AXE BAKOU–TBILISSI : UNE REVOLUTION SILENCIEUSE DU TRANSIT DANS LE CAUCASE DU SUD

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5 Avril 2026 21:27
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AXE BAKOU–TBILISSI : UNE REVOLUTION SILENCIEUSE DU TRANSIT DANS LE CAUCASE DU SUD

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, et avec force. En 2025, le transport de conteneurs via l’Azerbaïdjan a augmenté de 19 %, atteignant 135 000 EVP (équivalents vingt pieds). Le transit a progressé de 20 %, soit 66 300 EVP. Plus de 390 trains-blocs de conteneurs ont circulé sur le corridor médian reliant la Chine à l’Europe. Ce n’est pas une simple croissance - c’est une accélération.

Du côté géorgien, les résultats sont tout aussi significatifs : en 2025, le transit représentait près de 58 % du volume total du fret ferroviaire du pays. L’Azerbaïdjan s’est hissé à la première place des sources d’importations ferroviaires en Géorgie, avec 32 % au troisième trimestre - soit deux fois plus qu’au début de l’année. Le partenariat ne fonctionne pas seulement : il s’intensifie.

Derrière ces chiffres se cache un travail concret, largement passé inaperçu dans l’agenda médiatique, mais aux effets bien réels pour les expéditeurs. En octobre 2025, à Almaty, les administrations ferroviaires du Kazakhstan, de l’Azerbaïdjan et de la Géorgie ont signé un plan de numérisation du transport de marchandises. Résultat : le temps de traitement des documents pour les cargaisons en transit via la Géorgie est passé de huit à neuf heures à seulement quarante minutes - une réduction spectaculaire. En logistique, le temps équivaut à de l’argent, et cette avancée a considérablement réduit les coûts du corridor. Ce n’est pas qu’une amélioration technique : c’est un signal clair envoyé au marché - le corridor est opérationnel et performant.

Si l’on observe la chronologie récente, une tendance se dégage : Bakou et Tbilissi multiplient les négociations. En février 2026, le directeur de l’Agence géorgienne du transport maritime, Ivane Abashidze, a rencontré le consul général d’Azerbaïdjan, Fuad Azizov. Les discussions ont porté sur le transport maritime, la connectivité régionale et le rôle stratégique du corridor médian.

Dans le même temps, la Géorgie a officiellement rejoint l’Association internationale « Route de transport eurasiatique », une structure initiée par l’Azerbaïdjan avec l’Ouzbékistan, le Kirghizistan et le Tadjikistan depuis 2024. Son objectif : harmoniser les tarifs, les technologies de transport et les solutions logistiques. La Géorgie y participe désormais en tant que membre à part entière. Le 26 février, lors d’un forum d’affaires trilatéral Géorgie-Azerbaïdjan-Turquie, le ministre azerbaïdjanais de l’Économie, Mikayil Jabbarov, a évoqué non plus des intentions, mais des mécanismes concrets d’intégration approfondie.

Il serait toutefois naïf d’analyser de tout cela en vase clos : le transit est désormais au cœur des enjeux géopolitiques. Depuis 2022, les expéditeurs mondiaux cherchent activement des alternatives aux routes traditionnelles. Le corridor nord via la Russie est devenu problématique pour les entreprises occidentales. Le corridor sud via l’Iran reste inaccessible à la plupart d’entre elles en raison des sanctions, et les incertitudes actuelles renforcent cette situation.

Dans ce contexte, le corridor médian s’impose non seulement comme une alternative, mais comme la seule option pleinement fonctionnelle. Le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev l’a affirmé lors du XIIIe Forum global de Bakou en mars : « La demande pour le transport de marchandises via l’Azerbaïdjan augmente, et nous jouons un rôle de transit essentiel pour de nombreux pays, tant à l’Ouest qu’à l’Est. »

Ces déclarations s’appuient sur des données concrètes : en trois ans, le volume de fret transitant par l’Azerbaïdjan a augmenté de près de 90 %. Le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie ont pleinement pris la mesure de cette dynamique, en adoptant dès 2022 une feuille de route commune pour le développement du corridor jusqu’en 2027. Depuis, les réunions entre autorités de transport sont devenues presque aussi fréquentes que les sommets entre chefs d’État.

L’horizon est désormais clairement fixé. Le Premier ministre géorgien, Irakli Kobakhidze, a déclaré que d’ici 2030, son pays aura achevé toutes les infrastructures du corridor médian sur son territoire : autoroutes, chemins de fer et installations portuaires. « Nous sommes un petit pays, mais nous disposons d’une position stratégique que nous exploitons pleinement », a-t-il affirmé.

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev partage cette vision : selon lui, d’ici 2030, la capacité du corridor médian sera multipliée par trois par rapport à 2021, tandis que les délais de transit seront divisés par deux. Deux dirigeants, un même projet - et une même détermination.

La concurrence pour les flux de transit ne fera que s’intensifier. Dans ce contexte, l’Azerbaïdjan et la Géorgie disposent d’un avantage clé : la prévisibilité. Le corridor fonctionne, les formalités sont traitées en quarante minutes, les trains respectent les horaires, et les engagements sont tenus. Dans un monde où la logistique ressemble de plus en plus à un échiquier géopolitique, cette fiabilité a une valeur inestimable - au sens propre du terme.