Le 12 mai, une réunion à huis clos s’est tenue à l’ambassade du Royaume-Uni à Ankara, à l’initiative des ambassades de France et d’Allemagne. Selon des informations obtenues auprès de sources diplomatiques à Ankara, cette rencontre intitulée « En route vers Ankara : dialogue sur l’OTAN » avait pour principal objectif de préparer le sommet des dirigeants de l’Alliance atlantique, prévu en Turquie les 7 et 8 juillet prochains.
Conformément aux usages diplomatiques, les sources n’ont pas révélé l’identité précise des participants. Il est toutefois établi qu’aux côtés d’un représentant officiel du ministère turc des Affaires étrangères étaient présents des représentants du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne.
Le principal message défendu par les diplomates européens intervenus lors de cette réunion portait sur la nécessité de préserver, voire de renforcer, l’influence de l’OTAN - une alliance que le président français Emmanuel Macron avait autrefois décrite comme étant en « état de mort cérébrale ».
Il a également été souligné que la politique d’élargissement de l’Alliance vers les régions voisines figurerait à l’ordre du jour du sommet de l’OTAN à Ankara. Selon les sources, cette réunion fermée, organisée sous forme de panel, a permis de définir les principaux sujets qui seront débattus lors du sommet. Ces thèmes, qui constitueront l’ossature de l’agenda du sommet, se déclinent en quatre axes majeurs :
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Cohésion et solidarité.
Le principe fondamental de l’OTAN - selon lequel une menace ou une attaque contre un membre engage la solidarité de tous les autres - a été mis à l’épreuve le mois dernier en Turquie. Quatre missiles tirés depuis l’Iran ont été interceptés par le système de défense aérienne de l’Alliance. Le sommet d’Ankara devrait examiner les moyens de renforcer encore cette capacité grâce à des systèmes de commandement et de contrôle plus performants. -
Coopération en matière de défense et renforcement de l’industrie militaire.
Le processus de consolidation de l’industrie de défense, engagé sous la pression de l’administration Trump sur les membres européens de l’OTAN, sera également au centre des discussions à Ankara. Des décisions concrètes concernant le secteur de l’armement pourraient même être adoptées. -
Sécurité au Moyen-Orient et coopération énergétique.
La crise du détroit d’Ormuz a accru l’importance stratégique du Moyen-Orient pour l’Europe. Les membres européens de l’OTAN souhaitent intensifier leur présence et leurs activités dans cette région. -
Mer Noire et flanc oriental de l’OTAN.
L’invasion russe de l’Ukraine a démontré que la sécurité de la mer Noire constitue un maillon essentiel entre les flancs oriental et méridional de l’Alliance. Les membres de l’OTAN devraient adopter des mesures importantes visant à renforcer la sécurité de cette zone face à la menace russe.
Les experts estiment que ces priorités renforcent le rôle de la Turquie dans la stratégie de l’OTAN visant à étendre son influence régionale face à la Russie et à la Chine. La nécessité de consolider les capacités de défense aérienne turques afin de renforcer la présence de l’Alliance dans la région est apparue encore plus clairement durant le conflit iranien.
En mer Noire, la Turquie dispose déjà d’accords spécifiques de déminage avec la Roumanie et la Bulgarie, deux pays membres à la fois de l’OTAN et de l’Union européenne. Toutefois, la « ligne rouge » d’Ankara demeure son attachement à la Convention de Montreux sur le statut des détroits, considérée comme une garantie contre toute nouvelle tension avec la Russie.
Le fait que la question de l’industrie de défense figure à l’ordre du jour du sommet sous un point distinct satisfait également Ankara. L’essor du secteur militaire turc au cours de la dernière décennie pourrait déboucher sur la signature de nouveaux accords bilatéraux et multilatéraux lors du sommet de l’OTAN.
Selon les analystes, Ankara ne s’oppose pas à l’idée d’une « OTAN plus européenne », qui pourrait être évoquée lors du sommet, mais à une condition : que la place et les intérêts de la Turquie soient reconnus dans la nouvelle architecture de sécurité.
Ainsi, la capitale turque, qui accueillera les 7 et 8 juillet un sommet de l’OTAN réunissant près de six mille invités, s’apprête à organiser pour la première fois un événement international d’une telle ampleur. Jusqu’à présent, la Turquie réservait ce type de grands rendez-vous internationaux à ses centres touristiques, comme Istanbul ou Antalya. À ce titre, le sommet de l’OTAN est déjà présenté comme un véritable test pour Ankara.
Par Ruslan Bachirli