LA DIPLOMATIE MACRONIENNE A L’OMBRE DU MILITAIRE

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13 Mai 2026 10:46
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LA DIPLOMATIE MACRONIENNE A L’OMBRE DU MILITAIRE

La France ne cherche même plus à afficher un quelconque équilibre. Au contraire, elle donne de plus en plus l’impression que la stabilité et la paix durable dans le Caucase du Sud l’intéressent moins que la possibilité de préserver son influence régionale à travers le soutien à une seule partie.

La récente visite du président français Emmanuel Macron à Erevan, officiellement présentée comme une nouvelle étape du « partenariat stratégique » franco-arménien, aurait mis en lumière certains aspects de cette implication controversée. Derrière les déclarations diplomatiques sur la coopération, la sécurité et le partenariat, une autre activité semblait se dérouler en parallèle : une opération à caractère militaro-logistique.

Des informations récemment diffusées par AnewZ indiquent qu’un avion militaire Airbus A330-200 des forces aérospatiales françaises (immatriculé F-UJCS) s’est rendu à Erevan le 4 mai, soit un jour avant le début officiel de la visite présidentielle française. Le lendemain, l’appareil repartait vers Paris avant d’atterrir quelques heures plus tard sur la base aérienne militaire d’Istres-Le Tubé.

Selon les auteurs de ces révélations, il ne s’agissait ni d’un vol civil ni simplement de l’accompagnement d’une délégation diplomatique. L’itinéraire correspondrait à celui d’un appareil militaire engagé dans une mission logistique.

Le 11 mai, les systèmes de suivi aérien ont également repéré un autre avion militaire français, un A400M portant l’indicatif CTM2025, se dirigeant vers le Caucase du Sud. D’après les informations disponibles, la cargaison déclarée auprès des autorités géorgiennes aurait été composée de bouteilles de gaz, de batteries au lithium et de substances chimiques.

Officiellement, il s’agissait donc d’un chargement technique ordinaire. Mais dans le contexte d’un appareil militaire et d’une chronologie jugée inhabituelle, des interrogations demeurent quant à la nature exacte de cette cargaison.

Une partie de la réponse pourrait être apparue récemment dans les rues d’Erevan. Les premiers canons automoteurs français Caesar ont été aperçus lors des répétitions du défilé prévu pour la fête de la République arménienne du 28 mai. Des images de ces équipements ont été publiées par le ministre arménien de la Défense, Suren Papikyan.

Pour rappel, le contrat portant sur la livraison de 36 systèmes d’artillerie Caesar avait été signé en juin 2024 lors du salon Eurosatory. Chaque unité est estimée à plusieurs millions d’euros. Le matériel est désormais arrivé en Arménie, mais une question demeure : à quel moment exact et par quel itinéraire ces équipements ont-ils été acheminés ?

Pour certains observateurs, la succession des événements paraît trop précise pour relever de la simple coïncidence : arrivée d’un avion militaire français à Erevan, retour vers une base militaire française, puis apparition peu après d’artillerie française dans la capitale arménienne.

Cette situation soulève également une question juridique importante. La Convention de Chicago de 1944 distingue clairement les régimes applicables aux aéronefs civils et militaires. Si une cargaison transitant par l’espace aérien de pays tiers ne correspondait pas à la déclaration officielle présentée, cela poserait des interrogations sur la transparence des procédures, la validité des autorisations obtenues et le respect des normes internationales.

À ce jour, Paris a déjà livré à l’Arménie des radars GM200, des véhicules blindés Bastion et désormais des systèmes Caesar. Ces livraisons interviennent alors que Azerbaïdjan et Arménie poursuivent un dialogue direct afin de tenter de construire une nouvelle architecture régionale sans médiation extérieure.

Selon les critiques de cette politique, la France semble ainsi privilégier la militarisation plutôt qu’un véritable processus de paix.

Si Paris souhaite réellement contribuer à la stabilité du Caucase du Sud, estiment certains analystes, il devrait peut-être cesser d’imposer sa présence dans une région qui connaît trop bien les conséquences des ingérences extérieures. Après plus de trente années de « médiation » française, le conflit n’a pas trouvé de solution durable. Aujourd’hui, alors que les parties dialoguent directement, le Caucase du Sud aurait davantage besoin de stabilité politique que de cargaisons militaires venues de Paris.

Par Ali Gassimov