La banque géorgienne Basisbank, détenue par des intérêts chinois, a finalisé l’acquisition de 95,99 % des parts de Liberty Bank. Cette opération semble s’inscrire dans une stratégie de son ancien propriétaire, Irakli Rukhadze, visant à se désengager d’actifs clés après que des sanctions britanniques ont frappé un autre de ses anciens biens - la chaîne de télévision progouvernementale Imedi.
Rukhadze, l’un des hommes les plus riches de Géorgie, a confirmé la vente sans en détailler les modalités, précisant que le processus était en cours depuis environ un an.
De son côté, Basisbank a indiqué avoir mené à bien la transaction après avoir obtenu l’ensemble des autorisations réglementaires nécessaires. Cette acquisition pourrait constituer un tournant important pour le secteur bancaire géorgien.
Le directeur général de Basisbank, David Tsaava, a qualifié cette opération d’étape majeure, estimant que la mise en commun des ressources humaines et technologiques permettrait de créer une plateforme financière universelle solide, capable de soutenir à la fois les entreprises et les particuliers. Selon lui, une concurrence accrue profitera aux clients, tandis que des ressources supplémentaires offriront davantage de possibilités de financement aux entreprises et contribueront au développement économique du pays.
Le directeur général de Liberty Bank, Beka Gogichaishvili, a déclaré que diriger la banque durant cette période de transformation et de croissance avait été un honneur. Il a remercié les employés pour leur professionnalisme et leur engagement, qu’il considère comme les fondements du succès de l’établissement, et s’est dit convaincu que cette transaction ouvrirait de nouvelles perspectives pour la banque, ses clients et ses équipes.
Afin d’assurer la continuité et une gestion coordonnée, David Tsaava assumera également les fonctions de directeur général de Liberty Bank. À ce stade, les deux établissements continueront d’opérer de manière indépendante, avec l’ensemble des services, produits et canaux clients maintenus sans interruption.
Cette acquisition intervient quelques mois après que le Royaume-Uni a imposé des sanctions à la chaîne Imedi pour son implication présumée dans la diffusion de désinformation pro-russe. Un mois avant ces sanctions, Rukhadze avait cédé Imedi à Prime Media Global pour la somme symbolique de 1 000 laris (environ 370 dollars).
L’ancien gouverneur de la Banque nationale et économiste Roman Gotsiridze a exprimé ses inquiétudes quant à cette opération, estimant que Rukhadze avait « fui » Liberty Bank par crainte de nouvelles sanctions.
Il s’est également inquiété du fait qu’une banque sous contrôle chinois soit chargée de distribuer pensions et aides sociales à plus de 1,7 million de personnes, tout en ayant accès aux données personnelles d’environ 40 % de la population géorgienne. « Ce n’est pas pour rien que les États-Unis ont forcé les Chinois à vendre TikTok », a-t-il déclaré. Il a toutefois reconnu que cette acquisition permettait à Liberty Bank de s’éloigner du risque de sanctions.
Gotsiridze a par ailleurs souligné que l’identité des actionnaires minoritaires restants demeurait inconnue. Selon lui, Liberty Bank sert actuellement environ 888 000 retraités, 700 000 bénéficiaires d’aides sociales, ainsi qu’environ 100 000 titulaires de comptes, particuliers et entreprises.
Liberty Bank a été créée en 2009, à la suite de la reprise de l’ancienne People’s Bank of Georgia par le milliardaire roumain Dinu Patriciu via Liberty Capital LLC, un véhicule d’investissement fondé avec l’ancien Premier ministre géorgien Lado Gurgenidze. Ce dernier avait quitté ses fonctions en octobre 2008 après moins d’un an au pouvoir et avait auparavant occupé le poste de président exécutif de Bank of Georgia.
En 2016, Irakli Rukhadze, via Honeywell Partners, avait ensuite conclu un accord pour acquérir Liberty Bank.