Elle avance prudemment, sans gestes brusques, consciente que l’ancien « grand frère » pourrait détourner son attention des bombardements en Ukraine pour se concentrer sur son avant-poste méridional. Une telle éventualité, malgré l’implication profonde de Moscou dans la campagne ukrainienne, demeure plausible.
Depuis le 1er janvier 2025, les garde-frontières russes ont commencé à quitter la frontière arméno-iranienne. Selon les médias arméniens, des patrouilles conjointes avec les troupes frontalières du Service de sécurité nationale arménien se poursuivent encore sur certains tronçons, mais le processus doit s’achever prochainement : la frontière avec l’Iran passera alors entièrement sous contrôle arménien.
Il est également apparu que l’Arménie a retiré les gardes-frontières russes du segment de la frontière d’État avec la Turquie. Les médias arméniens ont rapporté cette information en se référant au rapport 2025 sur la mise en œuvre du programme du gouvernement arménien.
Depuis le 1er mars 2025, seuls des militaires des troupes frontalières du Service de sécurité nationale d’Arménie assurent le service au poste-frontière de Margara, sur la frontière arméno-turque. Depuis le début de l’année 2026, le même dispositif est en place au poste d’Akhurik. Pour des raisons qui restent floues, les autorités n’avaient pas confirmé ces faits auparavant. Le gouvernement les a désormais officiellement reconnus. Il n’existe donc plus, en Arménie, de postes-frontières qui ne soient pas entièrement contrôlés par des gardes arméniens.
Certains experts russes et arméniens ont tenté d’établir un lien entre le retrait des gardes-frontières russes, les relations arméno-américaines et le processus de paix avec l’Azerbaïdjan. En particulier, l’accélération du transfert du contrôle des frontières à l’Arménie a été associée au mémorandum signé le 8 août à Washington et au paraphe d’un traité de paix. Le ministère arménien des Affaires étrangères a rejeté ces affirmations, soulignant que la présence des gardes-frontières russes n’est pas évoquée dans l’accord avec l’Azerbaïdjan et que la question relève exclusivement d’arrangements bilatéraux avec la partie russe. La décision de mettre fin, à partir du 1er janvier 2025, au service des gardes-frontières russes sur la frontière arméno-iranienne avait été convenue en mai 2024 à Moscou, lors d’un entretien entre le président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian.
Selon les médias russes, les gardes-frontières du FSB étaient stationnés en Arménie en vertu du traité international du 30 septembre 1992 « Sur le statut des troupes frontalières de la Fédération de Russie sur le territoire de la République d’Arménie et les conditions de leur fonctionnement ». Conformément à cet accord, quatre détachements russes étaient déployés dans le pays - à Gyumri, Armavir, Artachat et Meghri - et subordonnés à la direction frontalière du FSB. Ils assuraient la surveillance des frontières de l’Arménie avec la Turquie (330 km) et l’Iran (45 km). Au poste-frontière arménien de l’aéroport international Zvartnots d’Erevan, les gardes-frontières russes servaient conjointement avec leurs homologues arméniens.
L’Arménie assurait de manière autonome la surveillance de sa frontière avec la Géorgie (220 km), de celle avec l’Azerbaïdjan (1 000 km), ainsi que de trois points de passage aériens aux aéroports de Zvartnots, Erebouni et Gyumri.
Après l’évolution des relations entre Moscou et Erevan, les autorités arméniennes ont commencé à envisager le retrait des forces russes de leurs frontières. Avec la fin du conflit du Karabakh et les nouvelles perspectives qui s’ouvraient pour le pays, le fait qu’un État tiers contrôle les frontières d’un État souverain apparaissait de plus en plus problématique. L’Arménie avait l’opportunité de devenir un État pleinement souverain ; le processus devait commencer par la reprise en main de ses frontières.
À cet égard, l’année 2024 a marqué un tournant. À partir du 1er août, les gardes-frontières arméniens ont pris leurs fonctions à l’aéroport de Zvartnots. Erevan et Moscou se sont également accordés sur le retrait des gardes-frontières russes stationnés dans les régions d’Ararat, de Vayots Dzor, de Gegharkounik, de Syunik et de Tavouch - autrement dit le long des frontières avec l’Azerbaïdjan. Selon les médias russes, Nikol Pachinian aurait déclaré que, compte tenu de l’évolution des conditions, la présence de militaires et de gardes-frontières russes déployés en Arménie après la guerre de 2020 n’était plus nécessaire. Ces questions ont été réglées en mai 2024 lors des discussions entre Vladimir Poutine et Nikol Pachinian à Moscou.
À l’époque, le service de presse du Kremlin avait indiqué que « à la demande de la partie arménienne, les gardes-frontières russes resteraient sur certains segments des frontières de l’Arménie avec la Turquie et l’Iran ». Cette affirmation s’est toutefois révélée inexacte, les plans d’Erevan ayant évolué d’ici la fin de l’année.
Au début de 2025, les gardes-frontières russes ont quitté Karchevan, l’unique poste-frontière de la frontière arméno-iranienne. Ils se sont désormais également retirés des postes de Margara et d’Akhurik sur la frontière arméno-turque.
Le départ des gardes-frontières russes ne règle toutefois pas l’ensemble du dossier : la 102e base militaire russe demeure sur le territoire arménien. Cette question s’annonce délicate, voire insoluble pour Erevan. Moscou est peu susceptible d’observer passivement l’évolution de la situation, comme il l’a fait lors du retrait de ses gardes-frontières des postes arméniens. Nikol Pachinian en est conscient et affirme régulièrement, avec fermeté, qu’Erevan n’envisage pas de remettre en cause la présence de la 102e base militaire russe.
Récemment, lors d’une visite officielle en Pologne, le Premier ministre arménien a réitéré que l’Arménie ne prévoyait pas de renoncer à la présence de la 102e base militaire russe sur son territoire. Selon lui, l’Arménie et la Russie demeurent des partenaires liés par des relations économiques et politiques étroites ; leurs rapports traversent simplement une phase de transformation.
La Russie maintient sa présence militaire non seulement à travers la base de Gyumri, mais aussi via la base aérienne d’Erebouni. À ce stade, aucun changement n’est attendu concernant ces installations. Toutefois, à mesure que la présence occidentale - et avant tout américaine - s’étend, des évolutions pourraient devenir inévitables. Beaucoup dépendra des relations entre Moscou et Washington ainsi que de la position de l’administration américaine. À ce jour, aucune déclaration publique ni signe d’insatisfaction n’a été exprimé par l’administration actuelle quant à la présence militaire d’un État tiers en Arménie.
Il n’est cependant pas exclu qu’Erevan cherche à tirer parti de la fenêtre d’opportunité qui s’est ouverte. Tout dépendra de l’évolution des dynamiques géopolitiques en Eurasie. Si Donald Trump parvenait effectivement à mettre fin à la guerre en Ukraine, Washington pourrait s’orienter vers un rapprochement avec Moscou. Les États-Unis ont identifié la Chine comme leur principal adversaire, et une convergence d’intérêts américano-russes pourrait servir l’objectif d’isolement de Pékin. Dans ce cas, le partage des sphères d’influence se poursuivrait - sans qu’il soit clair dans quelle sphère l’Arménie se retrouverait.
Quoi qu’il en soit, la base militaire constitue un atout majeur qui, manié habilement par Erevan, pourrait, à un moment critique, se transformer en monnaie d’échange dans les négociations avec Moscou.