Il s’y tient avec constance, multipliant les sorties tonitruantes non pas parce qu’il serait capable de proposer à son pays une quelconque stratégie d’avenir, mais uniquement en vue des élections législatives prévues cet été, qui constitueront une nouvelle tentative des soi-disant « robikovtsy » de retrouver, sinon le pouvoir dans son ensemble, du moins une présence à peu près honorable à l’Assemblée nationale.
Pour bien mesurer l’ampleur de leurs « souffrances », il convient de rappeler les résultats des élections législatives anticipées de 2021, organisées dans le contexte de la défaite de l’Arménie lors de la Deuxième guerre du Karabagh. À l’époque, les revanchistes disposaient pourtant de bien davantage de possibilités pour spéculer sur le thème du « Karabagh perdu », jouer sur les émotions et l’hystérie de la société. Mais, hélas, même dans ces conditions, le bloc de Kotcharian a subi un échec cuisant : sa tentative de revenir dans le fauteuil du « sauveur de la nation » s’est soldée par un banal fiasco.
On peut donc comprendre - sans pour autant les accepter - les espoirs nourris par l’ancien président et ses partisans à l’égard des prochaines élections législatives, surtout à la lumière du fait que Robert Sedrakovitch Kotcharian fait l’objet de poursuites pour des crimes graves. Ainsi, le parquet militaire de la République d’Azerbaïdjan l’accuse de participation à l’agression contre l’Azerbaïdjan, de crimes contre l’humanité, d’organisation de formations armées illégales, ainsi que d’autres actes criminels ayant laissé une trace sanglante dans l’histoire de la région.
Toute la corruption morale de Robert Kotcharian transparaît dans sa déclaration monstrueuse sur la « non-compatibilité génétique des Arméniens et des Azerbaïdjanais », qui révèle de manière flagrante la vision du monde de l’ancien dirigeant arménien, imprégnée d’idéologies à caractère nazi racialiste. Cette fois-ci, l’ex-président est allé jusqu’à affirmer que « le TRIPP est la plus grande menace pour la sécurité de l’Arménie, et que les États-Unis n’en ont besoin que pour contrôler les frontières iraniennes », ajoutant que « c’est un projet arméno-américain destiné à servir la Turquie et l’Azerbaïdjan ».
De telles déclarations amènent inévitablement à se demander si Kotcharian hallucine ou s’il souffre d’une perception déformée de la réalité nécessitant un traitement médical, tant il existe de preuves que ce projet est avant tout bénéfique pour l’Arménie elle-même et pour l’ensemble de la région. Le développement des infrastructures et des corridors de transit apporte un dynamisme économique, de nouveaux investissements, une sortie de l’isolement des transports et un élargissement des marchés extérieurs. C’est une chance de transformer le Caucase du Sud, éternelle zone de conflit, en un espace de coopération. Ces arguments permettent de penser que, par la voix de Kotcharian, ce sont très probablement ses parrains russes qui s’expriment - ceux-là mêmes qui, pendant des décennies, ont saboté le règlement du conflit arméno-azerbaïdjanais, craignant de perdre leurs leviers d’influence sur Bakou et Erevan.
Mais le temps a fini par remettre chaque chose à sa place. Après sa victoire lors de la guerre de 44 jours à l’automne 2020 et la brillante opération antiterroriste d’une journée menée en septembre 2023 dans la région du Karabagh, l’Azerbaïdjan a pleinement rétabli sa souveraineté et reconstitué son intégrité territoriale, et a proposé un agenda de paix qui se concrétise aujourd’hui. Une impulsion majeure à ce processus a été donnée par le paraphe du projet d’« Accord sur l’établissement de la paix et des relations interétatiques entre la République d’Azerbaïdjan et la République d’Arménie », dont la cérémonie s’est tenue le 8 août 2025 en présence des dirigeants des deux pays et du président américain Donald Trump, dans le bureau le plus emblématique du monde. Ces accords historiques ont ouvert une nouvelle page dans les relations bilatérales, tout en réduisant considérablement l’influence de Moscou dans le Caucase du Sud et en limitant automatiquement l’espace des manipulations russes.
Il va de soi que tout cela irrite Kotcharian au plus haut point, car cela détruit précisément l’idéologie de la haine sur laquelle il a bâti sa carrière. D’où ses élucubrations, comme celle-ci : « Le volume du commerce extérieur des États-Unis avec l’ensemble du Caucase du Sud représente environ 0,004 % - c’est insignifiant. Les États-Unis n’ont aucun intérêt dans la région ». L’étroitesse de vue du deuxième président de l’Arménie est tout simplement stupéfiante. Comme on le sait, la politique étrangère des superpuissances ne se mesure pas toujours, ni partout, à l’aune des volumes d’échanges commerciaux. Dans le cas du Caucase du Sud, les États-Unis sont davantage intéressés par la stabilité des routes énergétiques, la sécurité des corridors de transport et la réduction de l’influence de leurs concurrents géopolitiques dans cette région stratégique. Ne pas le comprendre relève soit de l’amateurisme, soit d’une volonté délibérée de tromper l’opinion publique.
Une autre de ses déclarations - « Les leviers d’influence de la Russie sur l’Arménie sont énormes, mais contrairement aux États-Unis, Moscou ne les utilise pas contre ses partenaires » - relève d’un mensonge cynique et éhonté. Les faits historiques montrent qu’au cours de sa présidence, Kotcharian a cédé à Moscou des secteurs et des entreprises stratégiques en règlement de la dette publique arménienne, notamment des installations énergétiques, des éléments clés des infrastructures de transport et des entreprises à vocation militaire. Autrement dit, il a remis les leviers de l’indépendance économique du pays entre des mains étrangères. La position de l’Arménie à cette époque a été très justement résumée par Boris Gryzlov : « L’Arménie est un avant-poste de la Russie dans le Caucase ».
À la lumière de l’ensemble de ses déclarations, c’est précisément dans ce rôle que Robert Sedrakovitch entend voir l’Arménie d’aujourd’hui et de demain, tandis qu’il se perçoit lui-même comme le « chef de l’avant-poste » - un éternel petit policier subalterne au service d’un supérieur moscovite.