LE RECIT AMERICAIN OCCIDENTAL SUR LE PAYSAGE RELIGIEUX DE L'AZERBAIDJAN PASSE A COTE DE L'ESSENTIEL

Analyses
6 Juin 2026 10:20
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LE RECIT AMERICAIN OCCIDENTAL SUR LE PAYSAGE RELIGIEUX DE L'AZERBAIDJAN PASSE A COTE DE L'ESSENTIEL

Le dernier rapport publié par la Commission des États-Unis sur la liberté religieuse internationale concernant l’Azerbaïdjan soulève de sérieuses interrogations quant à l’objectivité, à l’équilibre et aux motivations politiques qui sous-tendent certaines évaluations internationales présentées sous la bannière de la défense des droits humains.

Toute analyse sérieuse doit prendre en compte à la fois les affirmations normatives des organismes de surveillance internationaux et la réalité historique et sociale du pluralisme azerbaïdjanais. Réduire le pays à un récit unique revient à ignorer le fonctionnement réel de son modèle de coexistence.

La représentation de l’Azerbaïdjan comme un État intrinsèquement hostile à la religion apparaît, à cet égard, particulièrement réductrice sur le plan analytique.

Bien avant que le « multiculturalisme » ne devienne un concept de politique publique, la diversité religieuse constituait déjà une réalité quotidienne en Azerbaïdjan. Les musulmans chiites et sunnites y partageaient des espaces religieux publics et privés, tandis que les communautés juives, chrétiennes et d’autres confessions maintenaient leurs institutions et leur vie culturelle. L’exemple le plus emblématique demeure le Village Rouge (Krasnaïa Sloboda), dans la région de Quba, l’une des rares localités entièrement juives au monde situées hors d’Israël. Pendant des siècles, les Juifs des montagnes y ont préservé leurs synagogues, leurs écoles et leurs structures communautaires, tout en vivant aux côtés de voisins musulmans et chrétiens.

Le langage employé dans le rapport apparaît particulièrement problématique en raison de son recours à des accusations politiquement sensibles, à des récits issus de l’opposition et à des allégations non vérifiées présentées comme des faits établis. Nombre des accusations figurant dans le document négligent le contexte sécuritaire régional plus large, notamment les efforts de l’Azerbaïdjan pour lutter contre l’extrémisme radical, le séparatisme et l’instabilité post-conflit consécutive à plusieurs décennies d’occupation et de guerre.

Tout aussi préoccupante est la manière dont le rapport présente la réglementation des organisations religieuses en Azerbaïdjan comme intrinsèquement répressive, alors que de nombreux pays disposent de cadres juridiques régissant les activités religieuses, les procédures d’enregistrement ou encore les opérations missionnaires étrangères pour des raisons liées à l’ordre public et à la sécurité nationale.

Le document révèle également de nets doubles standards dans son traitement des questions régionales.

Auparavant, le Haut Représentant des Nations unies pour l’Alliance des civilisations, Miguel Ángel Moratinos, avait déclaré, lors d’une rencontre avec le président de l’Administration spirituelle des musulmans du Caucase, le cheikh-ul-islam Allahshukur Pashazadeh, sa satisfaction quant au niveau élevé de coopération entre l’Alliance des civilisations de l’ONU, l’Azerbaïdjan et cette institution religieuse.

Rappelant son mandat de lutte contre l’islamophobie, il avait souligné le rôle actif joué par l’Azerbaïdjan dans ce domaine et proposé l’organisation de conférences conjointes à l’avenir.

La diversité religieuse en Azerbaïdjan est profondément enracinée dans son histoire. Si l’islam est devenu la religion dominante dès le début du Moyen Âge, il n’a jamais fait disparaître les autres traditions religieuses.

Au sein même de l’islam, l’Azerbaïdjan a développé un équilibre particulièrement remarquable entre les traditions chiite et sunnite. Aujourd’hui, la majorité de la population se déclare chiite, tandis qu’une minorité notable se réclame du sunnisme. Dans de nombreuses régions du monde muslman, ces différences ont parfois été sources de tensions ou de conflits. En Azerbaïdjan, elles ne constituent généralement pas un facteur déterminant de la pratique religieuse, qu’elle soit publique ou privée.

Le gouvernement azerbaïdjanais a constamment mis en avant la tolérance religieuse et la coexistence multiculturelle comme éléments de sa politique d’État. Les institutions religieuses de diverses confessions bénéficient de l’attention des pouvoirs publics et, dans certains cas, d’un soutien financier et infrastructurel. Depuis le début des années 2000, de nombreuses mosquées ainsi que des sites religieux et culturels ont été restaurés ou construits à travers le pays. Parmi eux figurent des monuments historiques majeurs tels que la mosquée Bibi-Heybat, la mosquée Taza Pir, la mosquée Azhdarbey, ainsi que le complexe religieux et culturel d’Imamzadeh.

Au XXIe siècle, l’Azerbaïdjan a activement promu le concept de multiculturalisme comme composante de son identité nationale et de son image internationale. Cette approche présente le pays comme un modèle de coexistence interconfessionnelle dans une région souvent associée aux conflits ethnoreligieux.

Le discours officiel met l’accent sur la tolérance, la coexistence et le pluralisme historique. Des initiatives soutenues par l’État favorisent le dialogue interreligieux, les festivals culturels et la coopération entre communautés religieuses. L’idée défendue est que la diversité de l’Azerbaïdjan n’est pas simplement tolérée, mais qu’elle est reconnue institutionnellement comme une composante essentielle de l’identité nationale.

La réputation de l’Azerbaïdjan en matière d’harmonie interreligieuse ne relève pas d’un simple exercice de communication. Elle constitue un atout stratégique fondé sur une pratique historique. Lorsqu’une société repose déjà sur une culture de tolérance au quotidien, de modestes améliorations juridiques peuvent produire des effets considérables, car elles renforcent un pacte social préexistant au lieu de l’inventer. À l’inverse, un discours qui ignore cet héritage risque d’aliéner ceux qui considèrent la diversité non comme une exigence extérieure, mais comme un héritage national.

En définitive, il est légitime de critiquer certains choix juridiques ou procéduraux spécifiques. En revanche, il est injustifié de tirer de ces critiques une condamnation globale qui effacerait le modèle singulier et résilient de pluralisme développé par l’Azerbaïdjan. La diversité originelle du pays a servi de socle à un système de relations que les politiques publiques modernes ont cherché à formaliser. À une époque où certaines parties de l’Europe affichaient leur désillusion à l’égard du multiculturalisme, l’Azerbaïdjan a choisi d’en faire une politique d’État, alignant ainsi son architecture politique sur une réalité sociale forgée au fil des siècles.

Par Ulviyya Poladova