Ces dernières années, les relations entre l’Azerbaïdjan et les pays d’Asie centrale se sont développées à un rythme soutenu et constituent désormais un modèle d’intégration interrégionale réussie. Les liens ethniques et culturels se sont progressivement transformés en une alliance stratégique fondée sur des intérêts politiques et économiques communs.
Le 31 juillet, le Conseil interétatique Azerbaïdjan–Kirghizistan a tenu sa troisième réunion dans la ville de Cholpon-Ata, en présence du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev et du président kirghize Sadyr Japarov.
Cholpon-Ata accueille également le sommet informel des chefs d’État d’Asie centrale et d’Azerbaïdjan – le « Groupe des Six » – créé lors de la septième Réunion consultative des dirigeants des États d’Asie centrale, tenue à Tachkent en novembre 2025. L’ancien format « 5+1 » ne reflétait plus les intérêts des pays participants, et l’Azerbaïdjan est devenu un membre à part entière des Réunions consultatives. Cette évolution constitue une conséquence logique et naturelle des transformations plus larges en cours à travers l’Eurasie.
Les initiatives de Bakou ont offert aux États d’Asie centrale une nouvelle voie d’accès, plus fiable, vers l’Europe et, plus largement, vers l’Occident. Une région qui, il y a encore quelques années, était considérée comme un « club fermé » est sortie de l’isolement résultant de sa dépendance à l’égard de la Russie. Les nouveaux corridors de transport et les nouvelles opportunités ont profondément transformé le paysage régional, permettant aux pays d’Asie centrale de gagner en autonomie et de devenir des acteurs de plus en plus influents.
Le Sommet Asie centrale–Azerbaïdjan reflète une tendance de long terme : l’Asie centrale n’est plus une région périphérique de la politique mondiale, mais devient un centre autonome de la géoéconomie eurasiatique et de la logistique des transports. Dans un contexte marqué par la crise de l’ancien modèle de mondialisation, les tensions géopolitiques liées aux sanctions, les conflits au Moyen-Orient et la reconfiguration des corridors mondiaux de transport, ce format revêt une importance stratégique particulière.
Cette évolution est particulièrement significative pour le Kirghizistan. Pendant de nombreuses années, le pays est resté en marge de la région, largement exclu des grands projets et des opportunités économiques. Toutefois, avec la transformation du paysage régional, le rôle de Bichkek a commencé à évoluer.
Le 31 juillet, une cérémonie d’échange de documents bilatéraux s’est tenue à Cholpon-Ata en présence des présidents Aliyev et Japarov. Le plus important d’entre eux est le Traité sur les relations d’alliance. Les relations d’alliance représentent le plus haut niveau de coopération entre États et témoignent du fait que les relations bilatérales ont atteint un stade qualitativement nouveau et sans précédent. Il s’agissait d’un objectif poursuivi de longue date par Bakou et Bichkek, désormais pleinement réalisé.
Un autre accord majeur concerne le Fonds de développement Azerbaïdjan–Kirghizistan, créé en 2022. Lors des discussions à Cholpon-Ata, les deux dirigeants sont convenus de doubler le capital du Fonds, qui atteindra désormais 200 millions de dollars. S’exprimant devant la presse à l’issue de la réunion, Ilham Aliyev s’est déclaré convaincu que cette augmentation ne serait pas la dernière, soulignant que « la présentation qui nous a été faite sur les activités du Fonds montre qu’il est désormais alimenté par des projets concrets ».
À l’heure actuelle, le Fonds finance des initiatives stratégiques d’une valeur totale de 52,7 millions de dollars, tandis qu’une dizaine d’autres projets d’investissement sont à l’étude.
Les accords conclus dans le secteur de l’énergie revêtent une importance particulière, notamment pour le Kirghizistan. À Cholpon-Ata, les deux parties ont signé une feuille de route pour la coopération dans le domaine énergétique ainsi qu’un mémorandum sur la fourniture de produits pétroliers.
La sécurité énergétique est devenue un facteur de plus en plus important renforçant l’importance stratégique de l’Azerbaïdjan pour le Kirghizistan et, plus largement, pour l’Asie centrale. Le Kirghizistan avait auparavant demandé à l’Azerbaïdjan d’envisager des livraisons d’essence et d’autres produits pétroliers. La Russie était traditionnellement le principal fournisseur de carburants du Kirghizistan, mais à la suite d’une série d’attaques de drones contre ses infrastructures pétrolières, Moscou a été contraint de limiter ses exportations afin de privilégier la demande intérieure.
Dans ces conditions, l’Azerbaïdjan s’impose non seulement comme un pôle majeur de transport et de logistique, mais aussi comme un partenaire énergétique de plus en plus important pour l’Asie centrale, capable de contribuer à la diversification des approvisionnements en carburants, notamment à destination du Kirghizistan.
Comme l’a déclaré le ministre kirghize de l’Énergie, Altynbek Rysbekov, en marge de la réunion du Conseil interétatique Azerbaïdjan–Kirghizistan à Cholpon-Ata, les deux pays devraient prochainement mettre en place un mécanisme concret pour les livraisons de pétrole et de produits pétroliers. Des accords préliminaires ont déjà été conclus et un mémorandum a été signé. L’étape suivante consistera à établir le cadre de mise en œuvre. Selon le ministre, ces mécanismes devraient être finalisés dans les prochains jours, probablement d’ici une semaine.
Les accords relatifs à la connectivité des transports sont tout aussi importants pour le Kirghizistan. Grâce à sa position géographique unique, l’Azerbaïdjan offre aux États d’Asie centrale un accès à la mer Noire et aux marchés européens, des infrastructures portuaires modernes sur la mer Caspienne, des corridors de transport multimodaux, ainsi que des possibilités de participer à des projets régionaux dans les domaines de l’énergie et du numérique.
Les experts kirghizes mettent particulièrement l’accent sur la construction de la ligne ferroviaire Chine–Kirghizistan–Ouzbékistan qui, une fois achevée, sera reliée au réseau de transport azerbaïdjanais à travers la mer Caspienne. Les marchandises pourront ensuite être acheminées via la Géorgie et la Turquie vers l’Europe, ainsi que par l’Iran vers le Moyen-Orient. Dans ce contexte, l’Azerbaïdjan s’affirme comme l’un des principaux pôles logistiques de la Grande Eurasie.
Bien que le volume global de la coopération économique bilatérale demeure relativement modeste, il connaît une croissance rapide. Les progrès les plus remarquables ont été enregistrés dans le domaine du commerce bilatéral. Selon le Comité national des statistiques du Kirghizstan, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 13,67 millions de dollars entre janvier et mai 2026, contre 4,63 millions de dollars pour la même période en 2025, soit un quasi-triplement. Cela représente une hausse de 194,9 %.
Le principal moteur de cette croissance a été la forte augmentation des importations de produits azerbaïdjanais au Kirghizstan. Au cours des cinq premiers mois de 2026, ces importations se sont élevées à 10,53 millions de dollars, contre seulement 988 900 dollars durant la période correspondante de l'année précédente. Ce rythme de progression a largement dépassé celui de l'ensemble du commerce extérieur du Kirghizstan au cours du premier semestre de l'année.
Parallèlement à la coopération économique, le dialogue politique et la coopération en matière de sécurité ont également continué de se renforcer. Début juin, dans le cadre du plan de coopération bilatérale pour 2026, une délégation militaire kirghize s'est rendue en Azerbaïdjan. Les deux parties ont discuté des questions de sécurité intérieure et militaire, ainsi que des perspectives d'élargissement de la coopération entre leurs institutions respectives. Ces contacts témoignent de l'élargissement progressif de l'agenda bilatéral.
La coopération humanitaire s'est également développée de manière dynamique. Ce printemps, une délégation officielle kirghize conduite par le secrétaire d'État Arslan Koïtchiev et le ministre de la Culture, de l'Information et de la Politique de la jeunesse, Mirbek Mambetaliev, s'est rendue en Azerbaïdjan. Le moment fort de cette visite a été la première de la comédie musicale Jamila, mise en scène par la Philharmonie nationale kirghize dans le cadre des célébrations du centenaire de Tchinguiz Aïtmatov. Il convient de rappeler qu'un monument dédié au grand écrivain kirghiz a été inauguré à Bakou en 2024.
Une dimension particulière des relations entre l'Azerbaïdjan et le Kirghizstan réside dans la participation du Kirghizstan à la reconstruction des territoires libérés de l'Azerbaïdjan. Dans le même temps, l'Azerbaïdjan a mis en œuvre plusieurs projets sociaux et humanitaires au Kirghizstan, conférant à la coopération bilatérale une portée non seulement pratique, mais aussi symbolique. Avec le soutien de l'Azerbaïdjan, Bichkek s'est dotée du Parc de l'Amitié, de l'école Nizami Gandjavi n° 103 et du complexe scolaire Heydar Aliyev.
De son côté, le Kirghizstan a construit l'école secondaire Aikol Manas dans le village de Khydyrly, situé dans le district d'Aghdam en Azerbaïdjan. Cet établissement moderne, pouvant accueillir 528 élèves, a été officiellement inauguré en juillet de l'année dernière en présence des présidents des deux pays.
En outre, le Kirghizstan a offert 225 yaks à l'Azerbaïdjan afin de soutenir le développement de l'élevage dans les territoires libérés du pays.
Si la coopération économique est devenue le principal pilier des relations bilatérales, les échanges humanitaires et culturels continuent également de se développer de manière constante, tandis que les deux pays poursuivent une coopération efficace sur la scène internationale.
En conclusion, les relations entre l'Azerbaïdjan et le Kirghizstan ont depuis longtemps dépassé le cadre de la coopération interétatique traditionnelle. Elles constituent aujourd'hui un modèle abouti de partenariat allié, fondé sur la confiance mutuelle, la compréhension politique et la convergence des intérêts nationaux à long terme.
Par Tural Heybatov