yeux. Le soutien politique ne se proclame pas, il se démontre. Et lorsqu’aucune démonstration n’est possible, les déclarations ne sont plus qu’une rhétorique dépourvue de fondement réel.

Plus encore, cette faible participation aux manifestations conduit inévitablement à porter un regard différent sur les résultats électoraux eux-mêmes de l’opposition. Si elle n’est pas capable de mobiliser dans la rue ne serait-ce qu’un nombre relativement limité de sympathisants, une question se pose : sur quoi reposaient réellement ses performances électorales ?

Dans le contexte politique arménien, cette interrogation prend une résonance particulière. Les accusations d’achat de voix, de recours aux ressources administratives et d’autres méthodes « non conventionnelles » de campagne ne sont pas nouvelles. L’échec de la mobilisation de rue des « revanchards » apparaît désormais, selon cette lecture, comme un élément venant indirectement alimenter ces soupçons.

Il convient également de s’arrêter sur la qualité de l’offre politique proposée par l’opposition. Derrière les slogans dénonçant « l’injustice » et appelant à la « défense de la vérité », aucune réponse claire n’a été apportée à la question essentielle : et ensuite ? Quelle est l’alternative ? Quel programme proposent-ils à la société arménienne ? La question, au fond, est rhétorique.

En pratique, nous assistons à une tentative avortée de jouer sur les émotions, sans stratégie ni véritable soutien populaire. Et avec un tel « bagage », il ne reste qu’un seul chemin, déjà emprunté auparavant par Serge Sarkissian : un long voyage à pied, au cours duquel il sera toujours possible de se lamenter sur son sort, de vilipender Nikol Pachinian et de dénoncer ceux qui ne sont prêts à soutenir les « revanchards » qu’en échange d’une rémunération.

Par Akper Hassanov