MOSCOU DÉPLORE LE MANQUE DE RELATIONS AVEC TBILISSI. MAIS ALORS, LE SÉPARATISME DE TSKHINVALI ET DE SOUKHOUMI ? BILLET D’HUMEUR ANALYTIQUE

Analyses
13 Août 2026 17:51
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MOSCOU DÉPLORE LE MANQUE DE RELATIONS AVEC TBILISSI. MAIS ALORS, LE SÉPARATISME DE TSKHINVALI ET DE SOUKHOUMI ? BILLET D’HUMEUR ANALYTIQUE

À l’occasion du 18ᵉ anniversaire du début de la guerre d’août 2008, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Galouzine, a accordé une longue interview à l’agence TASS, dans laquelle il a notamment abordé les relations entre Moscou et Tbilissi.

Outre les éloges adressés aux dirigeants actuels de la Géorgie, qui, selon lui, n’ont pas cédé à une « pression extérieure sans précédent », la répétition des mantras déjà connus sur l’importance des touristes russes pour l’économie géorgienne ainsi que sur les liens culturels et spirituels entre les deux pays, Galouzine a constaté l’absence de contacts russo-géorgiens au niveau politique. Selon lui, la raison en serait l’impréparation de Tbilissi à de tels contacts.

Moscou félicite Tbilissi pour sa docilité, mais déplore l’absence de contacts au niveau politique

« En ce qui concerne les contacts politiques bilatéraux, ils sont actuellement inexistants. La raison tient à l’impréparation de la partie géorgienne à un tel dialogue. Il m’est bien entendu difficile de juger dans quelle mesure cela aide la Géorgie à résoudre tel ou tel problème, mais c’est une décision de ses autorités », a déclaré Galouzine.

À la question de savoir pourquoi il n’existe pas de contacts politiques bilatéraux entre la Russie et la Géorgie, le ministère russe des Affaires étrangères a en réalité lui-même fourni la réponse dans son « Communiqué à la presse » publié le 8 août 2026 à l’occasion de l’anniversaire de la guerre. Il y est explicitement question d’une « tâche prioritaire » : assurer la sécurité durable des entités séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud situées dans les territoires géorgiens occupés par la Russie.

Le communiqué indique également que le ministère russe des Affaires étrangères « attend à cet égard le lancement rapide d’efforts pratiques visant à élaborer et à signer un accord sur la non-utilisation de la force entre Tbilissi, d’une part, et Soukhoumi et Tskhinvali, d’autre part ». Selon le ministère russe, « une contribution réelle à la stabilisation de la situation dans les zones frontalières devrait être le lancement du processus de délimitation des frontières d’État géorgio-ossète du Sud et géorgio-abkhaze, suivi de leur démarcation ».

Ainsi, le ministère russe des Affaires étrangères affirme ouvertement que sa priorité est de parvenir à la séparation définitive de la Géorgie de territoires qui sont internationalement reconnus comme faisant partie de celle-ci. Et quelques jours plus tard, le vice-ministre russe des Affaires étrangères s’étonne, pour une raison quelconque, que Tbilissi ne souhaite pas engager de contacts politiques bilatéraux.

Mais pourquoi la Géorgie devrait-elle accepter ces contacts et « entériner » la perte de ses territoires ? Après tout, le Kremlin ne veut même pas discuter du règlement des problèmes humanitaires ni du retour des réfugiés géorgiens.

Il est évidemment clair que Moscou attend comme une manne providentielle, même une reconnaissance indirecte de la part de Tbilissi de la perte de contrôle sur ses territoires occupés. On peut difficilement douter qu’en échange, le Kremlin serait prêt à couvrir d’or et à inonder d’argent les autorités géorgiennes. Tout en laissant entendre aux responsables politiques ukrainiens à quel point ils seraient « bien lotis » s’ils se montraient, eux aussi, ne serait-ce qu’un peu plus conciliants à propos des territoires occupés.

À Tbilissi, on comprend parfaitement que l’effondrement de la politique néo-impériale de Moscou à l’égard de l’Ukraine est inéluctable

Dans les conditions actuelles, le gouvernement géorgien n’acceptera de principe aucune concession au Kremlin, même minime ou symbolique, concernant les territoires occupés. À Tbilissi, on comprend parfaitement que l’effondrement de la politique néo-impériale de Moscou à l’égard de l’Ukraine est inéluctable. Et cet effondrement entraînera à terme la chute rapide de tous les projets séparatistes, notamment en Transnistrie, en Abkhazie et dans ce que Moscou appelle « l’Ossétie du Sud ».

Ce n’est pas un hasard si, dans la même interview accordée à TASS, Mikhaïl Galouzine a proféré des menaces à l’encontre de Chisinau et de Kyiv, les mettant en garde contre toute « agression » envers l’entité séparatiste de la rive gauche du Dniestr soutenue par le Kremlin.

« Les dirigeants de la Moldavie et le régime de Kyiv doivent comprendre qu’une agression armée contre la rive gauche, où vivent plus de 220 000 citoyens russes, aura des conséquences catastrophiques pour les agresseurs eux-mêmes », a déclaré Galouzine.

Par son ton, cette déclaration rappelle les menaces du Kremlin envers la Géorgie en 2008, après que la Russie eut distribué massivement ses passeports dans les entités séparatistes situées sur le territoire géorgien. Mais chacun comprend parfaitement qu’au-delà des déclarations tonitruantes, ces menaces ne reposent désormais plus sur grand-chose. La Russie n’a même pas les moyens d’assurer un corridor terrestre vers la Crimée. Quant au corridor vers la Transnistrie, dont rêvaient encore récemment les patriotes russes de la mouvance « Z », en parler dans les conditions militaires actuelles est devenu tout simplement ridicule.

Il est intéressant de noter que, sur le plan économique, la Transnistrie est pleinement intégrée à la Moldavie ; même les responsables du régime séparatiste prennent l’avion depuis l’aéroport de Chisinau. Tout porte à croire que Moscou devra réintégrer ces territoires dans l’espace juridique moldave de manière pacifique et consensuelle, afin de ne pas s’exposer une fois de plus au ridicule.

Il en va de même pour les territoires géorgiens occupés. Pour l’instant, il dépend encore de la partie russe que leur désoccupation se fasse sans que le Kremlin perde la face. Le moment est donc venu pour le ministère russe des Affaires étrangères, lui aussi, de prendre des mesures afin que la réintégration des territoires géorgiens occupés se fasse de manière pacifique et aussi indolore que possible, tant pour la population qui vit actuellement sous occupation que pour les réfugiés géorgiens.

D’autant plus que la Russie, qui occupe les territoires géorgiens et continue d’empêcher le retour des réfugiés, s’est elle-même retrouvée confrontée au problème des personnes déplacées en provenance des régions situées sur le front. Et ce problème ne fera que s’aggraver en Russie si la guerre contre l’Ukraine se poursuit.

Par Vakhtang Djokhadze