LA RUSSIE AIDE L'IRAN A SE REARMER FACE AUX ETATS-UNIS

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27 Février 2026 20:52
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LA RUSSIE AIDE L'IRAN A SE REARMER FACE AUX ETATS-UNIS

L’accord d’armement de 500 millions d’euros conclu entre la Russie et l’Iran ne constitue pas une simple transaction militaire de plus, noyée dans les statistiques des marchés de défense. Il s’agit d’un message stratégique — adressé non seulement à Washington, mais à l’ensemble du Moyen-Orient.

Selon le Financial Times, Téhéran a obtenu un contrat portant sur l’achat de 500 systèmes de lancement mobiles Verba et d’environ 2 500 missiles 9M336 sur les trois prochaines années. L’accord aurait été signé en décembre 2025 et gardé secret jusqu’à récemment. Des sources proches du dossier ont indiqué au journal que l’Iran avait approché Moscou dès juillet de l’année précédente - précisément au moment où les États-Unis menaient des frappes contre des installations nucléaires iraniennes.

Le calendrier, à lui seul, est révélateur.

Les dirigeants iraniens ont pris la mesure de leurs vulnérabilités. Lors de la guerre de douze jours en juin dernier, l’aviation israélienne a détruit une part significative de l’infrastructure de défense aérienne iranienne et établi sa supériorité dans les airs. L’épisode a constitué bien plus qu’un revers tactique : un choc psychologique et stratégique. Téhéran ne pouvait ignorer que des ressources militaires et nucléaires clés étaient restés exposés à des frappes aériennes de précision.

Dans ce contexte, se tourner vers la Russie pour acquérir des systèmes portables de défense aérienne relevait d’un calcul visant à combler des lacunes immédiates.

Le Verba (9K333) est un système russe de défense aérienne portable de quatrième génération, conçu pour intercepter des cibles aériennes à basse altitude. Doté de technologies avancées de contre-contre-mesures, il offre une forte résistance aux leurres et aux interférences optiques. Sa tête chercheuse améliorée lui permet de viser efficacement des menaces à faible visibilité, notamment les drones, même dans un environnement de brouillage électronique ou optique intense.

Les médias russes affirment que le Verba surpasse les générations précédentes, comme l’Igla, grâce à une sensibilité accrue et à une meilleure résistance électronique. Moscou vendrait chaque missile environ 170 000 euros et chaque lanceur 40 000 euros. Le contrat inclut également 500 dispositifs de vision nocturne Maugli-2, signe d’une volonté de renforcer les capacités tactiques en conditions de faible visibilité et lors d’opérations nocturnes.

Militairement, ces systèmes ne neutraliseront pas la supériorité aérienne américaine. Stratégiquement, toutefois, ils introduisent de la friction - et dans la guerre moderne, la friction compte.

Washington ne reste pas inactif. Le Wall Street Journal rapporte que les États-Unis ont déployé près de l’Iran leur plus importante présence militaire depuis l’invasion de l’Irak en 2003. Des chasseurs F-35 et F-22 de dernière génération sont envoyés dans la région. Un second porte-avions, doté d’avions d’attaque et de capacités de guerre électronique, fait route vers le Moyen-Orient. Des appareils de commandement et de contrôle aéroportés - essentiels à la coordination des opérations aériennes - sont déjà en position. Des systèmes de défense aérienne supplémentaires ont été installés ces dernières semaines.

Des responsables américains soulignent que, contrairement à l’opération limitée « Midnight Hammer » menée en juin contre trois installations nucléaires iraniennes, la concentration actuelle de moyens permettrait, si nécessaire, une campagne aérienne prolongée sur plusieurs semaines. Il ne s’agit plus de frappes symboliques, mais d’une capacité opérationnelle durable.

Dans cet environnement, le rôle de la Russie prend une importance particulière. Le Financial Times indique que certains systèmes Verba auraient été livrés en avance, en raison des menaces américaines. Ces dernières semaines, des avions-cargos Il-76 auraient effectué plusieurs rotations entre Mineralnye Vody et l’Iran — un processus d’accélération des transferts selon les analystes.

Les experts soulignent que les seuls systèmes Verba ne modifieront pas l’équilibre global des forces. Les États-Unis conservent des avantages écrasants en matière de furtivité, de munitions guidées de précision et de structures de commandement intégrées. Le réseau de défense aérienne iranien a été lourdement dégradé par les frappes israéliennes l’an dernier. Toutefois, dans un affrontement prolongé, l’Iran dispose encore de capacités de riposte significatives. Son arsenal balistique demeure substantiel et capable de viser des bases américaines et des alliés régionaux. Téhéran conserve également des moyens susceptibles de perturber le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, seule ouverture du golfe Persique vers les eaux internationales - une action aux conséquences immédiates sur les marchés énergétiques mondiaux. Un conflit ne serait pas sans coût.

La Russie semble se positionner comme l’unique partenaire militaro-technique crédible de l’Iran. Aucun autre État n’est prêt à défier ouvertement Washington en fournissant à Téhéran des systèmes avancés de défense aérienne. Le partenariat russo-iranien s’est approfondi précisément dans le contexte de la politique régionale américaine.

Le 17 janvier 2025, Moscou et Téhéran ont signé un accord de partenariat stratégique d’une durée de vingt ans. À la mi-février 2026, les forces navales des deux pays ont mené des exercices conjoints dans le golfe d’Oman. Les médias russes ont indiqué que ces manœuvres se déroulaient à proximité du porte-avions américain USS Abraham Lincoln, arrivé dans la région en janvier. Le symbole était clair : Téhéran montrait qu’il n’était pas isolé, tandis que Moscou affirmait demeurer un pôle géopolitique actif.

Le partenariat reste toutefois soigneusement calibré. L’accord stratégique ne comporte pas de clause de défense mutuelle. Environ un tiers de ses articles portent sur l’élargissement de la coopération militaro-technique, mais aucun n’impose une obligation contraignante d’assistance militaire directe en cas d’attaque. Le document stipule plutôt qu’aucune des parties ne doit aider un agresseur et que toutes deux contribueront aux efforts de désescalade. Un contraste marqué avec l’accord conclu entre la Russie et la Corée du Nord, qui inclut des dispositions explicites d’assistance militaire. Moscou affiche son soutien sans s’engager dans une guerre automatique. Téhéran renforce sa position sans obtenir de garanties formelles.

Si une attaque américaine de grande ampleur contre l’Iran ne se matérialise pas, la Russie pourra présenter son implication comme un facteur de stabilisation - la preuve que la dissuasion a fonctionné. Si, au contraire, la confrontation s’intensifie, Moscou conservera une marge de dénégation plausible tout en profitant d’un affaiblissement de la position américaine dans la région.

L’Iran semble, lui, évoluer selon un calcul différent. Face à une pression militaire croissante, Téhéran pourrait estimer qu’il a peu à perdre. Renforcer la défense aérienne tactique, même sans modifier la parité stratégique, complique la planification opérationnelle adverse. Les missiles russes ne vaincront pas la puissance aérienne américaine. Mais ils peuvent en accroître le coût, en élever le risque et priver Washington de la victoire rapide et facile que certains cercles politiques - y compris autour de Donald Trump - pourraient escompter. En géopolitique, empêcher une victoire aisée peut constituer un objectif stratégique en soi.

En définitive, l’issue la plus rationnelle pour toutes les parties demeure l’évitement d’une confrontation militaire. Une guerre directe entre les États-Unis et l’Iran ne resterait pas confinée à un affrontement bilatéral. Elle se répercuterait sur les marchés énergétiques, les routes commerciales maritimes et des équilibres régionaux déjà fragiles.

Les systèmes Verba ne sont que des outils tactiques. La logique qui sous-tend cet accord révèle une dynamique bien plus large : un Moyen-Orient qui se structure en blocs durcis, où la dissuasion s’intensifie et où l’espace diplomatique se rétrécit. C’est cela, bien plus qu’une livraison de missiles, qui devrait inquiéter le monde.