Le magazine américain The Diplomat a publié un article signé par Eric Rudenshold consacré à la plateforme diplomatique C5+1 et à son évolution dans le contexte géopolitique actuel. L’analyse, relayée par caliber.az, met en lumière le rôle croissant de l’Azerbaïdjan et du Caucase du Sud dans la stratégie régionale de Washington.
Une plateforme stratégique en mutation
Créée en 2015, la plateforme C5+1 — réunissant les États-Unis et les cinq républiques d’Asie Centrale (Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan et Ouzbékistan) — est passée, selon The Diplomat, d’un « expériment diplomatique » à un outil durable et flexible de la politique étrangère américaine.
Si ses premières années furent modestes, la dynamique s’est transformée à partir de 2020 : les initiatives économiques, sécuritaires et infrastructurelles se sont multipliées, donnant à la C5+1 une importance croissante dans la diplomatie américaine. L’article souligne que cette structure, autrefois périphérique, est désormais au cœur de la stratégie de Washington, comme en témoignent le sommet de New York en 2023 et celui prévu à Washington en 2025.
Le Middle Corridor: un pivot géopolitique
Le conflit en Ukraine et la reconfiguration des routes commerciales mondiales ont, selon Rudenshold, provoqué un basculement majeur en Eurasie. Le « Middle Corridor » — réseau multimodal reliant l’Asie centrale à l’Europe via la mer Caspienne, le Caucase du Sud et la Turquie — s’impose désormais comme une artère stratégique essentielle, avec un volume d’échanges ayant triplé depuis 2022.
Pour les pays d’Asie Centrale, cette diversification des routes commerciales signifie plus d’indépendance politique et de souveraineté économique. Pour les États-Unis, il s’agit d’une occasion d’appuyer ces ambitions tout en garantissant un accès compétitif aux ressources régionales, notamment les minéraux critiques et les terres rares.
Faut-il inclure l’Azerbaïdjan dans le C5+1 ?
L’article pose une question centrale : le C5+1 devrait-il s’élargir à l’Azerbaïdjan ?
Rudenshold avance que cette évolution serait non seulement logique, mais indispensable. Le port d’Alat, sur la rive occidentale de la mer Caspienne, est un nœud clé du Middle Corridor, et l’Azerbaïdjan, grand producteur d’énergie, détient des infrastructures stratégiques — pipelines et réseaux ferroviaires — vitales pour toute connexion eurasiatique.
Sans Bakou, écrit l’auteur, « il n’y a pas de Middle Corridor ». Le Président Ilham Aliyev participe d’ailleurs régulièrement à des sommets régionaux en tant qu’observateur, positionnant son pays comme un pont naturel entre l’Asie Centrale et le Caucase. Une transformation du C5+1 en C6+1, incluant officiellement l’Azerbaïdjan, apparaît donc plausible.
Le rôle de la Géorgie et de l’Arménie
Rudenshold souligne cependant que le soutien américain au Middle Corridor ne peut s’arrêter à Bakou. La Géorgie, dernier maillon vers la mer Noire et les marchés européens, est tout aussi essentielle. Quant à l’Arménie, longtemps isolée, sa récente normalisation avec l’Azerbaïdjan — facilitée par la médiation de Washington — ouvre la voie à son intégration économique dans le corridor, notamment via le projet TRIPP (Trump Route for Infrastructure and Peace Partnership), qui pourrait doubler la capacité de transit trans-caspienne et consolider la paix régionale.
Vers un cadre C3+1 pour le Caucase du Sud
L’auteur propose la création d’une nouvelle plateforme C3+1, rassemblant les États-Unis, l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie, afin de structurer l’engagement américain dans le Caucase du Sud. Ce format parallèle au C5+1 favoriserait la coopération dans les domaines de l’énergie, du commerce, de la gouvernance et de la sécurité, tout en consolidant la paix régionale.
Une vision combinée pour l’Eurasie
Enfin, Rudenshold imagine une approche intégrée : le maintien du C5+1 pour l’Asie Centrale, la création d’un C3+1 pour le Caucase du Sud, et la possibilité de fusionner ponctuellement ces deux cadres en un C8+1, réunissant l’ensemble des huit pays et les États-Unis autour de thèmes communs tels que le développement économique, la sécurité énergétique et la connectivité.
Une telle architecture, conclut The Diplomat, permettrait à Washington de s’adapter à la nouvelle carte géopolitique eurasienne, tout en offrant à Bakou — au carrefour des échanges et des énergies — une place centrale dans la stratégie américaine pour la région trans-caspienne.