LE RÉCIT D’ACTIVISTES SUR LE KARABAGH A PERDU LA BATAILLE, MAIS IL A TROUVÉ LA VILLE DE PARIS

Analyses
31 Août 2026 18:57
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LE RÉCIT D’ACTIVISTES SUR LE KARABAGH A PERDU LA BATAILLE, MAIS IL A TROUVÉ LA VILLE DE PARIS

La France redevient une scène pour des groupes séparatistes et anarchistes cherchant à transformer des revendications politiques en spectacle public. À un moment où la France elle-même connaît une importante instabilité politique et sociale, un groupe d’anarchistes lié à une organisation de lobbying arménienne a cherché à faire du bruit dans les rues de Paris. Qu’une telle action puisse avoir lieu en France n’est guère surprenant. Depuis des décennies, les réseaux de lobbying arméniens y trouvent un environnement favorable, faisant du pays une importante base pour des récits d’activistes et des campagnes politiques dirigés contre l’Azerbaïdjan.

La destruction de ce que l’Azerbaïdjan décrit comme une infrastructure terroriste au Karabagh lors de l’opération antiterroriste de septembre 2023 semble avoir connu une suite inattendue en France. L’entité séparatiste ayant été démantelée sur le terrain, ses vestiges réapparaissent de plus en plus dans les espaces politiques et publics européens.

Les personnes transférées à Bakou après l’opération anti-terroriste et accusées de crimes de guerre sont désormais jugées et, lorsque leur culpabilité est établie, condamnées par les tribunaux. Malheureusement, la justice n’est pas toujours acceptée de manière uniforme à travers le monde. Le principe devrait pourtant être simple : la souveraineté d’un État ne peut être purement et simplement ignorée parce qu’un lobby politique ou un groupe militant la considère comme gênante.

Si les personnes à l’origine de la « performance » artistico-politique parisienne avaient compris que leur action pouvait être interprétée comme une attaque contre la souveraineté d’un autre pays et comme une remise en cause du droit international, peut-être une telle mise en scène politique n’aurait-elle pas été présentée comme un événement digne d’une telle attention publique.

L’exemple le plus frappant est la grande banderole proclamant que 120 000 Arméniens ont été « expulsés » du Karabagh. Cette affirmation, du point de vue de l’argumentation développée ici, ne constitue pas simplement une accusation politique contre l’Azerbaïdjan. Elle s’inscrit dans une campagne plus large visant à présenter les événements du Karabagh à travers un récit unique, tout en écartant les circonstances qui ont précédé le départ de la population arménienne.

Le point central que ces groupes cherchent à occulter est que Bakou n’a pas fermé ses portes aux Arméniens qui vivaient au Karabagh. Selon la position défendue par l’Azerbaïdjan, la population est partie volontairement, sous l’influence de forces cherchant, depuis l’extérieur, à provoquer une confrontation, après le démantèlement de l’entité séparatiste qui existait sur place.

Le principe sous-jacent est toutefois clair. Le territoire de l’Azerbaïdjan est indivisible. L’établissement d’un prétendu État ou d’une république « quelle qu’elle soit » sur le territoire azerbaïdjanais n’allait jamais être accepté par Bakou, et les événements de 2023 ont démontré que le projet séparatiste était arrivé à son terme.

Cependant, les causes politiques disparaissent rarement simplement parce qu’elles ont échoué sur le terrain. Elles cherchent de nouvelles scènes, de nouveaux publics et de nouveaux soutiens politiques. Aujourd’hui, les groupes séparatistes et leurs partisans semblent précisément faire cela dans les rues de France, en utilisant des affiches percutantes et des expositions pour raviver un récit qui a déjà perdu son fondement territorial.

Le dernier épisode est particulièrement révélateur. Audrey Pulvar, adjointe à la mairie de Paris, ainsi que les coprésidents du CCAF, Mourad Papazian et Ara Toranian, ont installé sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris des panneaux présentant des photographies de dirigeants de l’entité qui était appelée l’« Artsakh ».

Cela soulève une question politique plus large pour la France. Jusqu’où un État démocratique doit-il aller dans l’accommodement de l’activisme politique lorsque celui-ci promeut un récit séparatiste concernant le territoire d’un autre État souverain ?

Le contraste avec les États-Unis mérite également d’être souligné. Une mobilisation similaire de la diaspora arménienne semblait bénéficier d’un espace politique considérable sous la précédente administration Biden. Toutefois, l’environnement politique à Washington a changé, et les récits qui étaient autrefois considérés comme politiquement commodes n’ont pas nécessairement le même poids partout ni à tous les moments.

La capacité à présenter un récit politique comme une vérité incontestable a peut-être fonctionné dans certains cercles politiques occidentaux. Mais cela ne rend pas ce récit vrai et ne garantit pas que la même stratégie réussira indéfiniment.

La mairie de Paris, cependant, semble déterminé à rester fidèle à une tradition plus ancienne.

La véritable question n’est donc pas simplement celle d’une manifestation de rue ou d’une nouvelle exposition politique. Il s’agit de savoir si la France est prête à offrir une tribune de plus en plus importante à des groupes cherchant à porter atteinte à l’intégrité territoriale et à la souveraineté d’un autre pays.

La France est, bien entendu, en droit de défendre la liberté d’expression et la liberté de réunion politique. Mais ce principe devrait s’appliquer de manière cohérente. La question est de savoir si l’État français est également ouvert à toutes les expositions, réunions et manifestations de rue de ce type lorsqu’elles contestent la souveraineté ou l’intégrité territoriale d’autres pays.

Ou bien quelque chose de plus spécifique est-il à l’œuvre ici ?

Si Paris continue d’offrir un espace politique aux organisations associées au mouvement de lobbying arménien pour promouvoir des récits séparatistes concernant le Karabagh azerbaïdjanais, cela conduira inévitablement à une conclusion difficile : il s’agirait moins d’une défense de principes démocratiques universels que d’une sympathie politique particulière à l’égard du lobbying arménien.

Le projet séparatiste a peut-être disparu du Karabagh. Mais dans les rues de Paris, sa vie politique après sa disparition du terrain continue manifestement d’être entretenue.

Et c’est une question que la France ne peut désormais plus éviter.

Par Elnur Enveroglu