LES CHEVAUX DE PRZEWALSKI RETROUVENT LES STEPPES DU KAZAKHSTAN

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13 Février 2026 13:47
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LES CHEVAUX DE PRZEWALSKI RETROUVENT LES STEPPES DU KAZAKHSTAN

Les vastes prairies du Kazakhstan assistent au retour d’une espèce autrefois disparue à l’état sauvage depuis des siècles, symbole d’un effort national plus large visant à restaurer le patrimoine naturel et culturel du pays.

Le cheval de Przewalski, seul cheval génétiquement sauvage au monde, est réintroduit dans la steppe pour la première fois depuis plus de 200 ans. Quatorze premiers individus ont été transférés dans la région dans le cadre d’un projet de conservation à long terme, rapporte Euronews.

Les chevaux occupent depuis toujours une place centrale dans l’identité kazakhe. Pendant des siècles, le mode de vie nomade s’est organisé autour de ces animaux, dont le rôle dépassait largement le simple transport pour devenir essentiel à la vie quotidienne, aux traditions et même à l’éducation des enfants. L’histoire du Kazakhstan avec le cheval remonte à plus de 5 000 ans, jusqu’à la culture de Botai, dans le nord du pays, que les scientifiques considèrent comme le berceau de la domestication équine.

Des preuves archéologiques suggèrent même que les premiers Kazakhs consommaient le lait de jument, soulignant le rôle fondamental du cheval dans l’ancien mode de vie des steppes.

Le retour des chevaux de Przewalski est piloté par l’Altyn Dala Conservation Initiative, un programme destiné à restaurer les espèces clés du patrimoine naturel kazakh. Cette réintroduction marque une étape majeure, tant pour la préservation de la biodiversité que pour le lien culturel unissant le pays à ces animaux emblématiques. Les chevaux ont été transférés depuis des programmes européens de conservation, notamment le Prague Zoo en République tchèque et le Hortobágy National Park en Hongrie, vers le centre de réintroduction d’Alibi, dans la région de Kostanaï.

« Nous disposons de bonnes conditions pour ramener les chevaux de Przewalski dans cette région, et nous avons aussi une forme d’obligation, car il s’agit d’un animal essentiel à l’identité kazakhe - c’est ici qu’a eu lieu la première domestication du cheval il y a 5 000 ans », explique Anne Dohrmann, responsable du projet de réintroduction des grands herbivores à la Frankfurt Zoological Society.

Les chevaux de Przewalski avaient disparu à l’état sauvage au milieu du XXe siècle. Des décennies d’efforts de conservation en Europe ont rendu possible leur retour dans la steppe. Le projet vise à assurer leur survie à long terme, les opérations de réintroduction devant se poursuivre jusqu’en 2029.

« Le Kazakhstan correspond à l’aire de répartition historique du cheval de Przewalski. Nous possédons de vastes territoires qui abritaient autrefois de grands ongulés comme les kulans. Les prairies sont idéales, le climat est adapté et notre réseau d’aires protégées nous donne confiance quant à la sécurité des animaux. Nous espérons qu’ils se reproduiront avec succès afin d’assurer l’avenir de l’espèce », affirme Albert Salemgareyev, spécialiste principal à l’Association pour la conservation de la biodiversité du Kazakhstan.

Autrefois élevés en captivité, les chevaux font désormais l’objet d’un suivi attentif afin de garantir leur adaptation à leur nouvel environnement. Les experts s’attachent à créer des conditions favorables à la reproduction pour permettre à la population de croître et de prospérer.

« Une population de 40 à 50 chevaux peut devenir autosuffisante. Nous sommes convaincus que dans les prochaines années, elle se stabilisera. Nous avons la responsabilité de restaurer chaque espèce qui vivait autrefois dans notre nature. Le cheval est un symbole national chargé d’une profonde signification historique », souligne Daniyar Turgambayev, président du Comité des forêts et de la faune au ministère kazakh de l’Écologie.

La réintroduction des chevaux de Przewalski constitue ainsi non seulement une réussite en matière de conservation, mais aussi un rappel du riche héritage équestre du Kazakhstan. Depuis des siècles, les Kazakhs sont réputés pour leur savoir-faire d’éleveurs, avec des races telles que le Kostanaï et l’Adai, connues pour leur robustesse, leur endurance et leur capacité d’adaptation. En 2023, le cheval Adai a été officiellement reconnu comme une race kazakhe distincte, prisée pour sa résistance aux températures extrêmes et son aptitude aux longues distances.