Le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev, a effectué une visite officielle à Bruxelles les 22 et 23 juin à l’invitation du président du Conseil européen, António Costa. Son programme prévoit des entretiens avec António Costa et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, une rencontre avec le Premier ministre belge Bart De Wever, ainsi qu’une table ronde réunissant les dirigeants de grandes entreprises européennes.
Fait notable, outre les discussions avec les responsables des institutions européennes, le programme comprend également une réunion distincte avec des représentants du monde des affaires européen. Cela montre que cette visite vise non seulement à approfondir le dialogue politique, mais aussi à promouvoir la coopération économique et à attirer de nouveaux investissements.
La visite de Tokaïev intervient dans un contexte d’intensification des contacts entre le Kazakhstan et les pays européens. Du 18 au 20 juin, le président du Monténégro, Jakov Milatović, a ainsi effectué une visite historique à Astana, la première du genre. Le Monténégro étant candidat à l’adhésion à l’Union européenne, le développement du dialogue avec Podgorica s’inscrit dans la stratégie plus large du Kazakhstan visant à renforcer son orientation européenne, tant à travers les institutions de l’UE que par le biais des relations bilatérales avec les États européens.
L’Union européenne demeure le principal partenaire commercial et investisseur du Kazakhstan. Selon les données officielles, les investissements européens cumulés au cours des vingt dernières années ont dépassé les 200 milliards d’euros, tandis qu’environ 80 % des échanges commerciaux entre l’UE et les pays d’Asie centrale concernent le Kazakhstan. D’après le Bureau national des statistiques du Kazakhstan, entre janvier et avril 2026, la part de l’Union européenne dans le commerce extérieur kazakh a atteint 27,7 %, soit 12,4 milliards de dollars.
Toutefois, les intérêts des deux parties dépassent largement le cadre du commerce traditionnel. En 2022, le Kazakhstan et l’Union européenne ont signé un mémorandum de coopération portant sur les matières premières durables, les batteries et l’hydrogène vert. Pour l’Europe, cette initiative s’inscrit dans une stratégie visant à diversifier les chaînes d’approvisionnement et à réduire sa dépendance à un nombre limité de fournisseurs de ressources stratégiques. Dans ce contexte, le Kazakhstan, riche en uranium, en lithium et en terres rares, suscite un intérêt croissant au sein de l’UE.
De son côté, le Kazakhstan entend tirer parti de cet intérêt européen pour attirer une participation plus importante des entreprises occidentales de pointe dans ses chaînes de production et accroître progressivement la part des produits à plus forte valeur ajoutée, plutôt que de se limiter à l’exportation de matières premières.
Un autre axe majeur de coopération concerne le Corridor de transport international transcaspien (TITR). L’Union européenne investit dans la modernisation du port d’Aktau ainsi que dans la rénovation des infrastructures routières kazakhes. Ces initiatives témoignent de la volonté de Bruxelles de considérer le Kazakhstan comme un partenaire clé dans le développement de la connectivité régionale. L’UE a également annoncé son intention de mobiliser 10 milliards d’euros pour soutenir le développement du TITR. Pour le Kazakhstan, cela se traduit par une augmentation des flux de transit, une hausse des recettes liées au transport et un renforcement de ses infrastructures logistiques.
La coopération dans le domaine de la numérisation connaît également un essor. Dans le cadre du programme Global Gateway, l’Union européenne prévoit d’allouer environ 12 milliards d’euros à l’Asie centrale afin de financer les communications satellitaires, le développement des infrastructures Internet et la cybersécurité. Le Kazakhstan a, pour sa part, proposé la création d’un « Campus d’innovation Asie centrale–Union européenne » au sein d’Astana Hub.
Ainsi, les discussions de Bruxelles se déroulent dans un contexte de rapprochement accéléré entre le Kazakhstan et l’Union européenne, largement favorisé par les évolutions récentes de l’économie et de la politique mondiales. L’intérêt croissant de l’Europe pour le Kazakhstan, à la fois comme fournisseur de matières premières, partenaire logistique et acteur des projets numériques, s’est renforcé à mesure que l’UE cherche à diversifier ses chaînes d’approvisionnement et à réduire sa dépendance à certains marchés. Pour le Kazakhstan, cette dynamique offre l’opportunité non seulement d’accroître ses exportations et son potentiel de transit, mais aussi de s’intégrer davantage aux chaînes de valeur industrielles et technologiques à forte valeur ajoutée.