À Bientôt deux semaines du conflit armée russo-ukrainien, l'armée russe continue de bombarder simultanément plusieurs villes, poursuit son siège du port stratégique de Marioupol et resserre son étau sur la capitale Kiev. Dans ce contexte, y a-t-il encore une chance pour que Vladimir Poutine cesse la guerre ?
Pour Samantha de Bendern, ancienne officier politique de l'Otan et chercheuse au département Russie-Eurasie à la Royal Institute of International Affairs, un institut de réflexion basé à Londres, bien que d'une ampleur inégalée, les conséquentes sanctions économiques ont peu de chance de faire émerger la paix « Par le passé, cette stratégie a en effet rarement porté ses fruits, que ce soit en Iran, en Libye ou à Cuba. Elle a même un effet contraire dans le cas russe ».
Et « Même si les oligarques sont touchés, que la situation économique de la Russie devient catastrophique dans les prochains jours, les prochaines semaines, les prochains mois, le gouvernement russe serrera les dents », analyse Carole Grimaud Potter, professeure à l'Université de Montpellier et à l'Institut diplomatique de Paris. « Le pays a déjà vécu le chaos et s'est sorti du marasme économique des années 1990. Et puis la population russe et ses difficultés n'entrent pas dans les calculs de Vladimir Poutine. », anticipe la spécialiste de la géopolitique de la Russie. Reste la question de l'embargo sur le gaz, le pétrole et le charbon russes, une mesure qui pourrait se révéler plus efficace, selon Carole Grimaud Potter. "C'est une arme réelle mais à double tranchant et qui se paierait très chère", nuance-t-elle.
Les États-Unis "discutent très activement" de la possibilité d'interdire ces importations. Mais le sujet divise: l'Allemagne, qui importe 55% de son gaz et 42% de son pétrole de Russie, s'y est opposée. Les importations d'énergie fossile en provenance de Russie sont "essentielles" pour la "vie quotidienne des citoyens" en Europe et l'approvisionnement du continent ne peut pas être assuré autrement à ce stade, a d'ailleurs affirmé ce lundi le chancelier allemand Olaf Scholz. « On ne peut pas se passer du gaz russe du jour au lendemain, poursuit la chercheuse. Là, on va arriver à la fin de l'hiver, mais pour l'année prochaine, comment pourrait-on remplacer durablement le gaz russe ? C'est une course contre la montre. »
Cependant, si la diplomatie occidentale n'a jusqu'à présent pas porté ses fruits, une autre voix pourrait en revanche peser. Celle de la Chine, avec son poids économique et militaire. Pékin s'est d'ailleurs dit prêt à participer "en cas de besoin" à une médiation internationale pour résoudre le conflit en Ukraine. Et si la Chine a assuré que l'amitié avec Moscou était "solide comme un roc", elle n'a pour l'heure affiché aucune volonté d'aider la Russie à contourner les sanctions occidentales, notamment pour préserver ses liens avec ses partenaires commerciaux européens et américains.
Reste que pour le moment, rien ne semble pouvoir faire vaciller le dirigeant russe. Pas même l'Otan qui a jugé "irresponsables" les bombardements des forces russes de la centrale nucléaire de Zaporijjia mais a exclu d'intervenir militairement dans les airs et sur terre.
Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a d'ailleurs jugé possible que l'offensive russe en Ukraine s'étende à la Moldavie et à la Géorgie.