Par Zaur Nurmamedov
Le débat se poursuit en Arménie après la proposition d’une adhésion du pays à une union avec la Russie, sur le modèle de l’État de l’Union. Les détracteurs estiment qu’une telle initiative pourrait fortement limiter la souveraineté nationale, tandis que d’autres soulignent que l’Arménie a récemment renforcé son indépendance et s’est engagée dans une trajectoire politique orientée vers la stabilité et une paix régionale durable.
Le média News.Az a interrogé l’activiste arménien Ishkhan Verdian à ce sujet.
— L’ancien « secrétaire du Conseil de sécurité du NKR », Vitaly Balasanian, a suggéré que l’Arménie rejoigne une union avec la Russie, autrement dit l’État de l’Union. Comment commentez-vous cette déclaration ?
— Si l’on replace les propos de Vitaly Balasanian dans un contexte plus large, celui-ci apparaît assez clair. Le premier président de l’Arménie, Levon Ter-Petrossian, le deuxième, Robert Kocharian, le troisième, Serge Sarkissian, ainsi que l’oligarque lié à la Biélorussie Gagik Tsarukian, qui dispose de son propre parti politique, et l’oligarque basé en Russie Samvel Karapetian ont tous, sous une forme ou une autre, prôné pendant des années une orientation conduisant à l’absorption de l’Arménie par la Russie. Il s’agit, en substance, d’un modèle impliquant de sérieuses limitations de la souveraineté arménienne dans le cadre d’une union d’États.
Parallèlement, ces dernières années, l’Arménie a progressivement commencé à restaurer, étape par étape, des éléments de son indépendance, en grande partie grâce à la politique menée par le Premier ministre Nikol Pashinian et son équipe.
Il est également bien connu que le « clan du Karabagh » et une partie importante de l’élite d’opposition arménienne plaident de manière constante pour le maintien d’une influence politique directe de la Russie en Arménie, ce qui reviendrait, de facto, à ramener le pays à un statut proche de celui d’un État vassal, sous contrôle. Cela a été déclaré à de nombreuses reprises, souvent de manière ouverte.
Par conséquent, la déclaration actuelle de Balasanian ne contient rien de fondamentalement nouveau - elle est simplement formulée cette fois de façon beaucoup plus directe.
Si l’on tient également compte des déclarations de la Fédération de Russie sur son intention d’utiliser activement le « soft power » et d’influencer le processus préélectoral en Arménie, on peut en tirer une conclusion simple : ces prises de position et ces actions sont probablement liées à la crainte d’une défaite des forces politiques pro-russes lors des prochaines élections législatives. C’est pourquoi des tentatives sont déjà en cours pour modifier ce scénario.
— Récemment, Anna Hakobian a déclaré qu’elle n’était plus en union civile avec le Premier ministre Nikol Pashinian. Plusieurs interprétations circulent dans les milieux d’experts. Quelle est votre lecture de la situation ?
— Beaucoup a été dit et écrit au sujet du divorce entre Nikol Pashinian et Anna Hakobian. Toutefois, la quasi-totalité des informations qui circulent à ce sujet relève très probablement de la spéculation et n’a pas de lien direct avec la réalité.
Ce qui s’est réellement passé ne peut être expliqué que par les époux eux-mêmes, s’ils souhaitent le faire. À mon sens, discuter de cette question sans informations nouvelles et fiables revient à spéculer sur une situation familiale et personnelle qui, par nature, ne devrait pas faire l’objet d’un débat public.
C’est pourquoi je ne souhaite pas alimenter les théories du complot et préfère m’abstenir de tout commentaire. Il vaut mieux attendre d’éventuels développements.
— Pashinian a déclaré que la Constitution de l’Arménie ne devrait pas contenir de références à la Déclaration d’indépendance, laquelle inclut, on le sait, des revendications territoriales à l’égard de l’Azerbaïdjan. Quelle est, selon vous, la probabilité que ces références soient supprimées ?
— À mon avis, la probabilité que la référence à la Déclaration d’indépendance soit retirée de la Constitution arménienne est proche de 100 %, à condition que Pashinian remporte les élections.
Il a été clairement indiqué aujourd’hui que la Déclaration d’indépendance de l’Arménie, adoptée en 1990, contient en réalité des dispositions qui impliquent la poursuite du conflit, tandis que Pashinian ne conçoit pas l’avenir du pays dans une logique de confrontation. Sa ligne politique repose sur un engagement en faveur de la paix, et l’ensemble de sa stratégie est construit sur l’hypothèse de l’instauration d’une paix durable dans la région.
Ainsi, s’il est réélu, on peut s’attendre à ce que les mesures susceptibles de conduire à une nouvelle guerre soient abandonnées. Dans ce contexte, la référence à la Déclaration d’indépendance sera probablement supprimée dans la nouvelle Constitution.
Par ailleurs, il n’est pas exclu que les structures dites étatiques de l’Artsakh, qui continuent aujourd’hui d’exister formellement sur le territoire arménien sans exercer de véritables fonctions étatiques, soient finalement dissoutes.
— Les préparatifs des prochaines élections législatives en Arménie battent leur plein. Quelles sont vos prévisions quant à leurs résultats ?
— Mes prévisions concernant les élections législatives restent inchangées. À mon avis, Pashinian remportera une victoire convaincante et sera en mesure d’obtenir une majorité constitutionnelle au Parlement arménien.
Aujourd’hui, Pashinian a évoqué un objectif d’environ 65 % des voix, mais il me semble qu’il fait preuve d’une certaine modestie. Je pense que le résultat final pourrait être légèrement supérieur.
Bien sûr, seul le scrutin apportera une réponse définitive. Mais une chose est d’ores et déjà claire : à l’heure actuelle, Pashinian et le parti qu’il dirige, Contrat Civil, bénéficient du soutien d’une part significative de la société arménienne. Ce soutien se traduira très probablement dans les urnes en faveur du dirigeant actuel du pays.