Les grandes compagnies pétrolières occidentales opérant au Kazakhstan ont commencé à travailler à la création d’une nouvelle voie d’exportation du pétrole kazakh vers l’Europe, en contournant la Russie via la mer Caspienne. Selon le média anglophone Türkiye Today, cette initiative fait suite aux attaques de drones ukrainiens en mer Noire et aux attaques contre des pétroliers, qui ont perturbé les exportations de pétrole kazakh par l’oléoduc du CPC (Caspian Pipeline Consortium), qui traverse la Russie.
Le projet relierait le hub pétrolier d’Atyraou au port d’Aktau, d’où le pétrole brut serait acheminé vers Bakou, puis transporté par l’oléoduc BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan) jusqu’au terminal méditerranéen situé en Turquie.
Deux options sont envisagées pour acheminer le pétrole kazakh vers Bakou. La première consisterait à construire un oléoduc sous-marin reliant Aktau à la capitale azérie ; la seconde prévoirait une augmentation importante de la flotte de pétroliers du Kazakhstan. Le volume de transport visé pourrait atteindre 35 millions de tonnes par an. Selon les informations disponibles, les résultats de l’étude devraient être présentés aux actionnaires en novembre. Parmi les entreprises participantes figurent Chevron, ExxonMobil, Eni, Shell et TotalEnergies.
Actuellement, plus de 80 % des exportations de pétrole du Kazakhstan passent par le CPC, qui traverse la Russie. L’extension du champ de Tengiz, réalisée par Chevron après un investissement de 48 milliards de dollars, renforce la nécessité de rechercher une solution de remplacement.
Il convient de noter que le pétrole provenant des champs de Tengiz et de Kashagan est acheminé vers Aktau par voie ferrée, puisqu’il n’existe pas de pipeline direct reliant ces gisements au port.
Nurlan Joumagoulov, directeur exécutif du centre d’analyse kazakh Energy Monitor Fund, spécialisé dans le secteur pétrolier, a déclaré au Nikkei Asia que cette route serait nettement plus coûteuse que le CPC. L’étude de faisabilité doit être présentée aux actionnaires en novembre, date à laquelle les entreprises décideront s’il est pertinent de poursuivre la construction. Selon Joumagoulov, la construction des oléoducs Atyraou-Aktau et Aktau-Bakou prendra plusieurs années.
Rappelons qu’actuellement, le Kazakhstan exporte environ 1,3 million de tonnes de pétrole par an par l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan. Il est prévu d’augmenter les exportations de pétrole kazakh par cet oléoduc pour les porter à 1,8 million de tonnes. Toutefois, sachant que le Kazakhstan exporte environ 60 millions de tonnes de pétrole par an via le CPC, ce volume reste faible et constitue une alternative limitée par rapport à la route passant par la Russie.
Il y a quelques mois, BP a transféré à SOCAR la gestion de l’oléoduc Bakou-Soupsa, construit au milieu des années 1990 pour transporter le pétrole azéri jusqu’au port de Batoumi.
SOCAR et la compagnie publique géorgienne de pétrole et de gaz ont créé une coentreprise chargée de gérer l’oléoduc et de remettre son exploitation en service. Selon les analystes, la remise en service de l’oléoduc Bakou-Soupsa serait à terme destinée à permettre l’exportation de pétrole kazakh. Toutefois, une question demeure : comment et par quel moyen acheminer vers Bakou d’importants volumes de pétrole kazakh ?
Dans ce contexte, la possibilité de réaliser le projet d’oléoduc transcaspien, proposé au début des années 2000 mais abandonné en raison des risques géopolitiques, fait depuis plusieurs années l’objet de discussions approfondies dans les milieux énergétiques et politiques à Washington.
Des analystes et responsables politiques occidentaux estiment que l’affaiblissement de la position de la Russie en Asie centrale et dans le Caucase du Sud, ainsi que les événements liés à l’Iran, ont créé des conditions favorables à la construction d’un oléoduc et d’un gazoduc transcaspien.
D’autres continuent toutefois de considérer ce projet comme risqué, compte tenu des facteurs russe et iranien.