Les pays européens de l’OTAN envisagent d’étendre vers l’Est le réseau de pipelines militaires hérité de la guerre froide afin d’assurer l’approvisionnement en carburant des troupes en cas de conflit armé. À Ankara, on estime qu’au lieu de prolonger les infrastructures depuis l’Allemagne, où elles s’arrêtent aujourd’hui, il serait préférable de construire un pipeline partant de la Turquie. Le pays se dit prêt, au minimum, à garantir les livraisons de carburant aux États du sud-est de l’Alliance.
Selon des sources proches du dossier citées par Bloomberg, la Turquie a proposé à ses alliés de l’OTAN la construction, pour un coût de 1,2 milliard de dollars, d’un pipeline destiné aux carburants nécessaires aux opérations militaires. Ankara, qui accueillera en juillet le sommet de l’Alliance, souhaite prolonger cette nouvelle section à travers la Bulgarie jusqu’en Roumanie.
Toujours selon ces sources, le tracé passant par la Turquie pourrait coûter jusqu’à cinq fois moins cher que les autres options déjà envisagées, notamment les itinéraires traversant la Grèce ou les pays situés à l’ouest de la Roumanie. Elles précisent que l’infrastructure ne serait pas accessible à un usage civil et refusent de révéler sa capacité de transport ainsi que d’autres détails jugés confidentiels.
L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, ainsi que les tensions au Moyen-Orient - notamment le risque d’interruption des approvisionnements énergétiques en cas de blocage du détroit d’Ormuz - ont poussé l’OTAN à renforcer ses systèmes logistiques de ravitaillement en carburant, expliquent les interlocuteurs de Bloomberg. Ils soulignent l’importance d’un approvisionnement stable et à coût maîtrisé pour les membres orientaux de l’Alliance.
À la mi-mars, le lieutenant-général Kai Rohrschneider, responsable de la logistique et du soutien au sein du commandement conjoint de l’OTAN, avait tenu des propos similaires. Selon lui, le réseau de pipelines destiné au ravitaillement en carburant doit être étendu jusqu’à la Pologne ; « une solution doit également être trouvée pour les trois États baltes », tandis qu’un prolongement vers la Finlande et la Roumanie sera aussi nécessaire.
Les pays du flanc oriental de l’OTAN réclament depuis longtemps une telle extension. Durant la guerre froide, le réseau spécialisé de l’Alliance traversait douze pays jusqu’à l’Allemagne de l’Ouest. Aujourd’hui encore, il alimente notamment la base aérienne de Ramstein ainsi que plusieurs grandes infrastructures civiles, dont l’aéroport de Francfort. Les conduites sont enterrées à environ 80 centimètres de profondeur.
Kai Rohrschneider a qualifié l’approvisionnement en carburant des forces de l’OTAN sur le flanc oriental de « probablement le problème logistique le plus sérieux ». Un conflit de grande ampleur avec la Russie nécessiterait plusieurs centaines de milliers de mètres cubes de carburant par jour, a-t-il déclaré en se référant aux estimations de l’Alliance.