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EN AZERBAÏDJAN, 2022 SERA "L'ANNÉE DE CHOUCHA" : QU'EST-CE QUE CELA SIGNIFIE ?

17 Janvier 2022 08:01 (UTC+01:00)
EN AZERBAÏDJAN, 2022 SERA "L'ANNÉE DE CHOUCHA" : QU'EST-CE QUE CELA SIGNIFIE ?
EN AZERBAÏDJAN, 2022 SERA "L'ANNÉE DE CHOUCHA" : QU'EST-CE QUE CELA SIGNIFIE ?

Paris / La Gazette

Dans son discours au peuple azerbaïdjanais à l'occasion du 31 décembre 2021 – jour qui est célébré en Azerbaïdjan comme la Journée de solidarité des Azerbaïdjanais du monde en même temps que le Nouvel An, le président Ilham Aliyev a déclaré que 2022 serait « l'Année de Choucha ». Choucha est une ville collinaire située dans la région du Karabakh en Azerbaïdjan et occupe une place essentielle dans l'histoire et la culture du pays.

L'année 2022 marque le 270e anniversaire de la fondation de cette ville qui a été établie en 1752 sur les instructions de Penah Ali Khan, alors gouverneur du Karabakh, qui voulait en faire une forteresse pour parer aux attaques de ses rivaux. Cette zone particulière a été choisie en raison deson emplacement géographique, à une altitude de 1300-1600 m, entourée de falaises abruptes qui la rendaient inaccessible aux attaques ennemies.

Depuis les premières années de sa création jusqu'en 1992, Choucha n'a cessé de prospérer et d'évoluer pour devenir une capitale culturelle de la région. Souvent appelée le « Conservatoire du Caucase », la ville a donné naissance à de nombreux artistes, musiciens et poètes célèbres. À titre d'exemple, Uzeyir Hadjibeyov (1885-1948), le fondateur de la musique classique et de l'opéra composés d'Azerbaïdjan, et le premier compositeur d'un opéra dans le monde islamique, est né et a grandi à Choucha.

La ville est d'alleurs le lieu de naissance du célèbre ténor azerbaïdjanais Bulbul, la poétesse azerbaïdjanaise du XIXe siècle, Khourchoudbanou Natavan. Molla Penah Vaguif, poète azerbaïdjanais du XVIIIe siècle qui a fondé la tendance réaliste de la poésie azerbaïdjanaise, est également né et a vécu toute sa vie à Choucha. Les contributions de la ville à la culture azerbaïdjanaise se sont épanouies au XXe siècle avec la naissance du célèbre chef d'orchestre Niyazi et des célèbres chanteurs Seyyid et Khan Chouchinski.

La ville a été l'un des centres de l'industrie du tissage de tapis en Azerbaïdjan et a été utilisée pour exporter des tapis produits localement vers les marchés mondiaux dans la seconde moitié du XIXe siècle. En 1867, les noueurs de tapis de Choucha ont participé à une exposition internationale tenue à Paris, où ils ont été récompensés.

La ville comptait 549 bâtiments historiques, des rues pavées d'une longueur totale de 1203 mètres, 17 sources, 17 mosquées, 6 caravansérails, 3 tombeaux, 2 madrassas (école coranique), 2 châteaux et des murs de forteresse.

Tout au long de son histoire, la ville a été majoritairement peuplée d'Azerbaïdjanais et, en 1989, elle comptait 20 579 habitants dont 1 377 étaient des Arméniens de souche. Au cours de la guerre totale que l'Arménie a menée contre l'Azerbaïdjan au début des années 1990, la ville est tombée sous son contrôle le 8 mai 1992. À la suite de l'occupation de Choucha, 480 civils ont été tués, 600 autres blessés, et 22 000 personnes sont devenues déplacées à l'interne de leur pays. Depuis, le sort des 68 personnes qui ont été prises en otage par les Arméniens sont toujours inconnu.

L'occupation a mis fin à l'essor de la ville de Choucha et l'a soumise à un génocide culturel implacable, car les Arméniens, dans le but d'effacer les empreintes des Azerbaïdjanais, ont détruit ou détourné les icônes culturelles de la ville. Selon les rapports officiels, 279 monuments religieux, historiques et culturels ont été dévastés au cours de cette période qui a duré jusqu'à la seconde guerre du Karabakh (qui a éclaté le 27 septembre 2020 et a pris fin le 10 novembre de la même année).

Pendant les années d'occupation, l'Arménie a peu investi dans la reconstruction de la ville, même si elle a affirmé avec insistance que Choucha avait toujours fait partie de la culture et de l'histoire arméniennes. Comme l'a conclu l'éminent expert britannique Thomas de Wall lors de sa visite à Choucha au début des années 2000, les Arméniens traitaient la ville comme un trophée de guerre à piller ou un lieu de prière plutôt que comme un lieu d'investissement et de vie.

Après 28 ans d'occupation illégale, le 8 novembre 2020, dans un geste décisif pour la seconde guerre du Karabakh, les forces armées d'Azerbaïdjan ont libéré Choucha de l'envahissement arménien. Cela a ouvert un nouveau chapitre dans l'histoire de la ville, car l'Azerbaïdjan a lancé un vaste plan de reconstruction de la ville, ainsi que de tous les autres territoires désormais libérés.

En mai 2021, le président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, a signé un décret portant déclaration de la ville de Choucha capitale azerbaïdjanaise de la culture. Cette décision a été prise afin de restaurer l'aspect historique de la ville, de lui rendre sa gloire passée et de la réunir avec la vie culturelle traditionnellement riche, ainsi que de la promouvoir sur la scène internationale en tant que perle de la culture, de l'architecture et de l'urbanisme azerbaïdjanais riche de plusieurs siècles, selon le décret présidentiel.

Célébrant l'importance historique et culturelle de la ville pour l'ensemble du monde turcique, l'Organisation internationale de la culture turcique « TURKSOY », connue comme l'UNESCO du monde turcique, a désigné Choucha comme « capitale culturelle du monde turcique » en 2023.

Immédiatement après la libération de la ville de Choucha, l'Azerbaïdjan a commencé la construction d'une nouvelle route de plus de cent kilomètres vers la ville, qui a été achevée en moins d'un an. À Fuzouli, une ville du Karabakh libérée à la suite de la seconde guerre du Karabagh et proche de Choucha, un aéroport international a été construit dans un court laps de temps afin de faciliter l'accès à la région depuis l'étranger et de stimuler ainsi son potentiel touristique.

L'Azerbaïdjan a alloué 2,2 milliards d'AZN (1,1 milliard d'euros) à la reconstruction dans les territoires libérés en 2021. Ces fonds étaient principalement destinés à la restauration des infrastructures (électricité, gaz, eau, communications, routes, éducation, santé, etc.), ainsi que des monuments culturels et historiques. Le même montant de fonds provenant du budget de l'État a été alloué à cette fin en 2022.

Le pays tente également d'attirer des fonds internationaux pour la reconstruction de la région qui abritait plus de 700 000 Azerbaïdjanais avant l'occupation et la destruction qui s'en est suivie. L'aide internationale est essentielle pour permettre une réhabilitation rapide de ces territoires et établir les conditions de vie nécessaires au retour de milliers de personnes déplacées internes après près de 30 ans de déplacement forcé.

En déclarant 2022 « l'Année de la Choucha », l'Azerbaïdjan a clairement désigné sa priorité pour l'année à venir : Le peuple d'Azerbaïdjan est déterminé à reconstruire les villes et villages détruits et à ramener la vie dans ses territoires anciennement occupés. Le peuple azerbaïdjanais est déterminé à faire à nouveau de Choucha le centre culturel du Caucase.

Par Dr Vasif Huseynov,

Conseiller principal chez le Centre d'analyse des relations internationales (AIR Center) à Bakou, Azerbaïdjan.

Source : Eurreporter

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