« DES ALLUMETTES BRUXELLOISES » POUR LE CAUCASE DU SUD : L’UE A REBOURS DE L’AGENDA DE PAIX DE BAKOU ET DE TRUMP

Analyses
2 Février 2026 17:43
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« DES ALLUMETTES BRUXELLOISES » POUR LE CAUCASE DU SUD : L’UE A REBOURS DE L’AGENDA DE PAIX DE BAKOU ET DE TRUMP

Une appellation à la consonance presque ironique, tant ce mécanisme finance en réalité le renforcement logistique et matériel des forces armées arméniennes, sous couvert d’une rhétorique humanitaire évoquant la « protection de la population civile en situation de crise et d’urgence ».

La réalité, pourtant, s’est rapidement imposée. Derrière l’emballage sémantique, la dimension militaire de cette enveloppe est pleinement assumée. Les promoteurs de la décision invoquent la nécessité de renforcer la « résilience de l’Arménie » et d’accélérer l’« interopérabilité opérationnelle » de ses forces armées, notamment en vue d’une participation future à des missions militaires internationales, y compris celles conduites par l’Union européenne elle-même.

Le Conseil de l’UE ne s’en cache d’ailleurs pas : avec cette nouvelle tranche, le montant total de l’aide octroyée à l’Arménie via le Fonds européen pour la paix atteint désormais 30 millions d’euros. Les premiers 10 millions avaient été accordés en 2024. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, s’est empressée de qualifier cette décision d’« étape importante » dans le renforcement de la coopération entre Bruxelles et Erevan « dans les domaines de la sécurité et de la défense ».

Le tableau est donc limpide. L’Union européenne, qui pendant près de trente années d’occupation de territoires souverains azerbaïdjanais par les forces armées arméniennes s’est soigneusement abstenue de nommer l’agression et le séparatisme pour ce qu’ils étaient, encourage aujourd’hui ouvertement, par des actes concrets et sans la moindre réserve, la résurgence d’un esprit de revanche en Arménie.

Au lieu d’exhorter Erevan à réviser sa Constitution — laquelle continue de contenir des revendications territoriales explicites à l’encontre de l’Azerbaïdjan — Bruxelles préfère emprunter une voie autrement plus dangereuse : celle de la militarisation et de l’escalade. Les initiatives européennes récentes dans le Caucase du Sud ne laissent guère de doute : elles nourrissent les sentiments anti-azerbaïdjanais au sein de la société arménienne et compromettent délibérément les perspectives de paix.

Il en résulte une conclusion difficile à éluder : les institutions européennes se fixent désormais pour objectif de freiner, voire de saboter, un processus de paix qui, grâce aux initiatives unilatérales et constructives de Bakou, était en passe de devenir irréversible. Depuis les accords conclus à Washington en août 2025 entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, sous l’égide de Donald Trump, la dynamique régionale a pourtant basculé avec une rapidité remarquable.

Les avancées autour du corridor de Zanguezour - y compris sur son tronçon arménien (TRIPP) — ainsi que l’implication croissante des États-Unis, témoignent d’une réalité nouvelle : l’ouverture complète des communications régionales n’est plus une hypothèse, mais une perspective historique tangible.

Washington, de son côté, ne laisse planer aucune ambiguïté quant à son engagement. La visite annoncée en février du vice-président américain J. D. Vance en Arménie et en Azerbaïdjan, tout comme les déclarations du président américain sur la plateforme TruthSocial concernant le renforcement du partenariat stratégique avec Bakou, confirment l’intérêt direct des États-Unis pour la consolidation de la paix dans le Caucase du Sud.

Dans ce contexte, la ligne suivie par Bruxelles apparaît avec une clarté brutale. Elle ne relève plus seulement d’un biais anti-azerbaïdjanais, mais d’une opposition frontale à la stratégie américaine incarnée par Donald Trump. Il ne s’agit plus de doubles standards européens, mais d’une absence totale de standards. En injectant une logique militaire dans une région à peine sortie de décennies de conflit, l’Union européenne agit comme un facteur de provocation et non comme un médiateur responsable.

Il serait naïf de croire que Bruxelles ignore les conséquences potentielles de ses choix. Pourtant, une alternative simple et crédible existe pour rétablir un minimum d’équilibre : accorder, via le même Fonds européen pour la paix, un soutien financier équivalent à l’Azerbaïdjan. Une telle démarche constituerait le seul signal tangible d’objectivité et d’impartialité dans la politique européenne à l’égard du Caucase du Sud.

C’est précisément la position défendue par Bakou. « Si le Fonds européen pour la paix décide d’accorder une aide financière à l’Arménie, un volume de soutien équivalent doit également être accordé à l’Azerbaïdjan », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Jeyhun Bayramov.

Désormais, la balle est dans le camp de Bruxelles. Les responsables européens devront choisir : contribuer à la paix ou continuer à jouer avec des allumettes dans une région encore inflammable.