Le 17 juin, le ministre des Affaires étrangères de la République d'Azerbaïdjan, Jeyhun Bayramov, a reçu Abraham « Abe » Hamadeh, membre de la Chambre des représentants des États-Unis, en visite officielle en Azerbaïdjan.
Au cours de l'entretien, il a été souligné que l'abrogation totale de la Section 907 du FREEDOM Support Act, qui restreint l'aide gouvernementale américaine à l'Azerbaïdjan, serait conforme à l'esprit du partenariat stratégique entre les deux pays et contribuerait au renforcement de leur coopération dans les domaines de la sécurité, de l'énergie, des transports, de l'économie et de la stabilité régionale.
Le lendemain de cette rencontre, le Comité national arménien d'Amérique (ANCA) a annoncé avec satisfaction que le représentant Frank Pallone Jr. avait déposé au Congrès un projet d'amendement visant à empêcher toute dérogation à la Section 907. Coprésident du Caucus arménien du Congrès, Pallone a présenté cet amendement au projet de loi H.R. 8800, le National Defense Authorization Act pour l'exercice budgétaire 2027. Selon l'ANCA, cette disposition empêcherait le président américain de suspendre l'application de la Section 907 tant que « l'Azerbaïdjan n'aura pas pris des mesures claires et vérifiables pour satisfaire à des conditions spécifiques ».
Que demande précisément cet amendement inspiré par la diaspora ? Il exige la libération de tous les Arméniens condamnés par la justice azerbaïdjanaise, le retrait des forces azerbaïdjanaises de la frontière, des garanties pour la protection et la préservation du « patrimoine culturel chrétien arménien » au Karabagh, entre autres exigences. Jusqu'à présent, le droit reconnu aux présidents américains d'accorder une dérogation permettait de contourner une décision adoptée par le Congrès en 1992, que l'auteur qualifie d'absurde, d'injuste et de totalement illogique. L'ANCA espère désormais obtenir l'adoption de cet amendement afin de priver le président des États-Unis de cette prérogative.
La Commission du règlement de la Chambre des représentants doit examiner cet amendement dans les prochaines semaines. La diaspora arménienne espère qu'il sera adopté. Reste à savoir si cet espoir se concrétisera. Selon l'auteur, il relève davantage de l'illusion que d'une réelle possibilité.
Rappelons que la Section 907 a été adoptée par le Congrès en 1992 sous la pression de la diaspora arménienne et interdisait à l'administration américaine d'accorder une aide gouvernementale à Bakou. Cette décision reposait sur les accusations selon lesquelles l'Azerbaïdjan imposait un « blocus » à l'Arménie. Peu familiers avec les réalités du Caucase du Sud, les membres du Congrès avaient alors voté en faveur du texte sans véritable débat. Une mesure similaire avait été adoptée à l'égard de l'Arménie, mais uniquement à titre symbolique : elle fut rapidement abrogée, avant même que l'Arménie n'en ressente les effets.
Aujourd'hui, le lobby arménien multiplie les initiatives. Selon l'auteur, la position du président Donald Trump et l'évolution des relations entre Bakou et Washington suscitent une vive inquiétude au sein de la communauté arméno-américaine, qui continue de financer des élus tels que Brad Sherman ou Frank Pallone.
En mars, Frank Pallone Jr. a lancé une nouvelle initiative controversée. À la tête d'un groupe de 46 représentants, il a adressé une lettre à la sous-commission de la Chambre chargée des crédits pour la sécurité nationale ainsi qu'au Département d'État, réclamant l'octroi de 30 millions de dollars destinés à renforcer la coopération militaire avec l'Arménie face aux prétendues « menaces venant de l'Azerbaïdjan ».
Figure de longue date du lobbying arménien au Congrès, Pallone réclame également l'attribution de 100 millions de dollars aux séparatistes installés en Arménie, l'interdiction de toute assistance militaire à l'Azerbaïdjan ainsi que des sanctions contre Bakou en vertu du Global Magnitsky Act. Les signataires de cette initiative évoquent également le projet « Trump Route » (TRIPP), qu'ils présentent comme une menace pour la souveraineté arménienne.
L'auteur souligne que le gouvernement arménien n'est pas à l'origine de cette pétition. C'est l'ANCA qui a pris sur elle de défendre les intérêts de l'Arménie, notamment depuis que le Premier ministre Nikol Pachinian a pris ses distances avec la diaspora et ses projets jugés contre-productifs.
Il convient également de rappeler qu'en septembre dernier, la Chambre des représentants avait refusé de soumettre au vote plusieurs amendements hostiles à l'Azerbaïdjan défendus par Frank Pallone Jr. et Gus Bilirakis. Le premier imposait au secrétaire à la Défense de certifier chaque année que l'Azerbaïdjan prenait des mesures significatives en faveur de la reconnaissance de la souveraineté de l'Arménie. Le second correspond précisément à celui que Pallone tente aujourd'hui de faire adopter à nouveau. En septembre, la Commission du règlement avait refusé de l'examiner ; cette fois, le représentant américain espère un résultat différent. Et, selon l'auteur, les circonstances ont effectivement évolué depuis.
En décembre dernier, la représentante républicaine Anna Paulina Luna a présenté au Congrès « l'Azerbaijan Assistance Restriction Repeal Act », un projet de loi prévoyant l'abrogation complète de la Section 907. Cette initiative a suscité une vive réaction de la diaspora arménienne et du groupe de parlementaires favorables à l'Arménie au sein du Congrès. Nombre d'analystes estimaient alors que cette proposition resterait isolée, le poids du lobby arménien étant jugé trop important.
Ces prévisions ne se sont toutefois pas vérifiées. En mars, Abraham « Abe » Hamadeh, représentant républicain de l'Arizona, s'est rallié au texte. Début avril, plusieurs autres élus républicains - Celeste Maloy, Burgess Owens et Pete Sessions - sont devenus cosignataires du projet de loi. Ils ont ensuite été rejoints par Randy Fine, membre de la Commission des affaires étrangères de la Chambre, qui a immédiatement fait l'objet d'une campagne de dénigrement de la part de la diaspora, selon l'auteur.
Le représentant Derrick Van Orden a également rejoint l'initiative. Membre de plusieurs commissions clés de la Chambre, notamment celles des forces armées, des anciens combattants et de l'agriculture, cet ancien militaire des forces spéciales est considéré comme une personnalité influente dans l'élaboration de la politique américaine de sécurité et de défense. Il est notamment connu pour son soutien au renforcement de la coopération stratégique entre les États-Unis et leurs alliés.
Selon l'auteur, l'apparition d'une initiative législative visant à abroger la Section 907 était inévitable compte tenu de la position de Donald Trump et de l'implication croissante des États-Unis dans les processus de paix au Caucase du Sud. Ce projet de loi inquiète fortement une diaspora qui voit son influence au Congrès diminuer, ainsi que les groupes de pression qui redoutent de perdre les importantes rémunérations versées par l'ANCA.
Au début du mois de juin, l'ANCA annonçait également que la Commission des affaires étrangères de la Chambre s'apprêtait à examiner un amendement soutenu par l'organisation, appelant l'administration américaine à exercer des pressions diplomatiques, économiques et juridiques sur l'Azerbaïdjan. Ce texte demande notamment l'application stricte de la Section 907 tant que les ressortissants arméniens condamnés en Azerbaïdjan ne seront pas libérés. Son auteur est le représentant démocrate de Californie Brad Sherman, vice-président du Caucus arménien du Congrès.
Pour l'auteur, cette intense activité de l'ANCA traduit une situation de plus en plus difficile. Malgré les évolutions récentes, la diaspora continuerait, selon lui, à agir comme si rien n'avait changé et comme si les revendications arméniennes conservaient la même influence à Washington. Dans le même temps, les soutiens du lobby arménien au Congrès se seraient affaiblis après la chute de Robert Menendez et les difficultés rencontrées par Adam Schiff.
L'ancien sénateur Bob Menendez a été condamné à onze ans de prison pour avoir accepté des pots-de-vin, notamment sous forme de lingots d'or, en échange de services rendus au gouvernement égyptien et à des hommes d'affaires du New Jersey. Durant dix-huit ans, il a été un soutien actif du lobby arménien.
Autre allié de longue date des causes arméniennes, le sénateur californien Adam Schiff a fait l'objet, en 2025, d'une enquête portant sur des accusations de fraude hypothécaire, accusations qu'il a contestées. Cette affaire a attiré l'attention en raison de son retentissement politique et de la place occupée par Schiff parmi les élus favorables aux positions arméniennes, notamment depuis son affrontement avec Donald Trump lors du premier mandat de ce dernier.
En conclusion, l'auteur estime que les rangs du lobby arménien au Congrès s'amenuisent progressivement et qu'il devient de plus en plus difficile pour Frank Pallone et Brad Sherman de réunir une majorité en faveur de leurs initiatives. Selon lui, les moyens financiers de la diaspora ne suffisent plus à inverser cette tendance.
Par Seymur Mammadov