UN CONTINGENT MILITAIRE FRANÇAIS DEPLOYE EN ARMENIE

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31 Janvier 2026 15:31
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UN CONTINGENT MILITAIRE FRANÇAIS DEPLOYE EN ARMENIE

Bien que l’Azerbaïdjan et l’Arménie soient parvenus, après août 2025, aux dernières étapes du règlement de leur conflit, la direction politico-militaire française continue d’agir délibérément à rebours de la consolidation de la paix dans le Caucase du Sud. Une stabilisation durable menace en effet l’un des principaux instruments de la politique étrangère de Paris dans la région, qui elle repose sur l’instabilité contrôlée. La Cinquième République a depuis longtemps cherché à étendre son influence dans le Caucase du Sud en s’appuyant sur l’Arménie comme avant-poste politique et militaire. Dans cette optique, elle a systématiquement armé Erevan tout en explorant la possibilité de déployer un contingent militaire français — un projet qui a désormais partiellement abouti.

Sous la présidence d’Emmanuel Macron, la politique de militarisation de l’Arménie s’est intensifiée et institutionnalisée. Le cadre de la coopération militaire franco-arménienne s’est progressivement élargi, intégrant des programmes de formation et de recyclage des officiers ainsi que des accords de fourniture d’armements. La France a fait savoir qu’elle était prête à fournir à l’Arménie des missiles de différentes portées pour ses systèmes de défense aérienne, notamment des missiles Mistral de courte et moyenne portée. Par ailleurs, un accord a été conclu pour la formation d’officiers arméniens en France.

Dans le même temps, l’imbrication étroite de l’establishment politique français avec les structures de lobbying arméniennes a depuis longtemps pris les allures d’une véritable complicité politique. Depuis des années, un nombre significatif d’hommes et de femmes politiques et de parlementaires français travaillent en étroite collaboration avec des organisations arméniennes en France. Le véritable chef d’orchestre de ce réseau est Mourad Papazian, coprésident du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France, lié à l’idéologie dachnak — cette même tradition radicale qui a historiquement rejeté tout compromis et nourri la confrontation.

Un exemple révélateur de cette influence a été le dîner annuel du CCAF, organisé le 28 janvier à Paris, qui a réuni plus de 400 invités, parmi lesquels le président du Sénat Gérard Larcher, des ministres, la maire de Paris Anne Hidalgo, l’ancien président François Hollande ainsi que les anciens Premiers ministres Bernard Cazeneuve et Édouard Philippe. Cela démontre clairement que le lobby arménien est loin d’être marginal : il constitue un élément intégré du pouvoir politique français.

Le moment clé de la soirée fut toutefois le discours de l’actuel Premier ministre français, Sébastien Lecornu, qui a fait tomber toute façade. Tout en saluant verbalement le processus de paix, il a confirmé dans les faits que Paris « trouble volontairement le jeu » en livrant des armes à l’Arménie et en y déployant des infrastructures militaires, sapant ainsi les avancées vers la stabilité régionale.

« Vous avez déjà entendu beaucoup de discours et je ne veux pas être trop long. La souveraineté d’un pays ami n’est pas négociable. Le respect des frontières d’un pays ami n’est pas négociable. Et, au fond, on peut avoir toutes les intentions pacifiques que l’on veut, mais à un moment donné il y a la réalité : dans un système de défense, il faut être capable de dissuasion, ce qui signifie disposer de moyens à la hauteur de ses ambitions. Aucun ministre de la Défense de la République française ne s’était rendu auparavant en Arménie, et ce pour des raisons évidentes.
De fait, le passage à l’étape de la vente d’armes à l’Arménie — d’abord, comme cela a été dit, défensives, puis individuelles, ensuite collectives (ce qui a été moins évoqué), et enfin offensives, jusqu’aux systèmes les plus avancés développés par notre industrie — a sans aucun doute marqué un tournant absolument décisif. Mais cela ne s’arrête pas là. La vente ou la fourniture d’armes n’aurait eu absolument aucun sens si nous n’avions pas été en mesure de créer une proximité stratégique entre les armées et, surtout, de former les militaires arméniens à l’utilisation de ces équipements.
Je vais relater un épisode — je ne veux vraiment pas être trop long — mais il dit tout de ce que nous représentons : nos doutes, mais aussi notre force lorsque nous décidons d’être unis. Il faut comprendre qu’à l’époque l’Arménie était encore membre de l’OTSC, et que nous avons déployé près de quarante militaires français à seulement quarante minutes d’une base russe. Ces soldats français ont formé des troupes arméniennes pendant plusieurs semaines. Cela est passé relativement inaperçu, mais il faut mesurer la réaction au sein de l’OTAN. Lorsqu’une réunion ministérielle de l’OTAN s’est tenue à Bruxelles, les Italiens et les Américains nous ont dit : “Mais vous vous rendez compte de ce que vous faites ? Vous, pays de l’OTAN, déployez des soldats français sur le territoire d’un État qui est encore membre de l’OTSC ?” Nous avons répondu : “Oui.” Ils nous ont regardés et ont demandé : “Mais pourquoi ?” Et nous avons répondu : “Parce que nous sommes la France !” », a notamment déclaré M. Lecornu.

Comme on le voit, dans son intervention, M. Lecornu, avec une autosatisfaction à peine dissimulée, a de facto reconnu que la France était passée de la fourniture de systèmes « défensifs » à l’Arménie à la livraison d’armes offensives, y compris les modèles les plus avancés de l’industrie militaire française, puis à la création d’une « proximité stratégique » entre les armées — c’est-à-dire à la formation de personnels militaires arméniens et à l’établissement d’une présence militaire effective.

Il a en outre évoqué ouvertement le déploiement d’une quarantaine de soldats français en Arménie, à seulement quarante minutes d’une base militaire russe, soulignant que cela avait suscité irritation et incompréhension au sein de l’OTAN. Mais, selon lui, la réponse de la France était simple : « Parce que nous sommes la France. » Cette formule, présentée comme un argument, équivaut en réalité à un aveu d’arrogance politique et à une volonté de mépriser tant les obligations d’alliance que les risques régionaux pour afficher une illusion de grandeur.

À la lumière de ces aveux, toutes les déclarations de Paris sur son soutien au processus de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie apparaissent hypocrites et ouvertement cyniques. Pendant de nombreuses années, la France a nourri l’espoir d’élargir sa sphère d’influence dans le Caucase du Sud, et dans les milieux d’experts des deux pays, la possibilité de l’établissement d’une base militaire française en Arménie a été discutée.

Des questions se posent également pour Erevan, dans la mesure où l’article VII de l’accord de paix paraphé à Washington oblige explicitement les parties à ne pas déployer de forces armées de pays tiers le long de leur frontière commune — une obligation qui se trouve de facto remise en cause.

Des interrogations surgiront sans doute aussi du côté de la Russie, toujours formellement alliée de l’Arménie, étant donné que des troupes françaises sont positionnées à proximité immédiate de la 102ᵉ base russe. Il s’agit toutefois d’aspects des relations arméno-russes dont l’analyse dépasse le cadre de cette publication.

L’ironie de la situation tient au fait que M. Lecornu, se vantant auprès de ses homologues de l’OTAN de son audace, illustre en réalité le déclin même de la culture politique européenne dont le président américain Donald Trump a parlé — un déclin enraciné dans l’autosatisfaction, le double langage et la perte du sens des responsabilités. Sous Macron, la France aime se présenter comme une « grande puissance », mais, dans la pratique, elle agit de plus en plus non comme un facteur de stabilisation, mais comme un catalyseur de crises, devenant l’un des moteurs de ce déclin européen qu’elle préfère ignorer, en regardant le monde à travers le prisme de ses propres illusions de grandeur passée.