BOUTCHA : UN SOUPÇON DE CRIME DE GUERRE

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6 Avril 2022 15:46
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BOUTCHA : UN SOUPÇON DE CRIME DE GUERRE

Paris / La Gazette

Boutcha est une ville d’environ 37 000 habitants située entre les villes d’Irpin et d’Hostomel, à 30 km au nord-ouest de Kiev, la capitale ukrainienne. Les images des cadavres de civils jonchant les rues de Boutcha ont suscité l'émoi de la communauté internationale, malgré les dénégations de la Russie qui crie à la "manipulation"

« Le massacre de Boutcha était délibéré », a martelé dimanche 3 avril le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kouleba après la découverte de centaines de corps de civils abandonnés dans les rue de la ville, tout juste reprise à l'armée et aux mercenaires russes. « Les Russes veulent éliminer autant d'Ukrainiens qu'ils le peuvent. Nous devons les arrêter et les mettre dehors. J'exige de nouvelles sanctions dévastatrices du G7 maintenant », a posté le ministre sur Twitter.

Plus de 300 corps ont dû être enterrés dans une fosse commune de la ville.

Volodymyr Zelensky a aussitôt accusé les dirigeants russes d'être responsables de « meurtres » et d'actes de « torture ». « Je veux que tous les dirigeants de la Fédération de Russie voient comment leurs ordres sont exécutés. Ce genre d'ordres (...). Et ils ont une responsabilité commune. Pour ces meurtres, pour ces tortures, pour les bras arrachés par des explosifs (...) Pour les balles tirées dans la nuque »

Emmanuel Macron et Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères se sont joint à cette condamnation. "La Russie devra répondre de ses crimes" a déclaré le Président de la République française. « J'ai pris connaissance des informations faisant état d'exactions massives commises par les forces russes dans des villes ukrainiennes qu'elles occupaient ces dernières semaines, en particulier dans la localité de Boutcha. Je condamne avec la plus grande fermeté de tels actes constitutifs, s'ils sont confirmés, de crimes de guerre », a déclaré à son tour Jean-Yves Le Drian, qui a ajouté : « Nous travaillerons, en lien avec nos partenaires, les autorités ukrainiennes et les juridictions internationales compétentes, notamment la Cour pénale internationale, pour que ces actes ne restent pas impunis et que leurs responsables soient jugés et condamnés », a-t-il ajouté.

L'Union européenne et l'ONU dénoncent un « massacre »

Le président du Conseil européen, Charles Michel, s'est également déclaré « Choqué par les images obsédantes des atrocités commises par l'armée russe dans la région libérée de Kiev », ajoutant : « L'UE aide l'Ukraine et des ONG à rassembler les preuves nécessaires pour des poursuites devant les cours internationales »,.

La ministre britannique des Affaires étrangères Liz Truss réclame une « enquête pour crimes de guerre »; « Alors que les troupes russes sont contraintes de battre en retraite, nous voyons de plus en plus en plus de preuves des actes révoltants commis par les forces d'invasion dans des villes comme Irpin et Boutcha », a dénoncé Liz Truss.

Le vice-chancelier allemand Robert Habeck, a souhaité de nouvelles sanctions économiques contre la Russie. « Ce terrible crime de guerre ne peut pas rester sans réponse ... Je pense qu'un renforcement des sanctions est indiqué. C'est ce que nous préparons avec nos partenaires de l'UE », a-t-il expliqué. Antony Blinken, le secrétaire d'État des États-Unis, a parlé d'« un coup de poing à l'estomac » .

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'est dit « profondément choqué par les images de civils tués à Boutcha », et le bureau des droits de l'homme des Nations unies a évoqué de « possibles crimes de guerre ».

La Russie nie, mais est contredite par les faits

Moscou nie farouchement ces massacres « Les séquences audiovisuelles publiées par le régime de Kiev, témoignant de "crimes" prétendument commis par des militaires russes dans la ville de Boutcha, région de Kiev, ne sont qu’une nouvelle provocation» déclare, dans un communiqué le ministère de la défense de la Fédération, qui ajoute : « la Russie n’a commis aucun crime, aucun civil n’a subi de violence. Pendant la présence russe, les civils se déplaçaient librement dans Boutcha ». Pour Dimitri Peskov, porte-parole du Kremlin, il s'agit d'« une mise en scène bien orchestrée » et d'« une falsification monstrueuse ». Lundi 4 avril, Vassily Nebenzia, le représentant permanent de la Russie à l’ONU, tenait une conférence de presse où il présentait des «preuves» de ce qu’il a désignait comme un «mensonge éhonté». «Le contenu qui nous est présenté, en particulier à Boutcha […], ne nous laisse aucun doute sur le fait qu’il a été mis en scène.» affirmait-il.

Sauf qu'au même moment, le New York Times diffusait des images satellites montrant la présence de cadavres dans la rue Yablunska, depuis le 11 mars. Soit trois semaines avant le départ des Russes. Par la suite, les journalistes étrangers présents, notamment ceux de l'AFP, démentaient, par leur témoignages, les affirmations de Moscou.

Des scènes similaires ont été découvertes dans d'autres villes.

Le 4 avril, Jeremie Paire, envoyé spécial pour la chaîne BFM, témoignait de scènes d'une « horreur absolue » dans le village de Motyzhin, à 42 km à l’ouest de Kiev, où la maire, sa famille et plusieurs habitants ont été retrouvés torturés et exécutés. La veille, le correspondant des Echos, Guillaume Ptak, parlait de plusieurs cadavres de civils exécutés dans la ville d’Irpin.

L’ONG Human Rights Watch rapporte également des exécutions sommaires dans le village de Staryi Bykiv, dans la région de Tchernihiv, ainsi que des viols dans la région de Kharkiv.

Enfin, a justice française a ouvert une enquête pour "crimes de guerre" contre des ressortissants français à Marioupol.