« C'était un vrai coup de cœur pour moi, pour le directeur artistique du festival, mais aussi pour le comité de sélection. C'était un film sur lequel on a été d'accord tout de suite. C'est un film qui nous a beaucoup touchés, beaucoup étonnés, à la fois par ce qu'il raconte, donc cette confrontation presque impossible entre un père, sous le choc traumatique d’une guerre qui l’a privé de parole et son fils, mais aussi par rapport à la forme du film qu'on a jugé vraiment maîtrisée, d'une grande capacité expressive qui promet pour moi un talent, un sur-talent pour l'avenir ».
« Je suis sûr que ce cinéaste réalisera de très beaux films en long métrage et j'ai hâte de les découvrir dans l'avenir. Ce qui est le plus marquant du film, c'est justement comme évoqué par le titre, le fait que sa construction est presque comme un huis clos, où la confrontation entre un père et un fils est empêchée, bien sûr, par l'état de santé du père, mais aussi par, pourrait-on dire, une incapacité personnelle de dialoguer. Et comment cette incapacité produit, non pas des réponses, mais plutôt un monologue intérieur, et ce monologue intérieur et extérieur du protagoniste, c'est comme aussi une manière de pouvoir se confronter au passé, aux blessures du passé, au traumatisme du passé et de pouvoir les formuler, de pouvoir les faire sortir de l'empêchement du corps du père privé de la parole et pouvoir malgré tout lui donner un moyen fort d’expression ».
« Et c'est un film aussi que j'aime beaucoup par rapport à la façon dont il raconte les conséquences de la guerre, comment elle impacte la vie des êtres et d'une famille et comment cet impact se transmet d'une génération à l'autre. Et aussi j'aime beaucoup le fait que tout en ayant la guerre comme arrière-fond très présent dans le film et constamment évoquée par le passé et par l'avenir, parce que c'est le destin du protagoniste que de devoir partir à son tour le lendemain pour rejoindre le front, comment cette guerre qui est constamment évoquée, tellement présente dans le film, ne soit jamais montrée, même pas à la télévision ou des archives. Bien sûr, c'est parce que la guerre ici, c'est une question métaphorique, on ne parle pas d'une guerre précise, on parle de la guerre en général, mais c'est aussi intéressant de saisir comment cette notion de guerre s'est insinuée dans le milieu familial ».