FAÇONNE-T-ON DEJA FEDOROV POUR LE FUTUR POSTE DE PRESIDENT ? UNE NOUVELLE INTRIGUE DE LA POLITIQUE UKRAINIENNE

Analyses
24 Juillet 2026 15:48
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FAÇONNE-T-ON DEJA FEDOROV POUR LE FUTUR POSTE DE PRESIDENT ? UNE NOUVELLE INTRIGUE DE LA POLITIQUE UKRAINIENNE

L'une des questions les plus débattues sur la scène politique ukrainienne ces derniers jours est celle des résultats de la nouvelle enquête réalisée par l'institut de sondages Rating Group. Selon cette étude, l'ancien commandant en chef des forces armées ukrainiennes, aujourd'hui ambassadeur au Royaume-Uni, Valeri Zaloujny, demeure la personnalité bénéficiant du plus haut niveau de confiance auprès des Ukrainiens : 70 % des personnes interrogées disent lui faire confiance.

Le sondage, réalisé les 20 et 21 juillet, a toutefois réservé une surprise avec la personnalité classée en deuxième position : l'ancien ministre de la Défense Mikhaïl Fedorov, crédité de 65 % de confiance. L'ancien chef du renseignement militaire (GUR), Kyrylo Boudanov, complète le trio de tête avec 62 %.

Le président en exercice Volodymyr Zelensky recueille 59 % de confiance, le boxeur Oleksandr Oussyk 54 %, l'ancien commandant en chef des forces armées Oleksandr Syrsky 23 %, tandis que l'ancien président Petro Porochenko obtient 21 %.

Ces chiffres sont éloquents et témoignent de profondes évolutions au sein de la société ukrainienne, notamment d'une baisse de confiance envers Volodymyr Zelensky, qui apparaît, à ses yeux, comme un phénomène logique.

Depuis près de quatre ans et demi, l'Ukraine vit au rythme d'une guerre à grande échelle. Durant cette période, les Ukrainiens ont traversé des épreuves que peu de peuples seraient capables d'endurer : destruction de leurs habitations, perte de proches, déplacements forcés, alertes aériennes permanentes, frappes quotidiennes de missiles et de drones. Malgré une résilience exceptionnelle, la société ukrainienne reste composée d'êtres humains, et non de machines. Vivre pendant des années dans un état de tension permanente finit inévitablement par provoquer une fatigue psychologique, morale et physique.

Dans un tel contexte, la moindre erreur du pouvoir est perçue avec une acuité particulière. Or, selon l'auteur, Zelensky et son équipe ont commis de nombreuses fautes, depuis le fait d'avoir ignoré les avertissements de leurs alliés sur le risque d'une invasion russe à grande échelle jusqu'aux scandales de corruption.

À cela s'est ajoutée la démission de Mikhaïl Fedorov, mal ressentie par une large partie de l'opinion publique. Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes, y compris à Kiev, où les participants ont non seulement exprimé leur soutien à Fedorov, mais aussi cherché à rappeler aux autorités que l'opinion publique demeurait un facteur essentiel de la vie politique ukrainienne.

En réaction à cette mobilisation, Zelensky a relevé Oleksandr Syrsky de ses fonctions de commandant en chef des forces armées et nommé à sa place le général de division Mikhaïl Drapaty, considéré comme une personnalité respectée au sein de l'armée.

Dans ce contexte, un autre élément a particulièrement retenu l'attention : après le départ de Fedorov, Drapaty lui a publiquement apporté son soutien. Il a déclaré que l'arrivée de « l'équipe de Mikhaïl Albertovitch » au ministère de la Défense avait constitué « une véritable tentative de changer les règles » selon lesquelles le système militaire fonctionnait depuis de nombreuses années.

Selon lui, c'est au cours des derniers mois qu'une véritable coopération entre le ministère de la Défense et les forces armées avait enfin été mise en place, alors qu'elle faisait auparavant souvent défaut.

Ces déclarations ont suscité des réactions au sein de la société ukrainienne, nombre d'observateurs y voyant non seulement un soutien à un ancien responsable politique, mais aussi une appréciation positive des réformes engagées.

Dans le même temps, Mikhaïl Fedorov a publiquement félicité Drapaty pour sa nomination.

« Je félicite le général de division Drapaty pour sa nomination au poste de commandant en chef des forces armées ukrainiennes. C'est un souffle nouveau et un nouvel espoir dans le combat des hommes libres pour la liberté et la justice », a écrit l'ancien ministre.

Dans ce contexte, des informations ont circulé selon lesquelles Volodymyr Zelensky aurait proposé à Fedorov « un poste digne de son rang » au sein du pouvoir. Selon plusieurs médias ukrainiens, l'une des options envisagées était celui de vice-Premier ministre chargé des technologies.

Au moment de la rédaction de cet article, l'ancien ministre de la Défense n'avait toutefois pas accepté cette proposition.

Ce refus constitue un signal politique important : si un ancien haut responsable ne se hâte pas de revenir au gouvernement, c'est qu'il entend préserver sa liberté de manœuvre sur le plan politique.

Dans cette perspective, une publication de Fedorov sur les réseaux sociaux a particulièrement retenu l'attention : il s'y est qualifié ouvertement de « politicien ». À première vue anodine, cette formulation est loin d'être insignifiante dans le contexte ukrainien, où ce type de déclaration alimente généralement les spéculations sur d'éventuelles ambitions à long terme.

C'est pourquoi les hypothèses se multiplient aujourd'hui selon lesquelles Mikhaïl Fedorov pourrait devenir l'un des prétendants à de hautes fonctions de l'État après la fin de la guerre et la tenue de la prochaine élection présidentielle.

Il est certes prématuré d'évoquer des scénarios précis, mais il est d'ores et déjà possible de constater que Fedorov évolue progressivement du statut de gestionnaire public efficace vers celui d'une figure politique nationale autonome.

De nombreux stratèges politiques rappellent qu'il fut l'un des plus proches collaborateurs de Zelensky, jouant un rôle majeur dans les projets de transformation numérique de l'équipe présidentielle ainsi que dans le développement des outils modernes de communication, notamment sur les réseaux sociaux.

C'est précisément pour cette raison que certains avancent aujourd'hui une autre hypothèse : tout ce qui se déroule actuellement ne serait qu'une mise en scène destinée à préparer une opération baptisée « Successeur ».

Selon cette lecture, Fedorov bénéficierait, grâce aux médias, aux réseaux sociaux et aux mouvements de protestation, d'une construction méthodique de son image politique afin d'accroître son capital électoral. L'objectif serait de l'empêcher de laisser Valeri Zaloujny accéder au pouvoir et, une fois à la tête du pays, d'éviter qu'il ne pose des « questions embarrassantes » à Zelensky et à son entourage.

Car il apparaît désormais avec une évidence croissante que le président actuel n'aurait plus aucune chance d'être réélu. La hausse annoncée des tarifs des services publics, ainsi que les difficultés potentielles à assurer le fonctionnement de la capitale, Kiev, ne feraient qu'accélérer l'érosion de la confiance envers l'actuel chef de l'État ukrainien.

Par Akper Hassanov