L’AVENIR DE L’OTSC APRES LE GESTE ARMENIEN : TROIS ANALYSES D’EXPERTS SUR CALIBER.AZ

Interviews
30 Janvier 2026 15:34
39
L’AVENIR DE L’OTSC APRES LE GESTE ARMENIEN : TROIS ANALYSES D’EXPERTS SUR CALIBER.AZ

« Le dégel de l’adhésion de l’Arménie à l’OTSC ne devrait probablement pas avoir lieu, ce que nous considérons toujours comme un défi à l’autorité de cette structure régionale de sécurité et un enseignement pour les autres États membres », souligne le rapport.

Le rapport 2025 relevait déjà « l’incapacité » et « l’inefficacité » de l’OTSC à réagir aux problématiques du Caucase du Sud, laissant peu d’espoir que les motifs justifiant le gel de l’adhésion arménienne disparaissent.

En décembre 2024, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian avait évoqué un « point de non-retour » dans les relations avec l’OTSC, tout en ne déclarant pas formellement la sortie de l’organisation, se contentant de dire que l’Arménie « faisait une pause ».

Dans ce contexte, une question s’impose : quel avenir pour l’OTSC ? La sortie de l’Arménie pourrait-elle provoquer la désagrégation de l’organisation, par exemple dès cette année ? Caliber.Az a interrogé plusieurs analystes issus des États membres de l’OTSC.

Valeriy Karbalevich, politologue biélorusse et commentateur pour Radio Free Europe, estime que même une sortie arménienne ne mènerait pas à la dissolution de l’OTSC. Selon lui, l’organisation repose essentiellement sur la démonstration de loyauté envers la Russie de la part de certains membres.

« Ce bloc n’a pas de réelle utilité pratique pour protéger ses membres contre les menaces extérieures. De plus, l’OTSC n’a pas soutenu la Russie dans la guerre contre l’Ukraine. Néanmoins, la structure continuera d’exister, un peu à l’instar de la CEI », observe Karbalevich.

Parviz Mullodzhanov, politologue tadjik spécialisé dans l’Asie centrale, voit dans la situation arménienne le reflet d’une crise interne de l’OTSC qui couvait depuis longtemps.

Selon lui, deux principaux problèmes affectent l’organisation :

Un « déficit de vision » : la mission et le rôle de l’OTSC nécessitent une réévaluation dans le contexte géopolitique actuel. La Russie considère l’expansion de l’OTAN comme la principale menace, tandis que les pays d’Asie centrale mettent en avant le radicalisme islamique. De plus, certains membres estiment que l’organisation devrait jouer un rôle plus actif dans la prévention et la gestion des conflits dans l’espace post-soviétique. Ces divergences compliquent l’élaboration d’une stratégie commune et affaiblissent la stabilité de l’OTSC.

Crise de confiance interne : de nombreux États membres doutent de la capacité de l’organisation à assurer leur sécurité. Cette méfiance constitue un défi majeur, car la confiance mutuelle est la pierre angulaire de tout alliance militaire.

Mullodzhanov ajoute que les décisions stratégiques de Moscou sont souvent prises sans consultation des autres membres, comme lors du conflit en Ukraine, créant des défis politiques et économiques pour ces pays. Malgré ces problèmes, il juge prématuré de parler d’un effondrement de l’OTSC. L’organisation dispose encore de ressources pour se réformer, et la plupart des membres restent attachés à son maintien. Selon lui, dans les années à venir, seule l’Arménie pourrait quitter l’organisation, tandis que les autres préserveraient le statu quo, notamment pour ne pas compromettre leurs relations avec Moscou.

Le départ arménien ne conduirait donc pas à la disparition de l’OTSC, mais pourrait accentuer les crises internes et fragiliser son image, tout en réduisant l’influence de Moscou dans le Caucase du Sud et l’espace post-soviétique.

Askar Dzhakishev, politologue kirghize et professeur, souligne que les déclarations politiques viennent généralement des dirigeants et non des services de renseignement. Selon lui, l’Arménie a envoyé un signal de mécontentement envers l’OTSC - en particulier vis-à-vis de la Russie - en cherchant à obtenir des concessions politiques permettant de « débloquer » son adhésion sans perte de prestige.

Il rappelle que l’adhésion à l’OTSC couvre l’essentiel des besoins arméniens en matière de défense, formation militaire et protection des frontières. L’Arménie aurait donc plus que jamais besoin de l’organisation, mais cherche un prétexte politique pour revenir pleinement dans ses rangs.

Toutefois, il note que les récentes sorties médiatiques du propagandiste russe Vladimir Soloviov ont semé des doutes sur la fiabilité de l’OTSC dans les pays d’Asie centrale, et ces enseignements sont déjà pris en compte.