Du 16 au 19 juin, Bakou accueille la Réunion annuelle du Groupe de la Banque islamique de développement (BIDI), l’un des plus importants rendez-vous du financement et du développement international dans le monde islamique. Des représentants des 57 pays membres de l’institution, ainsi que des responsables d’institutions financières internationales, de fonds d’investissement et d’organisations de développement, se sont réunis dans la capitale azerbaïdjanaise.
Placée sous le thème « L’intégration régionale au service d’une prospérité durable », cette édition revêt pour l’Azerbaïdjan une portée qui dépasse largement le cadre des débats économiques. Elle constitue une occasion de mettre en avant les résultats de plusieurs années de réformes, d’attirer de nouveaux investissements et de définir les contours de la coopération avec la Banque islamique de développement pour les années à venir.
Plus de trois décennies de coopération
L’Azerbaïdjan a rejoint la Banque islamique de développement en 1992, peu après le rétablissement de son indépendance. Depuis lors, le pays est devenu membre de l’ensemble des entités du Groupe BIDI, notamment la Banque islamique de développement, la Société internationale islamique de financement du commerce (ITFC), la Société islamique pour le développement du secteur privé (ICD) et la Société islamique d’assurance des investissements et des crédits à l’exportation (ICIEC).
Au fil des années, cette coopération s’est transformée en un véritable partenariat stratégique. Le soutien de la Banque a couvert le financement de projets d’infrastructures, l’assistance technique, la facilitation du commerce, le renforcement des institutions publiques ainsi que l’appui au secteur privé.
À la fin de l’année 2025, le volume total des opérations approuvées par le Groupe BIDI en Azerbaïdjan atteignait 1,3 milliard de dollars. Sur ce montant, 1,04 milliard de dollars provenaient directement de la Banque islamique de développement. Les opérations de l’ITFC se sont élevées à 93,4 millions de dollars, tandis que les financements de l’ICD ont atteint 165,2 millions de dollars. Les autres fonds du Groupe ont apporté 25,7 millions de dollars supplémentaires.
Au total, le portefeuille de coopération comprend 85 projets, dont 75 ont déjà été achevés, tandis que 10 sont actuellement en cours de réalisation.
L’énergie demeure le principal secteur bénéficiaire
Le secteur énergétique reste historiquement le premier bénéficiaire des financements accordés.
Il représente 37,3 % de l’ensemble des opérations, soit près de 495 millions de dollars. Sept grands projets énergétiques ont été réalisés dans le cadre de cette coopération, et de nouvelles initiatives dans ce domaine sont déjà à l’étude en vue d’un financement futur.
Cette répartition reflète le rôle de l’Azerbaïdjan comme l’un des principaux pôles énergétiques de la région. Toutefois, ces dernières années, la coopération s’est progressivement étendue bien au-delà du secteur pétrolier et gazier.
Parmi les autres domaines concernés figurent le développement des infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement, l’agriculture, le secteur financier, les transports ainsi que les projets liés au développement durable.
L’évolution du partenariat entre la BIDI et l’Azerbaïdjan reflète ainsi la transformation de l’économie azerbaïdjanaise elle-même, de plus en plus orientée vers la diversification et le développement des secteurs non pétroliers.
Une nouvelle stratégie de partenariat à l’horizon 2030
L’un des principaux résultats attendus du forum pourrait être l’avancement des travaux sur une nouvelle Stratégie de partenariat entre l’Azerbaïdjan et la BIDI pour la période 2027-2031.
Comme l’a déclaré le président du Groupe BIDI, Muhammad Sulaiman Al Jasser, dans un entretien exclusif accordé à Trend lors de sa visite à Bakou en mai dernier, les parties prévoient de signer un protocole d’accord sur ce dossier dès le mois de juin.
Selon lui, cette nouvelle stratégie devrait donner un nouvel élan au développement économique du pays et accélérer la mise en œuvre de grands projets d’investissement.
Le dirigeant souligne également que la Banque considère l’Azerbaïdjan comme un pays disposant d’un système macroéconomique solide et d’un niveau d’endettement public relativement faible.
D’après Al Jasser, les emprunts contractés auprès des institutions internationales de développement sont principalement destinés à financer des investissements productifs capables de générer des effets multiplicateurs à long terme, de stimuler la croissance économique et de créer des emplois qualifiés.
Cette approche correspond pleinement au modèle de financement de la Banque islamique de développement, fondé sur des projets à forte valeur ajoutée pour l’économie nationale.
L’Azerbaïdjan présenté comme un modèle pour le monde islamique
L’évaluation particulièrement positive que les dirigeants de la Banque portent sur le développement récent de l’Azerbaïdjan retient également l’attention.
Selon Al Jasser, les réunions de juin doivent permettre aux pays membres de constater les progrès réalisés par l’Azerbaïdjan dans les domaines du développement économique, de la gouvernance publique et de la transformation numérique.
Le président de la BIDI n’a pas hésité à qualifier l’Azerbaïdjan de modèle dont l’expérience pourrait être étudiée et reproduite par d’autres pays.
Cette appréciation n’a rien de fortuit.
Ces dernières années, le pays a enregistré des avancées significatives dans la numérisation des services publics, la modernisation des infrastructures, l’amélioration du climat des affaires et le développement des corridors de transport et de logistique.
L’organisation d’un forum international d’une telle envergure constitue ainsi une vitrine pour ces réalisations.
Comme l’a souligné Al Jasser, la présentation de ces transformations aux délégations étrangères pourrait favoriser non seulement l’approfondissement de la coopération avec les institutions de développement, mais également l’arrivée de capitaux privés.
La réunion actuelle est donc perçue non comme un simple événement diplomatique, mais comme un véritable instrument de promotion de l’attractivité économique du pays.
La finance islamique, nouvelle opportunité stratégique
Le développement de la finance islamique apparaît comme l’un des axes de coopération les plus prometteurs.
Au cours des dernières années, la BIDI a apporté à l’Azerbaïdjan un important soutien technique dans la mise en place d’un cadre réglementaire destiné aux instruments financiers islamiques.
Dès 2020, un projet consacré à l’élaboration de mécanismes juridiques adaptés à la finance islamique a été mené à bien. Aujourd’hui, l’Institut islamique de développement (IsDBI) met en œuvre une nouvelle initiative visant à créer les conditions nécessaires à l’émission de sukuk et à l’introduction d’autres instruments financiers conformes à la charia.
Par ailleurs, l’IsDBI a approuvé une subvention de 255 000 dollars destinée à la Banque centrale d’Azerbaïdjan pour le développement du cadre réglementaire du marché des capitaux. Ce projet prolonge un précédent programme d’assistance technique doté de 200 000 dollars.
Selon Al Jasser, le marché mondial de la finance islamique représente aujourd’hui environ 3 500 milliards de dollars, ouvrant à l’Azerbaïdjan l’accès à une nouvelle catégorie d’investisseurs.
Il ne s’agit pas de remplacer les instruments financiers traditionnels, mais plutôt de diversifier les sources de capitaux.
Cette perspective est particulièrement importante alors que le pays déploie de vastes projets dans les infrastructures, l’industrie, l’agriculture, l’économie numérique et les énergies renouvelables.
L’émergence d’un marché des sukuk (un outil financier conforme aux prescriptions religieuses) pourrait considérablement élargir les possibilités de financement pour les secteurs public et privé tout en renforçant la stabilité financière à long terme de l’économie.
Intégration régionale et corridors de transport
Le thème central de cette réunion, l’intégration régionale, est directement lié au rôle croissant de l’Azerbaïdjan comme plateforme logistique et de transport de l’Eurasie.
Selon le président de la BIDI, le pays s’affirme déjà comme un carrefour majeur du commerce international grâce à sa position géographique stratégique et à la cohérence de sa politique économique.
Le développement des réseaux ferroviaires, des autoroutes, du transport maritime sur la mer Caspienne et des corridors internationaux de transport transforme progressivement l’Azerbaïdjan en un maillon essentiel entre l’Est et l’Ouest, ainsi qu’entre le Nord et le Sud.
Il est particulièrement significatif que la direction de la Banque considère la connectivité des transports non seulement comme un moteur de croissance nationale, mais aussi comme un levier de développement pour l’ensemble de la région.
Cette vision s’inscrit pleinement dans la philosophie du forum, qui vise à renforcer les liens économiques entre les pays du monde islamique grâce au développement du commerce, des investissements et des infrastructures.
D’emprunteur à donateur ?
L’une des déclarations les plus marquantes d’Al Jasser concerne les perspectives de long terme de l’Azerbaïdjan.
Selon lui, la Banque islamique de développement estime que le pays pourrait, à terme, passer du statut d’emprunteur à celui de pays donateur.
Pour une institution financière internationale, une telle appréciation revêt une importance particulière.
Elle traduit un haut niveau de confiance dans la politique économique du pays, sa stabilité financière et son potentiel de croissance future.
À la lumière de la mise en œuvre de la stratégie « Azerbaïdjan 2030 », du développement soutenu des secteurs non pétroliers, de l’expansion du potentiel d’exportation et de la transformation du pays en hub logistique régional, cette perspective n’apparaît plus comme un objectif lointain.
La Réunion annuelle de la Banque islamique de développement à Bakou constitue ainsi un événement majeur tant pour l’institution et ses États membres que pour l’Azerbaïdjan lui-même.
D’un côté, elle dresse le bilan de plus de trente années de coopération, marquées par des projets représentant plus de 1,3 milliard de dollars. De l’autre, elle ouvre un nouveau chapitre du partenariat, axé sur l’élaboration de la stratégie de coopération 2027-2031, le développement de la finance islamique, l’attraction de nouveaux investissements et le soutien à de grands projets d’infrastructures.
Il est symbolique que l’intégration régionale ait été choisie comme thème central de cette édition. C’est précisément dans ce domaine que l’Azerbaïdjan renforce rapidement sa position, en s’imposant comme un important centre de transport, de commerce et de finance reliant l’Europe, le Moyen-Orient, l’Asie centrale et le monde islamique.
Dans cette perspective, l’organisation de la Réunion annuelle de la BIDI à Bakou peut être interprétée comme une reconnaissance des résultats déjà obtenus et le signe du rôle croissant de l’Azerbaïdjan dans l’architecture de la coopération économique régionale.