Le député européen allemand Tomasz Froelich a vivement critiqué l’orientation actuelle de la politique étrangère de l’Union européenne, estimant que la rupture des relations parlementaires avec l’Azerbaïdjan constitue un nouveau signe du déclin de l’influence européenne dans le monde.
Selon lui, la tendance de l’UE à émettre des jugements moraux au lieu de bâtir des partenariats pragmatiques nuit à ses propres intérêts stratégiques, notamment dans le domaine de la sécurité énergétique, rapporte News.Az.
S’exprimant lors d’un débat au Parlement européen, Froelich a déclaré que la décision de l’Azerbaïdjan de suspendre ses relations parlementaires avec l’UE devait être comprise dans le contexte plus large des relations de plus en plus tendues entre l’Europe et les grandes puissances mondiales.
Il a souligné que l’UE entretient des relations difficiles avec les États-Unis et la Chine, tandis que ses relations avec la Russie se sont pratiquement effondrées. Dans ce contexte, il estime que la décision de Bakou illustre la marginalisation croissante de Bruxelles sur la scène internationale.
D’après Froelich, le problème fondamental est que l’Azerbaïdjan est lassé de ce qu’il qualifie de « jugements moraux » permanents émanant du Parlement européen.
« Le problème, c’est que l’Azerbaïdjan en a assez des jugements moraux du Parlement européen. Et je suis d’accord avec eux. »
Le député européen a critiqué ceux qui, selon lui, se posent constamment en donneurs de leçons tout en manquant eux-mêmes de crédibilité. Il a accusé l’UE d’indignation sélective et affirmé que sa politique étrangère était souvent guidée davantage par l’hypocrisie que par une réflexion stratégique.
Froelich a également évoqué la situation au Karabagh et les accusations concernant les souffrances des Arméniens, affirmant que des centaines de milliers de personnes avaient fui et que le patrimoine culturel chrétien avait été endommagé. Toutefois, sa principale critique visait le Parlement européen, qu’il accuse d’avoir échoué à agir efficacement et de s’être retranché derrière ce qu’il a qualifié de « résolutions stupides ».
Il a aussi mentionné les scandales de corruption impliquant des responsables politiques européens, estimant que ces affaires affaiblissent encore davantage l’autorité morale de l’UE dans ses relations avec les autres pays.
Dans le même temps, Froelich a salué le processus de normalisation en cours entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, qu’il considère comme une évolution positive. Il a toutefois averti que la période actuelle restait extrêmement sensible et qu’affaiblir les relations avec l’Azerbaïdjan serait géopolitiquement irresponsable.
« Abandonner ces relations relève d’une puérilité géopolitique. »
Une grande partie de son intervention a porté sur la sécurité énergétique. Il a insisté sur l’importance du gaz acheminé par gazoduc depuis l’Azerbaïdjan pour l’industrie européenne, en particulier depuis que l’Europe a réduit sa dépendance au gaz russe et s’est tournée vers le gaz naturel liquéfié américain, plus coûteux.
Selon lui, si l’UE continue à traiter l’Azerbaïdjan de cette manière, elle risque de porter un coup sévère à la sécurité énergétique européenne.
« Si nous continuons à jouer avec l’Azerbaïdjan de cette façon, vous porterez le coup final à la sécurité énergétique de l’Europe. »
Il a ajouté que, même si les députés européens ne ressentent pas personnellement les conséquences de la hausse des coûts de l’énergie, les citoyens et les entreprises européennes, eux, en subissent déjà les effets. À ses yeux, l’Europe a besoin de partenaires stratégiques fiables, de routes énergétiques alternatives et d’une politique étrangère plus pragmatique si elle veut rester un acteur crédible dans le monde multipolaire émergent.
Froelich a conclu en affirmant que l’Europe devait abandonner une pensée postcoloniale dépassée ainsi que ce qu’il appelle « l’impérialisme moral ». Selon lui, une telle approche ne peut qu’affaiblir l’industrie européenne, la prospérité du continent et le niveau de vie de sa population.
« L’impérialisme moral est une logique qui ne peut que saper notre industrie, notre prospérité et le niveau de vie sur notre continent. »
La décision de l’Azerbaïdjan de suspendre sa coopération avec le Parlement européen a déclenché de vifs débats à Bruxelles, révélant de profondes divergences entre les eurodéputés quant à l’approche de l’UE envers Bakou. Alors que certains élus ont critiqué l’Azerbaïdjan et appelé l’Union à maintenir la pression sur Bakou au sujet des droits humains, d’autres ont averti que la politique de « leçons de morale » menée par Bruxelles éloignait un partenaire stratégique à un moment où l’Europe est déjà confrontée à de graves défis géopolitiques et énergétiques.