PASHINYAN ET SON "RÊVE DE ZANGUEZOUR": UNE NOUVELLE AMBITION POUR LE CORRIDOR RÉGIONAL

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6 Novembre 2024 21:17
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PASHINYAN ET SON "RÊVE DE ZANGUEZOUR": UNE NOUVELLE AMBITION POUR LE CORRIDOR RÉGIONAL

Le gouvernement arménien vient de dévoiler le projet de Nikol Pashinyan visant à simplifier le régime de transit dans le corridor de Zanguezour, une initiative marquante annoncée par le Premier ministre lors du sommet des BRICS, le 24 octobre à Kazan. Rustam Badasyan, chef du Comité des recettes de l’État arménien, a précisé les contours de ce projet, qui repose sur un échange électronique de données douanières afin de fluidifier la circulation des marchandises.

Ce que propose l'Arménie

Selon M. Badasyan, plusieurs mécanismes sont envisagés pour faciliter le transit entre les régions occidentales de l’Azerbaïdjan et la République autonome du Nakhitchevan, traversant le territoire arménien. Forte de son expérience avec la Géorgie, où un échange préalable de données permet de rationaliser les procédures douanières et de réduire les délais, l’Arménie explore également la possibilité d’utiliser des images scannées des cargaisons, afin d’accélérer les contrôles tout en minimisant les risques.

Tisser des liens régionaux

Ce projet de « corridor simplifié » s’inscrit dans la volonté affichée par Erevan de renforcer ses relations avec ses voisins. Avec l’Iran, des discussions sont en cours pour simplifier les formalités douanières et les processus de transit ; avec la Géorgie, l’idée d’un contrôle douanier conjoint est évoquée. L’Arménie a également exprimé son ouverture à une coopération avec l’Azerbaïdjan dans un cadre similaire, bien que les négociations formelles avec les autorités fiscales et douanières azerbaïdjanaises n’aient pas encore débuté.

L’échange électronique : vers une meilleure intégration logistique

L’adoption de systèmes d’échange électronique est désormais une pratique reconnue pour faciliter le commerce dans les corridors internationaux. En Azerbaïdjan, de tels dispositifs sont déjà intégrés aux projets « Corridor du milieu » et « Nord-Sud », permettant un traitement plus rapide aux frontières et un renforcement des capacités de transit. Si ce modèle était appliqué au corridor de Zanguezour, il pourrait considérablement accélérer le transport entre les régions occidentales de l’Azerbaïdjan et Nakhitchevan.

Une nouvelle étape dans les discussions transfrontalières

À Kazan, les vice-premiers ministres de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan ont abordé la question de la délimitation des frontières et ont adopté un nouveau protocole d’échange documentaire pour clarifier les limites territoriales. La rencontre dans la ville de Kazakh marque ainsi un nouveau jalon dans la redéfinition des routes de transport régionales, alors que les enjeux de mobilité transfrontalière gagnent en importance.

Vers un partenariat gazier avec l’Azerbaïdjan ?

La question d’un éventuel approvisionnement en gaz azerbaïdjanais est l’un des dossiers les plus sensibles sur la table. Nikol Pashinyan a déclaré qu'il était prêt à envisager un tel accord, à condition qu’un traité de paix soit conclu. Au Sommet mondial arménien de septembre à Erevan, il n’a pas écarté l’idée d’un transit de gaz depuis l’Azerbaïdjan à destination de la Turquie ou du Nakhitchevan via l’Arménie, ce qui pourrait redessiner les équilibres énergétiques régionaux.

Réduire la dépendance à la Russie et à l’Iran : un pari difficile pour l’Arménie

Aujourd’hui, Erevan dépend largement du gaz russe, avec des compléments en provenance d’Iran. Souhaitant diversifier ses sources d’approvisionnement, l’Arménie considère désormais l’Azerbaïdjan comme un partenaire potentiel. Selon des experts, la réhabilitation de l’ancien gazoduc soviétique Kazakh–Erevan serait réalisable à faible coût, mais l’Azerbaïdjan privilégie les marchés européens, où le prix du gaz est nettement plus avantageux.

Obstacles économiques et géopolitiques à surmonter

L’idée d’un approvisionnement en gaz azerbaïdjanais pourrait fragiliser la position de la Russie sur le marché arménien. Cependant, des questions de prix et de conditions persistent. Actuellement, Moscou livre son gaz à un tarif préférentiel de 165 dollars pour mille mètres cubes, un tarif qui lui confère une influence politique considérable sur Erevan. Si l’Arménie se décidait à payer davantage pour le gaz azerbaïdjanais, cela pourrait ouvrir la voie à une indépendance énergétique accrue, malgré des défis économiques et politiques notables.

Perspectives d'un dialogue énergétique entre Erevan et Bakou

La question du prix et de la disponibilité du gaz azerbaïdjanais reste en suspens. Pourtant, l’Arménie semble prête à explorer cette alternative, même si elle doit composer avec des tarifs potentiellement élevés. Cette démarche, bien que complexe, pourrait marquer un tournant dans les relations énergétiques au sein du Caucase du Sud, redéfinissant l’avenir énergétique de l’Arménie et sa quête d’autonomie vis-à-vis de Moscou.

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