LE RÉSULTAT DES ÉLECTIONS EN ARMÉNIE : UNE VICTOIRE STRATÉGIQUE POUR ALIYEV ET LES ATTENTES DE BAKOU

Analyses
19 Juin 2026 10:36
30
LE RÉSULTAT DES ÉLECTIONS EN ARMÉNIE : UNE VICTOIRE STRATÉGIQUE POUR ALIYEV ET LES ATTENTES DE BAKOU

La personnalité du dirigeant azerbaïdjanais, sa politique régionale cohérente et l’agenda de paix qu’il défend dans les relations avec l’Arménie ont constitué l’un des facteurs déterminants du contexte électoral. Sans les initiatives militaires, diplomatiques et politiques prises par Bakou pour rétablir l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan, les élites politiques arméniennes n’auraient probablement pas placé au premier plan les principes de paix et de reconnaissance mutuelle des frontières.

La politique menée par l’Azerbaïdjan, en démontrant l’irréversibilité des nouvelles réalités régionales, aurait largement influencé l’issue du scrutin. La société arménienne tire progressivement les enseignements des événements des dernières années et prend conscience du caractère inévitable d’une normalisation des relations avec l’Azerbaïdjan dans le respect du droit international.

A l’issue de la guerre de 44 jours, l’Azerbaïdjan, en tant que vainqueur, avait pris l’initiative de proposer les principes fondamentaux des négociations de paix. Cette démarche est présentée non comme un signe de faiblesse, mais comme l’expression d’une vision stratégique à long terme et d’une confiance dans la légitimité de sa position.

Le rôle de l’agenda de paix

La politique de paix défendue par le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan a trouvé un soutien concret dans les initiatives du président Aliyev. Après la rencontre de Washington, des conditions favorables à une stabilisation de la frontière auraient été créées.

Parmi les mesures mises en avant figurent la levée des restrictions de transport pour l’Arménie, la création de corridors de transit destinés aux marchandises de pays tiers, le développement des échanges commerciaux sans conditions politiques préalables, la coopération dans le domaine de la sécurité énergétique, le renforcement des contacts entre les sociétés civiles, l’encouragement des visites réciproques ainsi qu’une réduction significative de la rhétorique hostile.

Ces initiatives démontrent la volonté de Bakou de s’engager dans une coopération constructive, à condition qu’Erevan renonce à toute perspective qualifiée de « revanchiste ».

Les attentes de Bakou après le scrutin

Après la tenue des élections, l’heure est désormais aux mesures concrètes. Il présente plusieurs attentes que l’Azerbaïdjan formulerait à l’égard du nouveau cycle politique arménien.

Premièrement, toutes les structures liées au séparatisme du Karabagh présentes sur le territoire arménien devraient, selon cette position, être entièrement démantelées, qu’il s’agisse d’organisations officielles ou informelles.

Deuxièmement, l’Arménie devrait veiller à la fermeture des représentations dites « du Karabagh » ainsi que d’autres structures séparatistes opérant en Russie, en France, aux États-Unis et dans d’autres pays. L’auteur considère que leur maintien serait incompatible avec une politique de paix.

Troisièmement, il estime qu’un référendum devrait être organisé dans les meilleurs délais afin d’adopter une nouvelle Constitution arménienne actant officiellement l’abandon de toute revendication territoriale à l’égard de l’Azerbaïdjan. Une telle réforme constituerait une étape juridique essentielle pour lever les différends fondamentaux entre les deux États.

L’aboutissement logique de ce processus serait la signature d’un traité de paix complet entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, destiné à consacrer les nouvelles réalités régionales, à garantir une stabilité durable et à ouvrir la voie à une coopération économique renforcée.

Une nouvelle phase régionale

Les élections arméniennes confirmeraient la fin d’une époque marquée par les « mythes revanchistes » et les illusions liées au conflit du Karabagh. L’Azerbaïdjan, sous la direction d’Ilham Aliyev, fixe désormais l’agenda régional en s’appuyant sur ce qu’il qualifie de « force du droit » plutôt que sur le « droit de la force ».

Dans cette perspective, tout retard, toute tentative de blocage ou toute préservation d’éléments liés à la question Karabagh serait interprété comme un défi direct et susciterait une réaction appropriée. L’avenir des relations bilatérales ainsi que la stabilité du Caucase du Sud dépendront de la capacité de l’Arménie à mettre en œuvre concrètement les engagements qu’elle a pris.

Par Maksoud Salimov