MACRON FAIT UN GESTE ENVERS LES PIEDS-NOIR EN RECONNAISSANT DEUX "MASSACRES" EN ALGÉRIE

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20 Avril 2022 21:45
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MACRON FAIT UN GESTE ENVERS LES PIEDS-NOIR EN RECONNAISSANT DEUX "MASSACRES" EN ALGÉRIE

Paris / La Gazette

Emmanuel Macron a adressé un geste fort mercredi aux rapatriés d'Algérie en qualifiant d'« impardonnable pour la République » la fusillade de la rue d'Isly à Alger en mars 1962, et en estimant que le « massacre du 5 juillet 1962 » à Oran devait être « reconnu ».

Devant un parterre de rapatriés réunis à l'Elysée, le chef de l'Etat est revenu sur la fusillade de la rue d'Isly, dans laquelle des dizaines de partisans de l'Algérie française furent tués par l'armée en mars 1962.

« Ce jour-là les soldats français déployés à contre emploi, mal commandés, ont tiré sur des Français (...) Ce jour-là ce fut un massacre », a déclaré M. Macron, ajoutant que « 60 ans après » ce « drame passé sous silence », « la France reconnaît cette tragédie ».

Evoquant la « surenchère atroce d'insécurité et de violence », « d'attentats et d'assassinats » qui scandèrent la fin de la guerre d'Algérie, M. Macron a également exhorté à reconnaître et « regarder en face » le « massacre du 5 juillet 1962 » à Oran, qui toucha « des centaines d'Européens, essentiellement des Français ».

« Ce massacre doit être regardé en face et reconnu », a-t-il tranché. « La vérité doit être de mise et l'histoire transmise », a insisté le chef de l'Etat.

Face aux rapatriés, M. Macron a aussi souligné la difficulté de « ces mois d'adieu et de déchirure » qui ont frappé des milliers de familles.

« Votre arrivée en métropole est un soulagement car vous vous savez ici en sécurité, mais elle n'est pas une consolation, car vous vous sentez vite incompris, méprisés pour vos valeurs, votre langue, votre accent, votre culture », a rappelé le chef de l'Etat, déplorant que « la plupart » se soient « heurtés à l'indifférence quand ce n'était pas aux préjugés ».

« Il y a 60 ans les rapatriés d'Algérie ne furent pas écoutés. Il y a 60 ans ils ne furent pas reçus avec l'affection que chaque citoyen français en détresse mérite », a ajouté le chef de l'Etat.

Et désormais « le chemin qu'il nous revient de faire est celui de cette réconciliation », a plaidé M. Macron.

Cette « reconnaissance » s'inscrit dans une série d'actes mémoriels, depuis le début du quinquennat et à l'approche du 60e anniversaire de la fin de la guerre d'Algérie avec les Accords d'Evian puis l'indépendance de ce pays le 5 juillet 1962.

Le 20 septembre 2021, le chef de l'Etat avait demandé « pardon » aux « harkis », supplétifs algériens de l'armée française, qui furent « abandonnés » par la France. Un projet de loi, actant ce « pardon » et tentant de « réparer » les préjudices subis, est en cours d'examen au Parlement et devrait être adopté d'ici la fin du mois de février.

La balance mémorielle reste déséquilibrée

Ce geste est important pour les "Français d'Algérie" tels que se désignent eux-mêmes les Français de la métropole venus vivre en Algérie et les anciens colons. Mais il serait contre-productif d'oublier que les Algériens de souche étaient également , durant l'époque coloniale, des "Français d'Algérie". Ils n'avaient simplement pas les mêmes droits et subirent des exactions sans commune mesure avec celles dont les premiers furent victimes.

On citera pêle-mêle les "enfumades" de Bugeaud et Cavaignac en 1844 et 1845, les exécutions sommaires, l'affaire des crânes du Musée de l'Homme, les massacres Skikda, El-Harrouch, El-Khroub, Beni Oudjehane dans les années 50-60, sans parler des Algériens jetés dans la Seine par les policiers français sous l'ordre de Maurice Papon en 1961. La balance tragique penche largement du côté des exactions de l'armée et de la police françaises. C'est la reconnaissance de cette réalité que réclament, depuis longtemps, les autorités algériennes, et qui tarde bien à venir...

(Avec AFP)